Droit à l’avortement : la lutte est loin d’être finie...

lundi 5 février 2018
par  K.S.
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Dans deux pays d’Europe – sans aborder ici le cas des pays d’Amérique latine – l’avortement est soit totalement interdit, soit strictement limité. Deux pays dans lesquels l’Église catholique pèse sur les mentalités, sur l’organisation de la société et sur les droits des individus à disposer d’eux-mêmes.

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Irlande

L’Irlande a inscrit dans sa Constitution le droit à la vie de l’enfant à naître (unborn) au même titre que celui de la mère. Et il ne s’agit pas d’un reliquat des siècles précédents puisque cet amendement fut approuvé par référendum en 1983. Comme le signale Amnesty international [1]
 :

« Une femme enceinte ne peut avorter en Irlande, après un viol, un inceste, en cas de malformation du fœtus même s’il est avéré que celui-ci n’a aucune chance de survie. »

« Chaque année, environ 4 000 femmes quittent leur pays pour avorter à leurs frais à l’étranger. Le plus souvent, elles prennent le ferry pour l’Angleterre. On dit ici qu’elles « prennent le bateau ».

Le voyage, les soins et le séjour coûtent environ 1 500 euros. Celles qui n’ont pas les moyens de les payer ou les immigrées qui doivent demander un visa pour sortir du territoire prennent le risque d’avorter seules, parfois au péril de leur vie. Dans le plus grand secret, elles contactent des associations basées à l’étranger comme Women on Web ou Women on Waves et se procurent des médicaments abortifs commandés sur Internet.
On en compterait plus de 1 000 par an : des criminelles au regard de la législation en vigueur, passibles de quatorze ans de prison.
 »

En cause, et ce n’est pas nous qui le disons, mais des Irlandaises auxquelles Amnesty a donné la parole :

« Pour l’Église, la vie d’un être qui n’est pas né, qui est parfois même déjà stoppée ou condamnée naturellement, vaut plus que celle d’une mère qui doit s’occuper de ses enfants et les nourrir. C’est absurde, trivial et cela relève tout simplement de la propagande  ». (Margareta d’Arcy, une artiste de 80 ans venue soutenir la nouvelle association, Nasty Women, engagée dans la promotion du droit des femmes.)

« Elle [L’Église, Ndlr] demeure encore très puissante, explique-t-elle, car elle est toujours propriétaire des terres sur lesquelles ont été bâtis hôpitaux et écoles. Chacune de ces structures compte au moins un représentant de l’Église dans son conseil d’administration […] Il y a encore relativement peu d’éducation sexuelle à l’école, surtout si les professeurs sont âgés. Les jeunes filles connaissent mal leur corps et la contraception  ». (Ailbhe Smyth, Directrice de la Coalition pour le retrait du huitième amendement, Coalition to Repeal, qui regroupe une centaine d’associations.)

Historiquement, le nationalisme irlandais s’est longtemps identifié au catholicisme pour résister aux Anglais protestants et anglicans et l’Église catholique mène des actions sociales en matière d’éducation et de santé.

Les mentalités restent, de fait, empreintes d’une forte éthique catholique et, se manifestant avec violence, le mouvement Pro Life s’avère très puissant.

Cependant, on notera que le Comité contre la Torture de l’ONU a condamné l’Irlande pour non-respect du droit des femmes en février 2016. En juin de la même année, le Comité des droits de l’homme de l’organisation internationale lui demandait de modifier sa loi sur l’avortement, jugeant qu’elle soumettait les femmes à « un traitement cruel, inhumain et dégradant ». D’autre part, il condamnait l’État irlandais à verser 30 000 euros de dédommagement à une femme qui avait dû en 2011 partir avorter en Angleterre, son fœtus étant atteint d’une trisomie 18, fatale.
Un référendum sur le sujet devrait être organisé au printemps 2018.

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Pologne

De 1956 à 1993, l’avortement était légal et gratuit. Depuis 1993, seules trois circonstances l’autorisent : grossesse résultant d’un acte illégal, risque pour la vie ou la santé de la femme enceinte, malformation grave du fœtus (c’est-à-dire un être humain handicapé). En dehors de ces cas, pour les Polonaises souhaitant avorter, il reste le voyage à l’étranger, l’intervention dans le pays même dans l’une des nombreuses cliniques clandestines, ou encore le recours aux pilules abortives achetées par correspondance ou sur le marché noir. Les femmes qui avortent ne sont passibles d’aucune sanction ce qui n’est pas le cas des personnes qui les aident. En outre, les femmes désirant avorter se heurtent au refus de nombreux médecins y étant opposés.

Mais aujourd’hui, une commission parlementaire vient d’être chargée d’étudier une proposition de modification législative visant à supprimer l’un des trois motifs d’avortement autorisés dans le droit polonais, à savoir l’existence de malformations graves ou mortelles du fœtus. Cette proposition émane émanant de la Fondation Vie et Famille (Fundacja ycie i Rodzina), un groupe anti-choix. Aucun délai n’ayant été fixé à la commission parlementaire pour se prononcer, cette proposition peut être examinée en quelques jours comme être enterrée et ne pas refaire surface avant de longs mois. Le danger n’est donc pas théorique.

Un durcissement de la législation déjà très restrictive contraindrait les femmes à mener à terme des grossesses non viables, mettant en danger leur santé physique et mentale et les obligeant à donner naissance à des enfants qui n’auraient aucune chance de survie, leur faisant subir des souffrances inimaginables.

En octobre 2016, des dizaines de milliers de personnes étaient descendues dans les rues des villes de Pologne pour protester contre des propositions de restriction quasi totale à l’accès à l’avortement et avaient gagné. Amnesty lance une pétition adressée au Président et aux député-es polonais-es pour leur demander de rejeter les restrictions à la loi sur l’avortement (https://www.amnesty.be/je-veux-agir....)

SKS



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