Droit au blasphème

samedi 2 décembre 2017
par  K.S.
popularité : 4%

L’Occident découvre ( ?) la persistance, et à présent de nouvelles occurrences de l’esclavage au Moyen-Orient, des réfugiés fuyant les atrocités de la guerre se retrouvant mis en vente par leurs passeurs sur des marchés en Libye.

En 2013, un bloggeur et journaliste mauritanien, militant contre l’esclavage et la société des castes en Mauritanie, Mohamed Cheikh (photo ci-dessus), avait écrit une tribune dans laquelle il dénonçait l’utilisation de la religion musulmane pour justifier l’asservissement des Noirs et de toutes les personnes issues de castes en Mauritanie [1]. Pour cet article, les islamistes et le régime autoritaire mauritaniens l’avaient condamné à mort pour apostasie et blasphème. Peine commuée en emprisonnement.

Aujourd’hui, détenu depuis quatre ans, Mohamed Cheikh risquait à nouveau la condamnation à mort, le gouvernement mauritanien ayant adopté un projet de loi durcissant la législation contre les auteurs d’apostasie et de blasphèmes, qui seront désormais passibles de la peine de mort, sans tenir compte d’un éventuel repentir [2].

Bonne nouvelle : selon un communiqué du 13 novembre 2017 d’Afric Telegraph (https://africtelegraph.com/mauritan...), Cheikh Mohamed est sorti libre du tribunal de Nouadhibou, la cour d’Appel de la même ville ramenant sa peine à deux ans de prison ferme, au grand soulagement des défenseurs des droits humains et notamment d’Alioune Tine d’Amnesty international. Mais la menace contre la liberté de pensée et d’expression reste présente.

La notion du blasphème reste comme un poison persistant dans les sociétés humaines, peu de pays étant épargnés. Il s’agit en fait d’imposer à l’ensemble des individus l’obligation de respecter une croyance, un objet, un texte, etc. considérés comme sacrés par les fidèles d‘une religion. En fait, de ne tolérer aucune liberté de pensée et d’expression, ni à l’intérieur de cette communauté religieuse, ni au dehors.

La laïcité et le principe de séparation des Églises et de l’État placent les confessions dans la sphère du privé, et dans ce cas, la contestation, la dérision, la caricature des symboles religieux ne peuvent être un délit, encore moins un crime, même si des groupes de pression tentent de les judiciariser en invoquant une atteinte aux sentiments religieux [3]. Sans omettre le recours à la violence des attentats et l’appel au meurtre des fatwas pour les tenants de l’islam radical. Et sans oublier l’exception française du régime de Concordat encore en vigueur en Alsace-Lorraine [4].

Or, la notion même de blasphème et l’affirmation d’une conviction religieuse comme seule valable – parce que religion d‘État par exemple – peut induire chez les tenants d’autres religions ou convictions philosophiques le sentiment d’être bafoué, calomnié etc… De quoi redonner toute leur place aux seuls rapports de force. Inquisition, fatwas et compagnie pourraient ainsi régler la vie quotidienne des populations, croyantes ou non. Beau programme à même d’intensifier et de multiplier les conflits inter-religieux meurtriers.

Et si l’on tenait compte de la sensibilité des athées, agnostiques, et globalement non chrétiens en Occident ? Ne faudrait-il pas alors évacuer des espaces publics européens tous les signes mortifères mettant en avant le supplice de Jésus, mi-homme, mi-dieu selon le Nouveau testament, et qui souffrit donc physiquement de cette mise à mort par crucifixion ? (Mais combien y eut-il de Jésus ?) Libérer les sommets des croix, et les chemins des calvaires, dont le nom dit bien de quoi il s’agit… Inconcevable bien sûr, dans leur immense majorité les non-croyants répugnent à créer ou alimenter des conflits.

Le problème du blasphème ne revêt pas l’ampleur du drame de l’esclavage. Pour autant, il relève du même état d’esprit, par lequel l’autre est nié dans son humanité, son identité, son droit à la différence, son individualité. Et pourtant, la vie telle qu’on peut l’observer sur la planète est d’une quasi infinie diversité, quoique aujourd’hui en grand danger du fait des activités humaines. Ainsi en est-il de même pour les populations, les langues, les cultures, multiples mais disparaissant peu à peu au profit des plus forts et des plus agressifs.

Peut-on renverser le mouvement ?

Léonore


[1En savoir plus sur ce sujet : http://geopolis.francetvinfo.fr/les....

[2Selon l’agence officielle mauritanienne AMI dans un communiqué du vendredi 17 novembre : http://www.lemonde.fr/afrique/artic....

[3"La liberté d’expression ne saurait donner le droit de bafouer, de désinformer ou de calomnier les sentiments religieux d’aucune communauté ou d’aucun État quel qu’il soit ", extrait d’une proposition de loi visant à réintroduire dans le Code pénal un délit de blasphème - aboli en France depuis 1791 -, déposée en 2006 par deux députés conservateurs et heureusement restée sans suite.

[4On pourra sur ce sujet lire le dossier proposé par http://www.rationalisme.org/french/....


Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

24 mai 2013 - Religion modérée...

"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

31 janvier 2012 - Nice : Défense de la laïcité

"Pour un service Public
de la PETITE ENFANCE"
Vendredi 10 Février de 18h.30 à 20h
Plus de (...)

3 octobre 2010 - Lourde (s) bavure...

Le 13 septembre dernier : un convoi de pèlerins italiens à destination de Lourdes sur un train de (...)