Retour d’un service national obligatoire ?
Article mis en ligne le 17 février 2018

par K.S.
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Il paraît que le service militaire apportait de la mixité sociale, faisant se rencontrer des jeunes gens issus de milieux différents, leur apportant le sens du collectif, du dépassement de soi, le sentiment d’appartenir à la Nation. De plus, accessoirement, la grande famille de l’armée donnait aux plus démunis les rudiments scolaires essentiels qui leur avaient manqué. Certes… On ne dira rien d’autres apprentissages : le principal, l’art de tuer. D’autres, plus secondaires : boire, fumer, aller au bordel, sans compter l’usage de quelques plaisanteries à connotation sadiques, en prime, etc…

Aujourd’hui, il faut contrer l’influence des imams extrémistes sur les jeunes issus de quartiers défavorisés, source de terrorisme. Amener ces jeunes à se sentir citoyens d’une république dont la devise reste Égalité, Fraternité, Liberté, en y ajoutant la laïcité.

Et pour cela, reprendre une bonne vieille recette, dont nous venons de vanter les mérites : le service national obligatoire, suspendu en 1996 par Jacques Chirac. Lors de la dernière campagne présidentielle, plusieurs candidats s’étaient prononcés dans ce sens, avec quelques nuances portant sur la durée, le caractère militaire et obligatoire, ou non.

Il est courant, lorsqu’un gouvernement se sent en difficulté, de remonter dans les sondages en organisant une action militaire extérieure. De même, il s’agit à présent de résoudre, par l’instauration à nouveau d’un service national, tous les problèmes en amont, qui entraînent la fracture sociale et la violence islamique. Pêle-mêle : le décrochage scolaire, le chômage, la surpopulation carcérale, l’insalubrité des quartiers réputés difficiles et leur économie souterraine, le poids de la bureaucratie faisant pâle figure face aux aides rapides apportées par les organisations confessionnelles : pas de dossier, mais un engagement autrement plus lourd, quoique insidieux… La force des Frères musulmans entre autres, mais aussi des communautés évangélistes, dont le danger semble minime ici, mais que l’on a vues à l’œuvre aux USA par exemple, est de soutenir les familles en difficulté, et d’encadrer les enfants un peu trop turbulents. Quant à ceux qui sont déjà pris dans l’engrenage de la petite ou grande délinquance, ils retrouvent dans l’intégrisme une nouvelle vertu et des réponses à toutes questions, y compris celles qu’ils ne s’étaient pas posées. Sous une forme plus actuelle, les religions continuent d’exercer leur rôle de contrôle social là où elles le peuvent.

Donc, le nouveau service devrait être, d’après le porte-parole du gouvernement, universel, obligatoire et concerner toute la classe d’âge.

Militaire ? Les réticences semblent venir… de l’armée elle-même.

Alors, civil ? Civique ?

La question de l’obligation est fondamentale. Les jeunes doivent-ils donner de leur temps, de leur énergie, leur vie même, à ce qu’on appelle la Nation ? Pour beaucoup de bons citoyens, la réponse est oui. Mais qu’est-ce que la Nation ? Est-ce vraiment la seule conception possible d’une communauté d’humains ?

Hormis les politiques, qui attribuent à un service national la capacité à faire advenir la paix sociale – si cela avait fonctionné auparavant, cela se serait vu, tout de même ? – de bonnes gens y voient plutôt un facteur de maturité et de partage. Ainsi, un service civil, ou civique… Aider les plus pauvres, les mal-logés, les sans-logis, participer aux secours lors de catastrophes naturelles ou/et humanitaires… Mais, de même que les « décrocheurs » réussissent à sortir du système scolaire (obligatoire jusqu’à 16 ans) par manque d’intérêt, que vaudrait, fondamentalement, l’exercice d’une solidarité sous la contrainte ? L’obligation n’apporte jamais autant, quant au but recherché, que la persuasion – sans manipulation bien entendu.

Mais l’État se considère comme propriétaire des habitants de la dite Nation, sujets et non citoyens, que le régime s’affiche démocratique, républicain, qu’il habille son véritable rôle sous des devises d’apparence généreuses et se pare de légitimité par le blanc-seing des élections.

Que feront les jeunes appelés à servir ? A remplacer peut-être des grévistes ? A gommer les insuffisances de moyens et de personnel des services publics ? A porter les armes et guerroyer, de préférence dans des actions extra-territoriales ? Tout cela est possible, hélas. Il faudra donc à nouveau soutenir ceux qui refuseront ces missions indignes, devenant des réfractaires, des insoumis dans l’acception vraie et politicienne du terme.

Léonore


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