Droit à disposer de soi

jeudi 27 octobre 2016
par  K.S.
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Pour les femmes, décider elles-mêmes d’être ou non enceintes, relève encore de l’utopie dans bien des régions du monde.

- En Pologne, le parti conservateur au pouvoir, Droit et justice (PiS), avait dû renoncer en octobre à durcir encore la loi sur l’IVG, devant les manifestations massives des femmes. Mais rien n’est acquis car plusieurs responsables politiques ont en effet annoncé leur intention d’apporter de nouveaux durcissements de la loi actuelle, déjà l’une des plus restrictives d’Europe. L’avortement n’est autorisé que dans trois cas : risque pour la vie ou la santé de la mère, pathologie irréversible de l’embryon et grossesse résultant d’un viol ou d’un inceste. On se demande quelle devrait être alors la situation d’une femme ou pour accéder légalement à l’IVG. En Hongrie également, le droit à l’IVG est en balance.

- Autres pays comportant une interdiction ou une législation très restrictive : Malte, Chypre, Andorre, Suriname, Honduras. En Irlande du Nord, l’avortement est un crime passible de la prison à vie, le droit à la vie de l’enfant à naître étant inscrit dans la Constitution. Toutefois, il y a trois ans, le Parlement nord-irlandais a adopté une loi autorisant l’interruption d’une grossesse en cas de risque « réel et substantiel » pour la vie de la femme enceinte. Une petite avancée au Chili est signalée par Amnesty international. En Afrique, seuls trois pays (le Malawi, la Tunisie et l’Afrique du Sud) autorisent l’interruption volontaire de grossesse sans restriction, mais 98 % des avortements pratiqués seraient « non médicalisés », selon les termes de l’Organisation mondiale de la santé. D’où les risques graves à mortels que l’on connaît depuis longtemps. Au Salvador où « La terrible répression à laquelle font face les femmes et les jeunes filles du Salvador […] s’apparente à des actes de torture », ce que dénonçait Amnesty International en 2014.

Un droit bien fragile :

Lorsque la législation est favorable, restent divers freins, dont beaucoup liés au refus d’un certain nombre de médecins, et aussi aux pressions familiales, culturelles, au poids des traditions, au manque d’information.

- Aux États-Unis, en janvier 1973, par sept voix contre deux, les juges de la Cour suprême (arrêt Roe v. Wade) ont autorisé les femmes à décider librement d’une interruption d’une grossesse. En Juin 2016, la Cour suprême vient de réaffirmer avec force ce droit, question passionnelle qui n’a jamais cessé de déchirer le pays pour moitié hostile à l’avortement. 27 Etats (essentiellement du Sud) ayant obtenu le vote de restrictions sévères au droit à l’interruption volontaire de grossesse.

« l’utero è mio e me lo gestisco io ! » (« c’est mon utérus, c’est moi qui le gère ! »)

- En Italie, « l’utero è mio e me lo gestisco io ! » (« c’est mon utérus, c’est moi qui le gère ! ») mais ce sont les gynécologues qui font obstruction car la loi autorise tout à la fois l’I.V.G.et le droit pour les médecins refuser de pratiquer des avortements pour des raisons religieuses ou personnelles en se déclarant objecteurs de conscience. D’où une augmentation des avortements clandestins.

- En France, des sites internet « pro-vie » avancent masqués pour véhiculer des informations biaisées sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG). D’où le projet d’un amendement au projet de loi « égalité et citoyenneté » qui devrait permettre d’élargir encore le délit d’entrave à l’avortement à ces désinformateurs en ligne.

On n’oubliera pas cependant la face noire de l’avortement sélectif qui permet, en Asie et Europe orientale, de supprimer les filles à naître, ce qui n‘est pas spécialement favorable à la condition des femmes.

Pour rappel (un article bien documenté est paru sur Libération à ce sujet [1]).

On pourra considérer comme une avancée le fait que nombre d’ONG se préoccupent du droit des femmes à disposer d’elles-mêmes, du point de vue de la procréation en tout cas.

Mais les femmes vieillissent, tombent malades, tout comme les hommes du reste. Et quand hommes et femmes souhaitent disparaître de façon paisible, dans de très nombreux pays il ne leur est proposé que l’accès à des places en établissements de soins palliatifs– quand elles existent et en nombre suffisant –. Si cet accompagnement dans les derniers moments de vie représente une option, avec éventuellement une sédation profonde entraînant le décès, il est infiniment regrettable qu’elle soit la seule possibilité légale. Reste alors, pour qui veut disposer de soi sans l’autorisation de l’État, des religieux et des médecins, le suicide assisté dans quelques pays hors de France, à condition d’en avoir les moyens. Ou enfin le suicide mis en œuvre par l’individu avec la possible violence du geste et le traumatisme des proches. L’aide au suicide étant puni par la loi. Un gouvernement qui a organisé un referendum pour statuer sur l’aéroport de Notre-Dame des Landes, alors que les études indépendantes en ont montré la toxicité pour l’environnement, n’a su organiser aucun referendum demandant l’avis des français, qui expriment dans des sondages répétés, à plus de 80 %, leur souhait de pouvoir choisir eux-mêmes.

Le droit de mourir dans la dignité ne contrevient en rien au droit de terminer sa vie autrement, en soins palliatifs par exemple. Toute la question, comme toujours, est là : le droit des individus, indépendamment des institutions.

Pour terminer, il ne faudrait pas oublier que si la conscription a été suspendue en France, existe un « rendez-vous citoyen » obligatoire, et que, dans bien des pays militarisés, comme par exemple Israël et la Turquie, l’objection de conscience – refus de tuer, de porter des armes et/ou un uniforme – envoie en prison de nombreux jeunes gens.

Léonore



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