" La Véritable Tragédie de Panaït Istrati "

par Eleni Samios-Kazantzaki
samedi 2 janvier 2016
par  K.S.
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Eleni Samios-Kazantzaki La Véritable Tragédie de Panaït Istrati
 [1]


Eleni Samios et Nikos Kazantzaki visitèrent la Russie en 1927, en compagnie de Panaït Istrati et de sa compagne Bilili, lors de la célébration du 10e anniversaire de la révolution. Istrati et Kazantzaki, tous deux écrivains, avaient sympathisé, ainsi que leurs compagnes. Le récit que fait Eleni s’apparente largement aux notes de voyage, avec ses remarques, réflexions, anecdotes diverses. Il témoigne aussi d’une grande différence d’approche de la réalité du pays parcouru.

Eleni et Nikos s’enthousiasment, excusent d’avance, et bien souvent ferment les yeux. Bien d’autres intellectuels n’ont rien voulu voir ni comprendre lors de leur visite en URSS. Dans le cas de ces deux couples voyageant ensemble, quelqu’un, Panaït, comprend – lui-même a assez souffert de la misère pour ne pouvoir l’ignorer - et tente d’amener les autres à plus de lucidité et d’empathie à l’égard du peuple russe encore et toujours opprimé, exploité, et dont seuls les maîtres ont changé. Mais rien n’y fait. Et tout au long des pages, j’ai ressenti une irritation de plus en plus grande devant l’insouciance égoïste d’Eleni, qui voudrait profiter tranquille de sa condition de touriste, et qui se moque, pas toujours gentiment, de l’humeur de Panaït qui s’assombrit de jour en jour.

Le titre même de l’ouvrage prête à confusion. En effet, la véritable tragédie est-elle la fin de l’espoir suscité par la révolution ? Est-elle la douleur devant l’incompréhension de l’immense majorité de la gauche de l’époque, qui traîna Istrati dans la boue, le qualifiant de traître, de fasciste, alors que les traîtres et les bourreaux de la liberté étaient au pouvoir en URSS ?

Vers la fin de son récit, et prenant quelques distance quant à son voyage, Eleni vilipende ceux qui ont abandonné Istrati :

« Panaït combat seul contre la machine infernale. Les amis français pour qui il aurait donné sa tête le calomnient, Barbusse va encore plus loin dans son journal (Monde). Les intellectuels du monde entier, chacun pour une raison différente, le regardent, ironiques, et c’est seulement après quelques années, avec leur intervention massive, qu’on arrive à tirer Victor Serge et Liouba de la Sibérie. »

Et note en quasi conclusion : « Au printemps de 1929, nous avons quitté l’URSS sans nous serrer la main. Panaït nous en voulait de n’avoir pas lutté activement contre la bureaucratie naissante de Staline. Nous en voulions à Panaït de vouloir donner des armes aux ennemis, non pas de la Russie soviétique, mais de toute l’humanité en mal de liberté. » D’autres, en France, plus prosaïquement assuraient qu’il ne fallait pas désespérer Billancourt !

On remarquera l’euphémisme employé " la bureaucratie naissante de Staline " pour qualifier ce qui était déjà une dictature et un régime de terreur.

En 1933, Panaït Istrati définit sa position comme celle de « l’Homme qui n’adhère à rien » :
"Je ne crois plus à aucune idée, à aucun parti, à aucun homme. Cette attitude absolue ne signifie pas que je ne crois plus à une amélioration possible de l’existence humaine… De mon passage dans le socialisme, je suis resté profondément convaincu que le système capitaliste est absurde, anti-humain, anti-social et que la lutte entre les nations est une diversion qui prolonge son existence néfaste à l’humanité.
Comparant, dans la presse, la terreur communiste à la terreur fasciste, il déclare «  […] des deux terreurs, la dernière est la moins inhumaine et la seule qui n’engage en rien la responsabilité de la classe ouvrière, puisque le fascisme ne prétend pas gouverner « par le peuple » ni « au nom du prolétariat », comme le communisme.  » (Voir http://penselibre.org/spip.php?article92).

Le livre propose en deuxième partie un choix de correspondances entre Istrati et Kazantzaki, ainsi que des lettres de Victor Serge.

Léonore


[1Eleni Samios-Kazantzaki, La Véritable Tragédie de Panaït Istrati,
Édition établie par Maria Teresa Ricci et Anselm Jappe, ed. lignes/imec, 2013


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