Non à toutes les guerres, non à l’esprit guerrier

mardi 8 mars 2016
par  K.S.
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Quelques siècles après l’Inquisition, il est courant, y compris chez la plupart des chrétiens, de s’accorder à condamner ces atrocités commises au nom du catholicisme.

Cent ans après le début du premier conflit mondial, il y a quasi-unanimité pour dénoncer tout à la fois l’horreur de la guerre, son absurdité, l’inutilité des massacres. Et concernant la seconde guerre, celle de 39-45, peu à peu, même la justification des bombardements alliés sur les villes de France est remise en question…

Mais aujourd’hui, un peu partout dans le monde, au nom d’une religion, d’une interprétation littérale de récits, mythes et légendes vieux de plusieurs siècles ou de millénaires, et considérés comme sacrés, on oppresse, on tue, principalement des femmes, mais aussi des hommes, dont le seul tort est de se soucier des libertés individuelles et des droits humains, de vouloir que la conviction religieuse soit affaire personnelle et non affaire d’État.

Gravure de Franz Masereel

Aujourd’hui, l’État français, fabriquant et vendeur d’armements, va, hors de son territoire, tester son matériel sur le terrain, compter les points, soutenant tel ou tel dictateur ou tel ou tel groupe armé, intervenant au nom de la paix et de la protection de la population… laquelle, en vertu des « dégâts collatéraux » succombe sous les bombes. Mais, vu du ciel, comment savoir qui est civil ou qui est combattant, n’est-ce-pas ?

Combien de temps faudra-t-il pour que les historiens, les politiques, les médias, hormis les défenseurs des droits humains, s’indignent et pas seulement dans l’après-coup ? Ne peuvent-ils tirer les leçons des expériences antérieures ? Combien de temps faudra-t-il pour que les gouvernants cessent de commercer avec des régimes de terreur et de dictature ? En fait, imaginer qu’un tel changement d’attitude soit spontané relève de l’angélisme : même sous la pression, modifier le comportement des gouvernants et des prédicateurs restera difficile, et toujours aléatoire.

Pour l’heure, seuls des individus, réunis dans diverses association et organisations, tentent de sauver les poètes, écrivains, blogueurs, journalistes, accusés de blasphème et pour cela en danger de mort. Mille coups de fouet, pour Raïf Badaoui, pour Ashraf Fayadh, qui peut survivre à cela ?

Dans le souci d’éviter la stigmatisation de populations fragiles, les altermondialistes, et globalement beaucoup des gens de gauche, obsédés par le risque de ce qu’ils appellent improprement, avec les intégristes d’ailleurs, l’islamophobie, ferment les yeux sur le rapport direct entre religion et intolérance, religion et guerre. Et un Collectif contre la guerre récemment constitué, après des considérations tout à fait hostiles à la violence étatique, dit soutenir « le droit à l’autodétermination des peuples » et apporter « sa solidarité aux forces de résistance et d’émancipation. ». A défaut de préciser par quels moyens, voilà que peut ressurgir l’acceptation de la violence lorsqu’elle est considérée comme émancipatrice et révolutionnaire.

Là aussi, l’histoire ne se répète pas mais bégaye : que sont devenus les nouveaux États créés par les guerres d’indépendance ? Ont-ils pu accéder à un régime démocratique ? Le constat : au pouvoir, sinon un roi, des autocrates, des militaires. Des exemples ? L’Algérie, l’Égypte, Israël, Gaza, etc… Partout, la nation et le nationalisme. Est-ce cela que doit soutenir le « peuple de gauche », dont on veut croire qu’il existe encore ? Ah, mais le patriotisme n’est pas exclusivement de droite ! Ni patrie ni frontière ? Oui, quand est exigé un traitement digne des réfugiés fuyant les guerres qui enflamment le Proche-Orient, et comment ne pas abonder dans ce sens… mais hélas non, quand régulièrement le mot « nous » est utilisé pour désigner la France et les français d’aujourd’hui et d’hier, témoignant d’un sentiment d’appartenance et d’acceptation de l’héritage du passé, y compris dans la douloureuse culpabilité exprimée à l’égard de la politique coloniale.

Louis Lecoin

Il est louable de refuser que se fasse, au nom de tous les français, des guerres menées contre les populations. Mais pourrait-on aller un peu plus loin ? Réfléchir à l’accord entre les buts et les moyens… Rechercher des actions non-violentes, relater celles qui ont déjà été employées, tenter de tirer les conséquences des échecs comme des réussites… Car il y en eut, car il y en a.

En fait, il s’agit de se libérer du conditionnement guerrier qui infeste les esprits, depuis l’enseignement jusqu’aux médias, sans oublier les discours politiques. Et sans verser dans la mythologie révolutionnaire. Les héros et les héroïnes, loin des monuments et des clichés, sont celles et ceux qui œuvrent à la paix, à la défense des libertés et des droits humains, jour après jour. La plupart restent dans l’ombre. Quelques-uns s’illustrent sans pour cela se monter du col, tel Louis Lecoin, avec sa grève de la faim pour le statut des objecteurs de 22 jours à 74 ans [1] et sa déclaration, à méditer encore et toujours : « S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. »

SKS



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