Dichotomie -

Occident/Orient, Blancs/Non blancs, Homme/Femme, Croyant/Non croyant
dimanche 11 décembre 2016
par  K.S.
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Nous publions ici le texte d’une amie, qui vient remarquablement interroger la société d’aujourd’hui.

Je ne suis pas cultivée, je ne suis pas une intellectuelle mais est-ce que cela doit me rayer de la liste de ceux qui ont des convictions, un regard sur le monde qui les entoure ? Est-ce que cela discrédite mon discours ? N’ai-je pas le droit d’exposer mes réflexions afin d’avoir un retour critique sur ces réflexions ?

Je suis algérienne. J’ai grandi dans une famille musulmane, une famille que j’aime. Mais je ne me reconnais ni dans la religion musulmane ni dans l’éducation traditionnelle que j’ai reçue.

En ce qui concerne la religion, on ne peut prouver l’existence ou l’inexistence de « Dieu ». On ne sait pas ce qu’il y a après la mort, s’il y a quelque chose. C’est un mystère. Et tant mieux. J’ai d’abord été croyante (avant l’adolescence), puis athée. Aujourd’hui, je ne cherche pas une réponse. Après la mort, c’est une question sans réponse. Avant, c’est la vie. Et c’est ce qui m’intéresse. Vivre ensemble en étant différents dans une perspective de partage.

La religion, quelle qu’elle soit, Islam, Christianisme, Judaïsme, ou même croire qu’un poireau est un Dieu, peu importe, du moment que cela reste dans la sphère privée. Mais la liberté, on ne peut la trouver qu’ensemble. Aujourd’hui, elle est restreinte, voir inexistante. Car pour faire partie de ce monde, il faut y être intégré, être comestible, consommable : être un consommateur à tous les niveaux : être formaté soit de façon « traditionnelle » via le capitalisme ambiant, soit à l’intérieur de ce capitalisme ambiant, de façon « tradi-gauchiste », enfermé dans la « tri-théorie » : théorie de l’opposition Orient/Occident, théorie victimaire, théorie du genre. Tout est noir et blanc : le blanc est mauvais (colonialiste, capitaliste…), le non-blanc est bon (victime du blanc). Nous sommes dans une xénophobie, un manichéisme qui exclut toute nuance.

Dans ma famille, il y a des croyants (musulmans), des athées, des « paumés » (qui se demandent s’ils sont musulmans ou pas) et moi qui suis agnostique (je ne cherche pas une réponse à l’existence ou non de « Dieu » car on ne peut prouver ni l’un ni l’autre). Je respecte la croyance ou l’athéisme des uns, l’incertitude des autres. Mais je ne peux accepter que l’on mette une personne dans une position « inconfortable » de par son sexe. C’est une considération rétrograde de la femme. J’ai été élevée avec cette vision de la femme : femme soumise, obéissant aux hommes, étant à leur service, devant s’occuper du ménage, de la cuisine, du linge, d’élever les enfants et de fermer sa gueule.

Mon père est un musulman fervent. Il n’est pas intégriste. Il est réactionnaire. Sur 5 frères, un seul a échappé à cette mentalité bien particulière, à cette éducation traditionnelle où les femmes sont des objets et les non-musulmans au pire des mécréants, au mieux des personnes dans l’erreur susceptibles de trouver un jour le droit chemin en se tournant vers l’Islam.

J’aime mes frères. Ils sont généreux. Mais ils sont enfermés dans la religion. Ils n’ont pas de sens critique concernant la religion alors qu’ils font une critique du capitalisme. Les conséquences désastreuses du capitalisme sur nos vies ne sont pas l’occasion pour eux d’avoir une critique dans son ensemble mais par opposition, l’Islam devient le modèle unique face au capitalisme.

La religion est un tout. Elle est au centre de leur vie. Elle régit leur vie. C’est un enfermement. J’ai étouffé dans cette éducation traditionnelle et religieuse. J’en ai retiré une soif de liberté.

Cette liberté, je ne la retrouve pas dans cette « démocratie » qui a vu sa cote décoller depuis les attentats du 13 novembre 2015. Face aux méchants, il y a la démocratie, les valeurs françaises. Je ne me retrouve ni dans les uns ni dans les autres. Les criminels qui ont assassiné à Paris sont à l’image de ceux qui les dénoncent pour asseoir leur autorité et pour que l’on resserre nos liens. Pas les liens qui nous unissent mais ceux qui nous asservissent, qui nous séparent des uns, des autres, de nous-mêmes.

Il y a un élan national, nationaliste. Dommage que cet élan n’ait pas la couleur du temps des cerises. Il a la couleur du drapeau. Lorsque je vois un gus agiter un drapeau, la phrase de Coluche me revient à l’esprit : « lorsque je vois un mec entrer dans un bureau de vote, j’ai l’impression de voir un crocodile entrer dans une maroquinerie ».

A chacun son voile : il y a celles qui le portent et ceux/celles qui l’agitent. Que ce soit le drapeau ou le voile, c’est la même prison. On se voile la face, on s’éloigne de soi.

Le voile : on doit cacher ce qui pourrait susciter des réactions inappropriées. Ce qui est inapproprié, c’est de considérer le désir comme une réaction inappropriée. Que serait la vie sans désir ? Le souci, ce n’est pas le désir, c’est la violence. Notamment lorsque cette violence se traduit par un acte qui réduit une personne à un objet, par exemple le viol. Où se trouve la limite entre le désir, la violence, le passage à l’acte lorsque le discours sur le désir est sous-tendu par une morale qui réduit les femmes à des objets que l’on doit cacher ? Et donc, ce qui n’est pas caché et qui pourrait susciter du désir, qu’est-ce que c’est ? Un « objet impur » ? Qui ne mérite pas de respect ?

