Rentrée des chasseurs
Article mis en ligne le 7 septembre 2018

par K.S.
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Depuis quelques jours, en passant dans les couloirs du métro marseillais, on ne peut ignorer d’immenses affiches présentant les chasseurs comme les premiers écologistes… On connaît leurs refrains : ils « régulent » la faune sauvage, et même, croyez-le ou non, ils « protègent la biodiversité » !

Ces placards, placés en ville, sont destinés à modifier le point de vue des citadins sur la chasse, mieux vue chez les ruraux.

La chasse en France, pèle-mêle et de façon non exhaustive :

- Lors des périodes de chasse, impossibilité de se balader en sécurité, même le dimanche, y compris sur les chemins, nombreux accidents par an, dont beaucoup touchent des promeneurs, des joggeurs, vététistes, etc…

- Intrusion légale des chasseurs sur n’importe quelle propriété pour suivre ou récupérer du gibier. Dans le cas de la chasse à courre, ce « noble art » a pu amener à pénétrer jusque dans le salon d’une famille pour achever un cerf sous les yeux des parents et des enfants !

- Pollution des sols au plomb par la décomposition des cartouches [1].

- Destruction d’espèces protégées ou en cours de migration ; chasse au gluau des petits oiseaux, tuant après une longue agonie toutes sortes de passereaux, y compris nombre d’espèces protégées.

- Déterrage de blaireaux sans aucune utilité du point de vue de l’équilibre écologique, mais assurément pratique barbare et sadique [2].

- Empoisonnement des renards, qui, eux, régulent les espèces pouvant nuire aux cultures. Les appâts, dissimilés dans les buissons, peuvent être trouvés par les chiens, les chats, et même par les enfants.

- Dans certaines régions, empoisonnement volontaire des chiens et chats domestiques (supposés concurrencer les chasseurs).

- La mort-loisir : apprentissage puis pratique de « l’art » – et du « plaisir » – de tuer.

- Présence dans les foyers d’armes à feux dont on sait la dangerosité en cas de coup de colère incontrôlée, ou de maniement par les enfants.

- Usage d’armes de tir par des personnes alcoolisées.

Etc… [3]

Certains chasseurs, évoquent leur pratique comme étant surtout l’occasion de se trouver dans la nature – l’air frais du petit matin, la brume, les chants et bruits des oiseaux, le frôlement dans les herbes d’un animal qui s’enfuit, les odeurs, etc… Y a-t-il pour cela besoin d’un fusil ? Un appareil photo serait bien plus utile, s’il s’agit de témoigner de la beauté de la nature, au lieu d’exhiber de petits cadavres à poils ou à plumes.

La régulation en faveur de la biodiversité ? C’est un contre-sens : d’une part parce que bien souvent les chasseurs soit ne connaissent pas suffisamment les espèces, soit ne peuvent les différencier sur le terrain avant le tir ; d’autre part, parce que ce type de chasse est traditionnel, alors n’est-ce pas ? Les directives européennes et nationales restent lettre morte et l’on privilégie pour la chasse le passage des migrateurs.

Un autre problème important, me semble-t-il, réside dans l’appropriation de l’espace naturel par une très petite minorité, les chasseurs en milieu rural, sachant que les habitants de ces communes n’osent pas exprimer leur désapprobation. Les électeurs des régions rurales sont plus représentés que les citadins, carte électorale oblige, les ouvriers des grandes agglomérations ayant la mauvaise habitude, jusqu’à ces dernières décennies, de voter à gauche [4].

Le dernier cadeau fait aux sociétés de chasse, après nombre de dérogations aux directives européennes, réduit de moitié le prix du permis de chasse, l’autre moitié étant apportée par l’Etat, c’est-à-dire par les contribuables.

La chasse est un lobby puissant, un certain ministre de l’écologie en a fait les frais. Et on n’oubliera pas que le lobbyiste de la chasse est aussi celui de la vente d’armes.

« La chasse, comme toute activité impliquant l’usage ludique d’une arme à feu, est une école de violence, un apprentissage à l’acte d’ôter la vie.
Se vouloir humain, c’est se vouloir empathique, bienveillant, accessible à toute souffrance d’autrui. Cet autrui peut être de notre espèce ou d’une autre espèce.
Cela me détermine à récuser la chasse, non pas en raison des accidents qu’elle génère et de ses abus, mais de son principe même.
Tuer pour se distraire est une faute morale.
« Tu ne tueras point » figure dans toutes les civilisations.
Cependant, ce principe énoncé, les hommes ont dérogé à cette prohibition au détriment de l’ennemi, de l’étranger, de l’autre par sa race ou son espèce.
Le combat éthique contre la chasse est celui du choix de la vie contre celui de la mort.
Voilà qui va bien au-delà de l’écume des débats suscités par cette activité récréationnelle trop bien gardée.
Il ne faut jamais faire de la souffrance et de la mort d’un être sensible un loisir, un jeu, une banalité.
Pour moi, toute mort est un deuil.
 » rappelle Gérard Charollois de la CVN (Convention Vie & Nature) dans sa Lettre hebdomadaire du 28 août dernier [5]

Si l’on voulait promouvoir une éducation à la paix et à la non-violence, il faudrait – entre autres mesures - s’occuper de la chasse, mort-loisir !

Léonore

Notes :

[1En février 2018, des bocaux de fleur de sel de Guérande, appréciés des grands chefs et des gastronomes, ont dû être retirés de la vente car comportant un dosage excessif de plomb. Les marais sont un lieu privilégié pour les chasseurs. Or l’enquête a révélé que les cartouches laissées à terre se délitant, le plomb qu’elles contenaient s’est infiltré dans les sols et dans l’eau, d’où la contamination du sel.

[2A noter que les dégâts occasionnés aux cultures par les sangliers (devenus par croisement, des « cochongliers ») doivent être indemnisés par les sociétés de chasse, suite à l’engrainage ; l’attribution des ravages aux blaireaux entraîne une indemnisation de l’Etat. Lorsqu’on est à la fois cultivateur et chasseur, il vaut mieux incriminer le blaireau. Des questions similaires se posent concernant l’indemnisation des éleveurs selon que les attaques sont attribuées à des loups ou à des chiens devenus sauvages.

[3Une association – l’ASPAS, Association pour la Protection des animaux sauvages, s’inscrit logiquement contre la chasse et ses nombreux excès et dévoiements et exerce une remarquable action juridique qui, bien étayée, porte presque toujours ses fruits. Site : www.aspas-nature.org

[4Selon un sondage Ifop de 2016, 91 % des personnes interrogées désirent ardemment une réforme de la chasse. D’après un autre sondage Ifop de 2017, 81 % d’entre eux souhaitent l’interdiction de la chasse le dimanche et 79 % la réduction des périodes de chasse.

[5Voir le site www.ecologie-radicale ;ORG.


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