Contre la « post-vérité » populiste

jeudi 16 novembre 2017
par  K.S.
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Ci-dessous un texte proposé par Sciences citoyennes à propos de la post-vérité, éclairant le débat « Contre la post-vérité qui menace notre avenir commun » du 25 novembre prochain.

Contre la « post-vérité » populiste : l’objectivité des faits et la vérité scientifique.

De longue date, la démagogie invoque « le bon sens » contre les faits établis. Cependant, une situation nouvelle s’est instaurée par la convergence de divers facteurs.

— Élaborant pour ses clients des éléments de langage et des « données » biaisées, l’industrie du déni est financée par les firmes pharmaceutiques, chimiques, les industries du tabac et de l’alimentaire, comme celles du nucléaire et des combustibles fossiles. Elle dépasse le lobbying traditionnel et récuse les lanceurs d’alerte par la production en masse de textes « scientifiques » faussés à dessein pour semer le doute, comme dans le cas exemplaire du réchauffement climatique.

— Un complotisme généralisé est favorisé par les réseaux sociaux et les bulles d’information font de l’affichage le critère de l’évidence. La communication se confond avec la connaissance et l’impact du buzz devient sa preuve. En temps réel, des rumeurs anonymes sont opposées à des faits parfaitement objectivés.

— Déniant tout le continent des sciences de la vie, le fondamentalisme créationniste trouve des soutiens croissants chez les intégristes chrétiens, comme le vice-président des USA, mais aussi dans certains courants se réclamant de l’islam.

— Au nom du post-modernisme et de la pensée déconstructive, un relativisme généralisé délégitime le concept même de vérité et récuse par principe les sciences. La réalité n’est plus alors qu’une « vision du monde » qui varie au gré du bon plaisir et des intérêts. C’est là une forme intellectuelle de la dérégulation généralisée dans le monde économique et social. Elle peut conduire à récuser les droits de l’homme comme un leurre universaliste.

— Calquée sur la publicité et le journalisme sponsorisé, la communication politique fait de l’audience le critère de la légitimité. La notion même de responsabilité politique ainsi affaiblie, des acteurs de la télé-réalité, lobbyistes ou affairistes aux marques connues deviennent alors des autorités politiques « naturelles ».

— Instrumentant diversement ces courants, la politique de la « post-vérité », illustrée à l’échelon international par un nombre croissant de démagogues, mobilise les « peuples » par des arguments cyniquement faux (comme l’attestent les résultats accablants des « fact-checkings »), non pas même pour convaincre, mais pour déclencher des réactions de peur impénétrables à tout démenti.

Dès lors, la simple objectivité des faits et à plus forte raison la vérité scientifique établie semblent insupportablement normatives. Toutes les formes de négationnisme, historique, social, climatique et environnemental peuvent ainsi se trouver légitimées par des autorités politiques. Quand l’ignorance est assumée en signe de proximité anti-« élites », l’aveuglement dépasse la xénophobie et l’égoïsme nationaliste : le danger politique et le danger environnemental se cumulent alors.
Or la recherche scientifique a le « tort impardonnable » de dissiper les illusions et la rationalité critique reste la condition d’une action efficace et juste, pour éclairer les raisons véritables de l’explosion des inégalités, des menaces sur la santé et sur l’environnement.

Nous avons besoin d’une recherche scientifique indépendante des intérêts privés et qui permette de comprendre la complexité.

La démocratie suppose le partage de faits reconnus et d’un monde commun qui permette le vivre-ensemble et l’exercice des libertés dans la paix civile. Le principe de réalité doit l’emporter, pour le bien de l’humanité et du monde vivant déjà gravement menacés.

Les actions citoyennes sont efficaces : c’est à la société civile, au monde de l’éducation et bien sûr aux milieux de la recherche de défendre l’objectivité et diffuser les résultats scientifiques, non seulement pour leur valeur propre, mais pour éclairer l’action responsable. Pour écarter des menaces croissantes sur la paix, la démocratie, l’environnement, la santé, nous appelons donc à fédérer toutes les initiatives nationales et internationales pour promouvoir la culture scientifique et la connaissance objective du monde commun.


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