Est-ce la « réflexion » de ces crapules qui ont violé de façon préméditée, calculée, organisée à Cologne le 31 décembre 2015 ? Ces crapules qu’il est de bon ton de défendre dans une partie des milieux d’extrême-gauche en France où les bourreaux sont des victimes de par leur situation ou origine géopolitique (pays qui subissent les conséquences de la politique occidentale).

S’il y a une réalité historique (colonialisme, par exemple), une réalité politique, économique qui entraine des inégalités, de l’exclusion, une stigmatisation de ceux que l’on considère comme étrangers, et j’en passe, cette réalité ne fait pas des personnes victimes de ce système des personnes exemptes de toute responsabilité quant à leurs actes, leur discours, leur comportement. Ces victimes sont parfois des bourreaux, des xénophobes (envers les noirs, les personnes de confession juive, envers les personnes qui ne partagent pas leur religion, envers les « culs-blancs » comme ils les appellent) et sont parfois sexistes, machistes, homophobes.

Le fait qu’une partie de l’extrême-gauche française les mette sur un pied’estal et les enferme dans la seule perspective victimaire, c’est une réduction xénophobe.
D’autre part, cette position victimaire permet à ces soit disant victime de laisser libre court à toute une idéologie d’extrême-droite (sexiste, xénophobe, homophobe), une idéologie de l’exclusion, une idéologie de régression.

Grâce à une partie de l’extrême-gauche française, ils sont devenus « intouchables » et les personnes comme moi qui sont issues de ce milieu et qui ne partagent pas leurs idées, leur façon de vivre, leur croyance, j’ai l’impression que cette partie de l’extrême-gauche française m’enfonce la tête sous l’eau en justifiant les actes, les idées de personnes qui veulent que je sois à l’image de l’éducation traditionnelle, musulmane que j’ai reçue, qui veulent que j’emprunte leur chemin, une ligne bien droite, extrêmement droite basée sur la soumission de la femme, la domination masculine, sa suprématie, le rejet de ceux qui sont différents, qui n’entrent pas dans le moule.

Il y a un gros souci en France concernant une grande partie de l’extrême-gauche : il n’y a pas de luttes basées sur un objectif réellement anticapitaliste avec une perspective réellement communiste, dans le sens de la Commune.

Un exemple : la théorie du genre. Elle dénonce le sexisme, le machisme, l’homophobie mais pour inverser le processus et non pour le faire disparaître. Cette théorie est hétérophobe, anti-homme et place la femme dans une position de victime exempte de défaut. La femme serait par essence parfaite et l’homme par essence mauvais. Cette théorie veut gommer les différences sexuelles en insistant dans le même mouvement sur la différence homme/femme. Je ne vois pas de différence entre une pensée réactionnaire qui a comme modèle le mariage, l’hétérosexualité et la théorie du genre qui nous explique que l’hétérosexualité est un formatage. Dans les deux cas, on veut imposer une forme de sexualité. Ma sexualité, c’est mon intimité et personne n’a le droit de regard sur mon intimité. Je ne peux comprendre, accepter qu’un mouvement , en l’occurrence gay/lesbien/trans, vienne m’expliquer que je suis « naturellement » homosexuelle ou bisexuelle et que si je suis hétérosexuelle, c’est que je suis formatée. Ce n’est ni plus ni moins que du fascisme. C’est vouloir imposer une forme de sexualité.

La sexualité, c’est peut-être la seule « liberté » que nous ayons dans ce monde qui enferme toute velléité de liberté. La théorie du genre s’attaque à cette « liberté » en jouant sur la culpabilité des hommes et des femmes hétérosexuelles. Il y a en effet une domination masculine. Ça ne veut pas dire que tous les hommes sont dans ce cas de figure et qu’aucune femme n’est dans la domination, dans la recherche du pouvoir. Encore une fois, c’est une vision manichéenne et basée sur le rejet d’un des deux sexes. On inverse le processus sexiste, on ne résout pas le problème.

La théorie du genre est une supercherie et une théorie dangereuse car fonctionnant sur un mode « fasciste », dans le sens où elle veut imposer une forme de sexualité et en éradiquer une autre.

La théorie du genre ne s’attaque pas aux « rapports capitalistes » entre homme et femme (rapport de profit, de domination) mais reproduit ce rapport en l’inversant, la femme devenant « toute puissante » face à un homme mauvais qu’il faut exclure de la sexualité de la femme. La théorie du genre profite du sentiment de culpabilité des hommes et des femmes hétérosexuelles pour faire passer son idéologie.

Je rêve d’un monde sans profit, où il y a une place à part entière pour tous, un monde basé sur le partage, la liberté, la fraternité. Un monde où le dieu Argent et le dieu Travail n’auront plus leur place. Un monde où la différence est une valeur. Un monde qui n’est pas dans la consommation. Un monde respectueux de la Nature, de l’humain, un monde vivant.

Nous vivons dans un monde mort. La terre asphyxiée par les pesticides est morte. L’air pollué, les eaux polluées, les nappes phréatiques polluées : un monde mort. L’être humain enfermé dans une sphère où il n’est plus qu’un consommateur, dépossédé de lui-même, mort.

On nous chante la vie sur tous les tons alors que c’est la mort qui donne le rythme. Nous sommes coupés du vivant. Nous sommes coupés de nous-mêmes.
Essayons de recoller les morceaux et de faire du champ de bataille que nous sommes et qui nous entoure un pré vert.

Djamila


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