"Fukushima – récit d’un désastre"
par Michaël Ferrier
Article mis en ligne le 2 janvier 2016

par K.S.
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Michaël Ferrier : Fukushima – récit d’un désastre.

 [1]

Parmi les nombreux livres qui ont traité de la catastrophe de Fukushima, beaucoup se sont centrés sur la question du nucléaire. A juste titre, sans nul doute, mais en négligeant souvent l’impact tragique du séisme et du tsunami qui ont précédé.

Le livre de Michaël Ferrier est différent. L’auteur, qui vit à Tokyo, et sa compagne japonaise, se sont rendus sur les lieux de la catastrophe avec une camionnette remplie de biens de première nécessité, afin d’aider, à leur niveau, les populations touchées. Au cours de cet étrange road movie, où se succèdent des paysages de désolation ou de destruction totale, ils sont les témoins de la toute-puissance des éléments, face à des humains qui réagissent, pour la plupart, avec dignité, courage et/ou résignation.

Après ce témoignage personnel, vient en fin de volume la catastrophe vue sur le plan du nucléaire. Une place apparemment restreinte, ce dont pourront s’étonner certains lecteurs.

Or, en fait, de façon très ramassée, le propos devient réquisitoire, ne laissant rien passer de l’attitude criminelle des autorités. Incompétence, imprévoyance, désinformation, indifférence aux souffrances des victimes, en quelques pages, tout est pointé, analysé.

«  La demi-vie n’est pas une moitié de vie. Techniquement, c’est un cycle de désintégration. Les déchets et les produits de l’industrie nucléaire mettent un certain temps à se désintégrer, temps pendant lequel ils demeurent nocifs. La demi-vie est la période au terme de laquelle un de ces produits aura perdu la moitié de son efficacité ou de son danger. Cela peut se compter en jours, en années, en siècles ou en millénaires. » (p.290)

La demi-vie concerne aussi les humains :

«  La demi-vie nucléaire : une mort à crédit. Une longue existence de somnambule, toute une vie dans les limbes. On n’est déjà plus dans la vie, pas encore dans la survie. Bienvenue dans la demi-vie. » (p.294)

« On peut très bien vivre dans des zones contaminées : c’est ce que nous assurent les partisans du nucléaire. Pas tout à fait comme avant, certes. Mais quand même. La demi-vie. Une certaine fraction des élites dirigeantes – avec la complicité ou l’indifférence des autres – est en train d’imposer, de manière si évidente qu’elle en devient aveuglante, une entreprise de domestication comme on en a rarement vu depuis l’avènement de l’humanité.
On présente une situation complètement anormale comme normale. On s’habitue doucement à des évènements inhabituels. On légalise et on normalise la mise en danger de la vie, on s’accommode de l’inadmissible.
 » (p.292)

«  La demi-vie qui s’impose aujourd’hui est indissociablement liée à la négation de l’individu (systématiquement présenté comme une particule négligeable au sein de grands ensembles qu’il convient de chauffer, d’éclairer et de protéger) et à une obsession sécuritaire poussée jusqu’au confinement le plus absurde. » (p.299)

Sur Fukushima, quelques propositions de lecture :

- Fukushima – dans la zone interdite de William T. Vollmann, Éditions Tristram, Suhrkamp (Allemagne), 2011 (2012 pour la traduction française), note sur http://penselibre.org/spip.php?arti...

- Nadine et Thierry Ribault, Les Sanctuaires de l’abîme, Éditions de l’Encyclopédie des nuisances, Paris, 2012.

- Mars 2013 : Fukushima deux ans après : entre le déni et l’oubli, un article de Yûki Takahata sur http://penselibre.org/spip.php?arti....

SKS

Notes :

[1Michaël Ferrier : Fukushima – récit d’un désastre, Gallimard, Folio, 2012


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