La nostalgie des bataillons scolaires

par K.S.

Pour la prochaine commémoration du 11 novembre – centenaire oblige, semble-t-il - la municipalité de Calais a pris l’initiative de faire défiler les élèves de CM1 et CM 2. Le fait nous est signalé par le Groupe Non-violent Louis Lecoin. Ces enfants, qui ont entre 9 et 11 ans, apprendront à marcher au pas et à se mettre en rang sous les ordres d’un réserviste de l’AMRAF (association des militaires de réserve de l’artillerie de France). Et ce durant le temps scolaire.

Des parents, heureusement, s’alarment, même si certains se disent d’accord pour que les plus jeunes participent aux commémorations de l’armistice.

Une pétition [1] a été mise en ligne. Le texte qui l’accompagne, signé par le « collectif Craonne pour la paix » précise que « ce type de manifestation est en opposition totale avec les directives pédagogiques du ministère de l’Éducation nationale, qui invite à rendre hommage, à se rassembler autour d’un lieu de mémoire commune, pour évoquer les malheurs de la guerre et militer pour une culture de la paix.  »

De son côté, la Mairie invoque un « travail pédagogique » et le réserviste de l’AMRAF refuse les termes d’« entraînement militaire » et de « marche au pas », tout en reconnaissant qu’il s’agit – tout de même - de faire défiler les enfants en rang par quatre. Apprendront-ils aussi le « garde à vous » ?

Voilà, en tout cas, qui rappelle l’existence, à la fin du 19ème siècle, des « bataillons scolaires »

Les bataillons scolaires furent créés par le gouvernement De Freycinet le 14 juillet 1882. Organisés au sein des établissements d’enseignement public, ils devaient dispenser aux élèves une formation pré-militaire. Les garçons de 7 à 13 ans apprenaient ainsi à marcher au pas et à manier des fusils, en bois pour les plus jeunes, en modèles réduits avec tir à balles réelles à partir de 11 ans. L’expérience dura jusqu’en 1892 et cessa parce que considérée comme trop coûteuse [2].

République et laïcité ne sont pas des conditions suffisantes, quoique nécessaires, pour construire un monde de paix. Paul Bert (1833-1886), député de l’Yonne et ministre de l’instruction publique voulut une école publique « laïque, gratuite et obligatoire ». Mais il créa en 1882 les bataillons scolaires et fit fabriquer des mini clairons, des mini tambours, et des répliques réduites des fusils Gras…La France comptera jusqu’à 109 bataillons pour environ 44 000 enfants.

Aujourd’hui, les enseignants peuvent être victimes d’agressions de la part de leurs élèves et sont fréquemment soumis à des pressions psychologiques, « surtout pas de vagues », de la part de leur hiérarchie. Dans un tel climat, est-il judicieux de militariser les enfants ? Il est vrai que l’Armée se veut garante de l’ordre. Sans doute a-t-on pensé en haut lieu qu’il n’était jamais trop tôt pour enseigner l’obéissance aveugle, et que la violence quand elle est programmée, organisée et autorisée, assortie d’un port d’armes généralisé, résoudrait la situation actuelle des collèges et lycées en « zones sensibles ». Le mal par le mal, en quelque sorte…

Léonore