Mis en ligne par "Làs-bas si j’y suis" :
« Science et Politique » dialogue entre Noam Chomsky et Jacques Bouveresse avec Daniel Mermet

par K.S.

Passionnant :
Le 31 mai 2010, à l’occasion du colloque « Rationalité, vérité et démocratie : Bertrand Russell, George Orwell, Noam Chomsky » organisé par Jacques Bouveresse au Collège de France, Daniel Mermet s’entretenait avec Jacques Bouveresse et Noam Chomsky sur le thème « Science et Politique ».

Un dialogue de Noam Chomsky et Jacques Bouveresse avec Daniel Mermet est à lire sur : la-bas.org/la-bas-magazine/textes-a....

Quelques extraits :

Noam Chomsky :

" Orwell était à Barcelone au début de la révolution, il y est retourné et a assisté aux Journées de Mai [1937], au moment où cette révolution a été en grande partie écrasée par les communistes, les fascistes et les libéraux-démocrates ; et il a compris que le parti communiste était avant tout le parti de la police, de la petite bourgeoisie et des grandes puissances… Il a compris que la seule chose qui intéressait Staline en Espagne, c’était d’essayer de gagner le soutien des puissances occidentales en cas de confrontation avec Hitler et Mussolini ; il était d’accord avec les puissances occidentales : la révolution devait être écrasée. Pour Orwell, ça a été une révélation : il a pris conscience du caractère contre-révolutionnaire de toute la révolution bolchevique, sans être d’ailleurs en cela totalement novateur – d’autres, comme Russell, avaient déjà exprimé ce point de vue quinze ans plus tôt [1].

Mais pour Orwell cette découverte a été dramatique. Sa réaction à la révolution populaire est par ailleurs très intéressante : il avait de l’estime pour elle, de la sympathie, mais il ne la comprenait pas et le disait clairement ; et il ne s’en sentait pas partie prenante. Après tout, il était membre d’une ramification d’un groupe trotskiste, et il n’a jamais appartenu au mouvement anarchiste, qui était la force motrice de la révolution. "

[...]

"Une partie de ce qu’on appelle la psychologie évolutionniste essaie de montrer que les processus de l’évolution ont pour conséquence qu’on ne se soucie que de soi, à la rigueur de ses enfants (parce qu’ils ont les mêmes gènes), voire de ses neveux (parce que certains gènes sont les mêmes), mais pas des autres, et que c’est là une conséquence de l’évolution. Il vaut la peine de faire observer que la psychologie évolutionniste est née, en réalité, en faisant la critique du darwinisme social. Son premier ouvrage majeur était L’Entraide : un facteur de l’évolution de Kropotkine. On ne saurait prétendre que la version contemporaine de la psychologie évolutionniste ait des bases scientifiques plus solides que la tentative de Kropotkine pour montrer que l’entraide est un facteur de l’évolution, ce qui signifierait que l’empathie et la solidarité sont des émotions humaines fondamentales – ce qui était effectivement la position défendue par les fondateurs du libéralisme classique, tels qu’Adam Smith ou David Hume. Mais étant donné que ces idées ne conviennent pas pour renforcer les centres de pouvoir et de privilèges contemporains, elles sont marginalisées."

[...]

"Pour se demander « Pourquoi cela se passe-t-il ainsi ? », Galilée n’a pas eu besoin d’une éducation spéciale ou d’un génie particulier. Il lui a juste fallu être intellectuellement honnête. Et c’est une qualité dont tout le monde dispose. Ça signifie qu’on veut se libérer des doctrines conventionnelles imposées de l’extérieur et qu’on se demande : « Pourquoi devrais-je les accepter ? » Et je pense que, dès qu’on se demande « Pourquoi devrais-je accepter ces doctrines ? » – qu’il s’agisse des immigrés clandestins, de la destruction de l’environnement, du droit des femmes ou de n’importe quoi d’autre –, les réponses viennent assez rapidement. La leçon est donc la suivante : il faut vouloir accepter le défi de l’intégrité morale et intellectuelle. Et si c’est un truisme, ça ne me dérange pas."