Paris, le 17 octobre, L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical

par K.S.

A l’invitation de Sciences Critiques

Mercredi 17 octobre 2018, de 19h30 à 21h30 :

Présentation, en avant-première, du nouveau livre d’Éric Sadin, L’intelligence artificielle ou l’enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical (Éditions L’Échappée)

A la veille de la parution officielle de son livre en France, Éric Sadin, écrivain et philosophe, considéré comme l’un des penseurs majeurs du monde numérique, se livrera à une analyse radicalement critique, « une anatomie au scalpel », de l’intelligence artificielle, cette « obsession de l’époque » [1].

« Une vie comme insensiblement et littéralement mise sous tutelle émerge par la grâce de l’intelligence artificielle nous indiquant de son index, tel le Pantocrator, le Christ en majesté, la bonne voie à emprunter. Dorénavant, nous attendons des processeurs qu’ils nous gouvernent avec maestria, qu’ils nous délivrent du fardeau que nous endurons depuis l’aube des temps qui pourtant constituait jusqu’à peu le sel de la vie et de notre relation au monde : celui de devoir à tout instant nous prononcer, nous engager, bref, de mettre en jeu notre responsabilité. »

Lieu : 100 Établissement Culturel Solidaire (100-ECS), 100 rue de Charenton – 75012 PARIS
Accès : Gare-de-Lyon (métro 1 et RER A), Reuilly-Diderot (métros 1 et 8) et Ledru-Rollin (métro 8)

Entrée libre et gratuite (dans la limite des places disponibles). Accueil : à partir de 19h.

Le texte ci-dessous est extrait de la deuxième partie du nouveau livre d’Eric Sadin, L’intelligence artificielle ou l’Enjeu du siècle. Anatomie d’un antihumanisme radical (L’Echappée, 2018), intitulée : « L’intelligence artificielle : le pouvoir d’énoncer la vérité ».

On a presque tout dit à propos du smartphone. On a souligné la possibilité qu’il offrait de se connecter, à tout instant et en tout lieu, à Internet, la circulation exponentielle de messages et d’images qu’il engendrait, le narcissisme qu’il favorisait, notamment par l’usage, souvent compulsif, du selfie, on s’est alarmé des effets d’addiction que tous ses charmes entraînaient, on a encore vanté ses vertus ubiquitaires et le pouvoir de nomadisme dont il nous gratifiait.
Tous, nous avions compris dès son apparition, et plus encore au fur et à mesure de nos usages, qu’il représentait un phénomène majeur, recouvrant une portée sociale, économique, autant que civilisationnelle, décisive.

Mais comme pour tant d’événements relativement soudains, vécus dans l’instantanéité et les flux précipités des circonstances, il arrive que certains discours, pour des raisons plus ou moins saisissables, s’imposent davantage que d’autres, se voyant aussitôt repris de partout.
Ils tiennent alors lieu de représentations dominantes, tandis que la plupart du temps, le point le plus déterminant n’est pas bien identifié, il exige un délai afin d’être appréhendé dans toute sa mesure, car étant à première vue moins impressionnant, mais agissant cependant de façon plus prégnante.

Ce qui longtemps n’a pas été perçu, c’est que les personnes, comme par miracle, ne se trouvaient plus livrées à elles-mêmes, à leur seule intuition dans le cadre de leur expérience quotidienne, mais qu’elles se voyaient subrepticement prises en charge par ces mêmes appareils.

Des dispositifs inédits le permettaient : les applications intégrées aux systèmes d’exploitation n’offrant pas seulement une navigation aisée et « intuitive » grâce à leurs interfaces ergonomiques et parfaitement adaptées à la taille, somme toute réduite, de l’écran, mais prodiguant toutes sortes de conseils supposés ajustés à chacun.

Logique dont on peut dater l’origine à l’avènement de l’iPhone en 2007, qui inaugura l’ère de l’accompagnement des individus par des procédés chargés d’alléger le cours de leurs vies en fournissant en toute occasion la bonne information. Ce dont témoignait alors, de façon exemplaire, le slogan publicitaire d’Apple clamant qu’il « existe une application pour tout », ce qui n’était pas encore le cas, mais qui signalait leur vocation, à terme, à être partie prenante du moindre de nos gestes.

Néanmoins, malgré le saut qui s’était opéré entre l’accès à une information offerte à tous et une autre précisément destinée à chacun, il manquait encore une dimension pour parfaire cette architecture : une sorte d’interlocuteur unique avec lequel serait noué un compagnonnage familier et fidèle, nous rendant à même de nous en remettre pleinement à ses paroles, comme allant de soi, uniquement adressées à soi et revêtant un caractère prévenant.

A retrouver sur https://sciences-critiques.fr/le-st... sans se laisser dissuader par l’image du « Christ en majesté » …