« Ivres paradis, bonheurs héroïques » par Boris Cyrulnik

lundi 28 août 2017
par  K.S.
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« Ivres paradis, bonheurs héroïques » par Boris Cyrulnik [1]

Avons-nous besoin de héros, et pouvons-nous –devons-nous ? – devenir nous-même des héros pour sauver le monde ?

Il est d’usage de considérer que l’enfant s’appuie, pour grandir, se construire, se rassurer, sur des figures positives. Par la suite, devenu adulte, lui-même peut être amené à se comporter en héros, faisant preuve, devant des dangers et des difficultés exceptionnelles, de qualités tout aussi exceptionnelles. Les « héros positifs » sont le plus souvent au service des autres quitte à se sacrifier. Mais il existe des « héros négatifs », héros à leurs propres yeux, qui se dévouent jusqu’à la mort, la leur et celle d’autres. Tout cela pour l’avènement d’une autre forme de société, le triomphe d’une religion, d’une idéologie.

"Pas d’existence sans épreuves, pas d’affection sans abandon, pas de lien sans déchirure, pas de société sans solitude. La vie est un champ de bataille où naissent les héros qui meurent pour que l’on vive. Mes héros vivent dans un monde de récits merveilleux et terrifiants. Ils sont faits du même sang que le mien, nous traversons les mêmes épreuves de l’abandon, de la malveillance des hommes et de l’injustice des sociétés. Leur épopée me raconte qu’il est possible de s’élever au-dessus de la fadeur des jours et du malheur de vivre. Quand ils parlent des merveilleux malheurs dont ils ont triomphé, nos héros nous montrent le chemin" dit Boris Cyrulnik.

L’auteur analyse ces différents aspects de l’héroïsme, sans oublier la confiance que des adultes apparemment conscients peuvent accorder à un « homme providentiel », un « führer », un « conducator », un guide, un « petit père des peuples ». La fabrique des héros, dans certains cas, est une fabrique de tueurs, grâce à des méthodes de manipulation employées ordinairement par les sectes. Fragiles, « cabossés », sans repère, se percevant sans avenir, des jeunes sont les candidats idéaux pour les sectes comme pour ces courants totalitaires. Mais il ne faut pas écarter la possibilité, pour tout un chacun(e), de se laisser manipuler et d’adhérer, avec plus ou moins d’enthousiasme, à « la banalité du mal », lorsque petit à petit, on arrive à ne pas considérer les autres comme des humains à part entière, comme des semblables.

Boris Cyrulnik est particulièrement connu pour le concept de « résilience » dont lui-même a fait l’expérience. Au fil des pages, je suis restée habitée par cette question, que l’auteur éclaire mais qui n’est pas pour moi résolue : pourquoi ? Pourquoi certains triomphent-ils des épreuves, en sortent meilleurs, plus attentifs aux autres, et pourquoi d’autres vont-ils vers le pire ? Les humains sont décidément une drôle d’espèce, un animal raté comme l’exprime bien Pierre Jouventin [2].

Léonore


[1Boris Cyrulnik, Ivres paradis, bonheurs héroïques, Odile Jacob, 2016

[2Pierre Jouventin, L’Homme, cet animal raté, Ed. Libre et solidaire, 2016.


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