Après-guerre…

Texte libre de Justin
mardi 8 mars 2016
par  K.S.
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Après-guerre...

Après, vraiment ?

En réalité,
Elle ne m’aimait pas,
Ma mère.
Elle ne pouvait pas, j’étais né trop tôt,
Ou trop tard peut-être…
En tout cas au mauvais moment.
La guerre.
Les séparations, la ligne de démarcation, la zone libre qui devient occupée.
Les deuils.
Ceux qui n’ont pas supporté la faim, les privations, les restrictions, le malheur.
Ceux qui sont partis et ne sont pas revenus.
Nuit et brouillard.
Reste seul le souvenir. Et ceux qui sont revenus ? Muets, transis, ailleurs…
J’étais là comme un étranger,
Je n’avais pas partagé la douleur.
J’aimais vivre, actif, joyeux.
Cela gênait.
Si j’étais né un peu plus tard,
Peut-être la douleur se serait-elle apaisée un peu.
Et j’aurais moins gêné.

En réalité,
Elle ne m’aimait pas
Ma mère.
J’étais là comme un cheveu sur la soupe.
Sur la soupe amère des souvenirs.
Les disparus ne s’en allaient pas de la mémoire.
Plus jamais ça,
Mais tout reste là…
Les camps, les fours crématoires,
Les wagons blindés,
La mort omniprésente, l’otage qu’on pend, le suspect qu’on torture, l’ennemi qu’on fusille, la ville qu’on bombarde.
Et tous ces morts, et ces quelques morts-vivants, rescapés des camps.
J’ai vu les images,
J’ai lu les témoignages.
Et en effet, après tout ça,
Incompréhensible, je m’étonne d’être là.
Pourquoi ?

Cela vaut-il la peine après tout ça,
La peine de vivre.
Une mère peine à vivre
Et son enfant voudrait s’effacer, ne pas être né, ne plus être cette erreur incarnée…

En réalité,
Vivre à peine,
En chuchotant, en se cachant, vivre à peine et dans la peine.
En réalité la guerre est toujours là, vingt ans, cinquante ans, cent après,
Toujours présente, ici ou là.
En réalité…
On ne peut pas tuer les morts, alors on prend les vivants.
La guerre, toujours recommencée, mais c’est plus moderne maintenant,
On n’arrête pas le progrès, et la guerre non plus.

Voire ?

Justin


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