La « ligne rouge » franchie en Syrie ?
Article mis en ligne le 17 avril 2018

par K.S.
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Pendant quelques quarante années, les gouvernements des pays occidentaux ont laissé des dictateurs tels que Bachar al-Assad en Syrie réprimer, emprisonner, torturer, assassiner des civils. La révolution syrienne de 2011 a fait place à une situation de guerre, avec de multiples acteurs : on pourra lire à ce sujet Non-violence dans la révolution syrienne [1].

Mais, alors que le régime syrien dans sa lutte contre les derniers bastions de Daesh – dangereux concurrent en matière de violences – semble avoir utilisé des armes chimiques, touchant au moins autant les populations civiles que les combattants, le monde occidental s’affole et déclare franchie « la ligne rouge », selon la Convention sur l’interdiction des armes chimiques signée par la Syrie le 14 septembre 2013.

Certes…

Certes, il y eut des précédents dans ces pays du Moyen-Orient mis à feu et à sang… Par exemple par le régime de Saddam Hussein en 1988, dans le conflit Iran-Irak, ou contre des villages kurdes, et la lecture attentive des rapports annuels d’Amnesty international en révèlerait sans doute bien d’autres.

Certes, au Viet-Nam, le napalm, balancé par les USA, a brûlé êtres humains et végétation… mais c’était il y a si longtemps…

Il y a donc des procédés de meurtre de masse autorisés : chars, bombardements, mitraillettes, armes blanches, etc. selon le budget, la mesure et l’ampleur souhaitée, et un autre interdit : l’arme chimique. Ce dernier cependant, selon les experts, ayant fait beaucoup moins de victimes que les autres techniques citées précédemment.

Donc, les lieux de fabrication d’armes chimiques en Syrie ont été détruits par « les alliés ».

Il faudrait une belle dose de naïveté pour envisager que les stocks d’autres types d’armements soient à leur tour visés.

Car il s’agirait là d’une grave atteinte au commerce international.

Tranquillement, les grandes puissances se font une guerre indirecte pour le plus grand bénéfice des lobbies d’armement, que les filières soient officielles ou officieuses. La France, il ne faut pas l’oublier, est au 4ème ou au 5ème rang (selon les sources) de la vente d’armements, avec un salon très couru, Eurosatory [2].

Et les populations de cette région du monde paient un lourd tribut à ce commerce de la mort.

Quand les civils le peuvent, ils tentent d’échapper à la guerre, et fuient vers l’Europe. « Ah mais, disent les gouvernants et marchands d’armements, cela fait beaucoup trop de monde ! Restez donc dans vos camps de réfugiés, laissez-vous exploiter, vendre, violer, nous n’avons pas de place pour vous » et à l’adresse de ceux qui leur viendraient en aide, un nouveau délit a vu le jour en France, pays des Droits de l’Homme, le délit de solidarité.

Quel beau monde…

Léonore

Notes :

[1Collectif, Non-violence dans la révolution syrienne, Les Éditions Libertaires & Silence, février 2018, 120 pages. (Collection Désobéissances libertaires). Voir https://penselibre.org/spip.php?art....

[2Cette année, du 11 au 15 juin. Les organisations pacifistes proposeront en temps utile des manifestations.


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