A propos de Charlie

samedi 7 janvier 2017
par  K.S.
popularité : 6%

Le mercredi 7 janvier 2015, à 11 heures, des journalistes, des dessinateurs, des membres de l’équipe de Charlie Hebdo perdaient la vie, victimes de l’obscurantisme. D’autres, gravement blessés, suivent aujourd’hui encore le long chemin de la guérison. Merci à Gérard Charollois de la CVN (Convention Vie & Nature, http://www.ecologie-radicale.org/) qui leur rend hommage, sous le titre « Ils étaient CHARLIE ». Il rappelle fort justement :

« Ces journalistes aimaient la vie, la liberté, le rire et exécraient la chasse, la tauromachie, la superstition abrutissante.
Ils n’avaient fait que remplir leur devoir de blasphème, car il est du devoir de tout homme libre de narguer les totalitaires, les sectaires, ceux qui veulent assassiner la raison et la liberté. »

On ne voit souvent dans l’équipe de Charlie qu’une bande de joyeux drilles, et on feint d’oublier qu’ils défendent des idées, une certaine façon de se comporter en société, refusant entre autres le loisir de mort tel que la chasse, la tauromachie, etc… Leur lutte contre les religions et les politiques liberticides, leur souci de l’humain : ainsi le numéro spécial sur « la jungle » de Calais [1]. Et à propos de numéro spécial, je garde précieusement sous la main celui qui sortit le 6 janvier 2016 « 1 an après l’assassin court toujours ». On y trouve outre de savoureux dessins – la couverture est de Riss -, de non moins savoureux articles, notamment tout un dossier sur la laïcité.

En voici quelques extraits :

« Ma laïcité est de gauche et elle le restera. Elle est libertaire, elle s’applique aux mœurs, au droit au mariage pour tous parce que le Code civil n’a pas à connaître de préceptes religieux, à la procréation ou à la non-procréation, à l’égalité entre hommes et femmes, à l’état-civil de ceux qui changent de sexe, à la protection de la vie privée contre le mythe de la transparence. Elle est autant que possible affranchie de la morale religieuse, elle protège les libertés individuelles, elle inclut, elle est égalitaire et fraternelle parce qu’elle ne voit pas les différences. Elle est exigeante, car, à défaut, elle ne veut plus rien dire.
Ma laïcité est un rêve de métèque, un délire de fils d’immigré pauvre aux références culturelles et cultuelles minoritaires, un bouclier contre le racisme, un fantasme de France où tout est possible sous condition de mérite plutôt que de naissance, une illusion de normalité, ce qui n’est déjà pas si mal. Cette idée est mon pays. » (Richard Malka, « Avec ma laïcité de métèque »).

« Assumer ou abdiquer. C’est, politiquement et sociétalement, l’alternative qui s’offre à nous aujourd’hui face au totalitarisme religieux et tout ce qui va avec : terrorisme, délitement de la société, légitimation de la violence, soumission idéologique, rejet de la laïcité et des valeurs démocratiques… […]
Assumer, c’est marteler que la foi ne peut être qu’affaire individuelle et intime, car dès que la religion prétend organiser la vie sociale et politique de la collectivité, cela débouche inévitablement sur une tragédie. L’Histoire l’a démontré, l’actualité continue de le faire, chaque jour. La laïcité préserve de la Saint-Barthélemy, de l’Inquisition, du califat de Daech. » (Gérard Biard, « Au pied du mur »).

Et enfin, une « déclaration d’amour » à l’école laïque, que nous ne saurions désavouer, tout en déplorant que, dans les faits, la tâche des enseignants soit devenue si difficile qu’on se demande quelle énergie, quelle conviction seraient nécessaires pour maintenir le cap :

« Où ailleurs qu’à l’école, l’enfant a-t-il la garantie d’échapper à l’incessante publicité idéologique dont l’accable notre société, sur Internet, à la télé, dans chaque rue commerçante, etc. ? Il n’y a qu’à l’école que l’enfant est protégé contre le prosélytisme des marques, des modes, des religions, des lobbies de toutes sortes, parce qu’ici – et nulle part ailleurs – les professeurs sont tenus à l’obligation déontologique de neutralité. […] Notre société, les élèves, les parents n’ont pas assez conscience de cette exception de sécurité mentale qu’est l’école pour l’enfant, qui n’y trouve que des savoirs objectifs et des outils intellectuels qui vont lui permettre de se forger un esprit critique, une culture personnelle, et donc d’être plus libre, de « devenir lui-même ». A l’institution scolaire de rendre à nouveau tout le monde bien conscient de cela, pour contribuer à restaurer la confiance entre elle et la société. » (Interview d’Abdennour Bidar, philosophe, chargé de mission à l’Education nationale).

