Crèche Baby-Loup, un nouveau rebondissement ?
Article mis en ligne le 1er septembre 2018

par K.S.
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Dans deux articles très documentés [1], L’UFAL (Union des familles laïques, http://www.ufal.org/) signale la prise de position du Comité des droits de l’homme de l’ONU datée du 10 août dernier, considérant que la France avait violé la liberté de manifester sa religion et discriminé « les femmes musulmanes » lors du licenciement de la sous-directrice de la crèche Baby-Loup. Après diverses péripéties judiciaires, la Cour de cassation avait débouté la plaignante.

« Les amis du communautarisme (à condition qu’il soit islamiste) claironnent que « l’ONU condamne la France » (l’Obs), voire « a mis un point final » à l’affaire (la FNLP), pour se réjouir bruyamment. A tort semble-t-il. »

Le rédacteur des articles, Charles Arambourou, explore avec attention tous les aspects de cette mise en cause de la laïcité, dans son esprit comme dans son aspect juridique.

Penser libre a suivi et soutenu Baby-Loup tout au long. Petit rappel des faits :

Il s’agissait de « permettre à des mères isolées de travailler au lieu de se retrouver enfermées à la maison et dans la pauvreté. Le projet était issu de la demande de ces femmes, qui l’avaient élaboré avec l’équipe : offrir à leur(s) enfant(s) un milieu favorable à leur épanouissement grâce au "vivre ensemble" dans l’égalité. Favoriser l’insertion professionnelle et l’autonomie de leurs mères, en leur proposant entre autres des formations aux métiers de la Petite enfance, et leur ouvrir ainsi des perspectives positives.

Comme le soulignait la directrice Natalia Baleato, dès le début ce "vivre ensemble", la crèche, située à Chanteloup-les-Vignes dans les Yvelines, accueillant des enfants de 54 nationalités différentes, impliquait une éducation respectueuse de tous, car dispensée par un encadrement soucieux d’universalité. D’où évidemment la nécessité d’une totale neutralité vis-à-vis des croyances religieuses, observée dans l’exercice de la tâche éducative. Il n’y eut pas de grandes déclarations de principes sur la laïcité, mais une mise en pratique effective. En somme, tout le contraire de ce qui se passe dans l’ensemble de cette chère république censée être laïque, et qui ne cesse par des concessions de toutes sortes, de réduire à presque rien la réalité du principe constitutionnel.

Ouverte 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, cette crèche est une des rares à permettre aux mères élevant seules leur(s) enfant(s), d’accepter un travail hors des horaires classiques. Par ailleurs, avec beaucoup de souplesse, la structure accueille les fratries, jusqu’à l’âge de 10 ans lors de difficultés particulières. Diverses activités sont proposées aux enfants qui sont réunis au moment des repas, où tout se partage, donc pas de tables séparées pour raison d’observance confessionnelle. » [2]

« Il nous semblait déjà évident que la construction de la singularité de chacun ne peut passer que par un espace qui implique un écart avec les caractères qu’on tient mécaniquement à vous assigner, et que seule la neutralité peut garantir à l’individu qu’il ne sera pas prisonnier de l’environnement duquel il vient et dans lequel la pression sociale tend à le maintenir ; a fortiori pour un enfant, qui ne s’est pas encore forgé de protection contre les diverses formes de prosélytisme et de dogmatisme.

Telle que nous l’envisagions, la laïcité n’était donc pas la fossoyeuse de la liberté, comme on aime à nous le sermonner, mais bien au contraire l’une de ses conditions les plus indispensables.

Dans les structures petite enfance qui nous occupent, elle pouvait se définir simplement comme le droit pour chaque enfant de façonner par soi-même son esprit, afin que, plus tard, il puisse exercer son libre arbitre et se reconnaître dans telles ou telles croyances, telles ou telles philosophies, après avoir patiemment parcouru, encore une fois par lui-même, la diversité des choix qui s’offrent à lui ». [...] « Doit-on rappeler que le rejet du principe féodal selon lequel l’identité est définie dès la naissance est au fondement même de la démocratie moderne ? Jusqu’au début des années 2000, ce n’était pas nécessaire : les revendications religieuses s’étaient toujours inclinées devant la défense du bien-être collectif des enfants. Manger ensemble, apprendre ensemble, jouer ensemble a toujours eu plus de valeur que la confusion forcée de l’intime et du commun. » [3]

Voir également : "Des nouvelles de Baby-Loup", http://penselibre.org/ecrire/?exec=..., "Baby Loup sauvée... mais..." http://penselibre.org/ecrire/?exec=....

Profitant sans doute de l’exceptionnelle convivialité de Babyloup, une employée, après un congé parental de cinq ans, revient voilée et s’obstine dans sa négation du fonctionnement ouvert et universaliste de la crèche, qu’elle connaissait bien pour en être la directrice adjointe. Licenciée en 2008, elle a intenté un procès à la structure, procès gagné par Babyloup d’abord au Conseil de prud’hommes puis auprès de la Cour d’appel de Versailles. Suivront divers recours de la part de l’employée, tandis qu’intimidations et dégradations multiples invitent le personnel de la crèche à céder. Pour finir (?) la Cour de Cassation donna raison à Babyloup.

Cependant, la crèche a dû déménager dans un quartier différent, moins proche des mères de famille qui avaient participé au projet et qui en bénéficiaient.

Ce nouveau rebondissement fait craindre bien évidemment que surgissent d’autres entraves à la liberté de pensée et d’expression au profit des communautarismes religieux, rendant plus difficile le « vivre ensemble ».

Notes :

[2"Babyloup et la laïcité", http://penselibre.org/ecrire/?exec=....

[3"Baby-Loup, l’UFAL et la FNLP : quelques précisions",
http://penselibre.org/ecrire/?exec=....


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