Plus récemment, dans le numéro du 21 décembre 2016, « Noël : pensez à l’e-prière » : « Plus rien ne semble freiner le grand boom des applications religieuses. Bien léchées, populaires, calquées sur le design de Facebook ou Tinder, elles paraissent bien inoffensives. Et pourtant… » Cette pseudo spiritualité vise, précise Sol, « à rendre une communauté plus visible – sinon à réévangéliser des ouailles plus sensibles à la technologie qu’aux discours des institutionnels. Christian Terras, rédacteur en chef de Golias, le magazine catho et grinçant historique, rappelle que les mouvances catholiques identitaires sont très présentes dans l’élaboration de ces outils numériques conçus " dans le sillage de la papauté de Jean-Paul II, très axée sur la communication. Ils sont portés par une catosphère très néo-réactionnaire, très connectée, comme on l’a vu lors de la Manif pour tous. Leur succès est aberrant". »

Enfin, dans le numéro spécial du 4 janvier 2017, l’édito de Riss le rappelle (extraits) :
« Deux ans après, comment parler du 7 janvier 2015 ? Ou plutôt, comment parler "encore" du 7 janvier ? D’autres attentats ont eu lieu en France et en Europe, qui ont peu à peu noyé cette journée de janvier 2015 dans une longue liste de crimes terroristes. » Cependant : « Le 7 janvier n’est pas un attentat comme les autres. Affirmer cela n’implique aucun jugement sur la souffrance des victimes des autres crimes terroristes. Les douleurs des corps et de l’esprit sont les mêmes, et doivent toutes être respectées, quelle que soit la diversité des modes opératoires et des revendications de chaque attaque.
Le 7 janvier n’est pas un attentat comme les autres. C’est un crime politique qui avait pour objectif de supprimer des idées et ceux qui les proclamaient. Ce jour-là, les victimes furent tuées en raison de leurs opinions politiques, de leurs écrits politiques, de leurs dessins politiques, publiés dans le journal politique Charlie Hebdo. »

Ce numéro contient entre autres un article de Fabrice Nicolino, intitulé « Cette gauche qui s’est toujours couchée devant les despotes », très intéressant et bien documenté. Merci, Charlie !

SKS


[1Hors-série, « C’était Calais », Coco-Foolz, décembre 2016-janvier 2017.« De démantèlement en démantèlement, il n’y a aujourd’hui plus trace de vie sur cette vaste dune grise appelée la « Jungle ». Des milliers de gens y vécurent pourtant pendant de longs mois. Terminus de longs et périlleux voyages pour ceux que la guerre ou la misère avaient jetés sur les routes et qui n’avaient en tête qu’une destination : l’Angleterre. Ces femmes, ces hommes, ces enfants que notre Etat ne voulait ni voir ni aider, livrés à eux-mêmes, durent se bricoler une vie en commun, recréant ici un embryon de service public, là un petit commerce de subsistance. Ces gens courageux ont su garder une vie digne, dans le bout de cette France qui, elle, avait perdu toute humanité. Ce recueil s’en veut le témoignage : un hommage à ces hommes que l’on appelle des " migrants ". » (4ème de couverture)


Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

24 mai 2013 - Religion modérée...

"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

31 janvier 2012 - Nice : Défense de la laïcité

"Pour un service Public
de la PETITE ENFANCE"
Vendredi 10 Février de 18h.30 à 20h
Plus de (...)

3 octobre 2010 - Lourde (s) bavure...

Le 13 septembre dernier : un convoi de pèlerins italiens à destination de Lourdes sur un train de (...)