Mai 68 : les révélations d’un ex-pape

par K.S.

Un article du Monde daté du 11 avril [1] relate les récents propos du Pape retraité Benoît XVI qui attribue la pédophilie dans l’Église à Mai 68 et à « l’absence de Dieu ». Le ridicule ne tue pas, en témoigne la longévité de beaucoup de prêtres catholiques.

« Sous les pavés la plage » aurait donc entraîné, sous les culottes des petits garçons, de saintes mains baladeuses.

La « révolution de 68 », aurait introduit dans l’Église une sorte de relativisme moral, amenant à considérer la pédophilie comme quelque chose de « permis et d’approprié ». « Pourquoi la pédophilie a-t-elle atteint de telles proportions ? En fin de compte, la raison en est l’absence de Dieu », écrit-il. Car « un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde dépourvu de sens » et de ce fait « sans notion de bien et de mal ».

Doit-on en déduire, non sans inquiétude, qu’un nombre non négligeable de prêtres – les pédophiles et ceux qui les protègent - ne croient pas ou plus en Dieu ?

On passera sur l’antienne selon laquelle seule la croyance en un dieu permettrait cette distinction entre bien et mal. En réponse, pendant longtemps et encore aujourd’hui, beaucoup d’agnostiques et d’athées se sont crus obligés de promouvoir une morale laïque quasiment aussi étroite que la confessionnelle.

Il ne faut pas s’étonner de tels propos venant de ce pape particulièrement réactionnaire. Ce prélat n’est du reste pas le seul à incriminer l’esprit de Mai 68 (« tout fout le camp »). Il est rejoint par tout un pan de la droite, les opposants au mariage pour tous, à la contraception et à l’IVG, à la non criminalisation de l’homosexualité, à l’égalité entre hommes et femmes, des nostalgiques du temps où l’Église avait pleins pouvoirs sur les corps et les esprits, avec le respect basé sur la peur, et le « chacun à sa place ».

Il est vrai que la légalisation de la contraception précède de peu (1967) ces quelques mois de 68, et l’autorisation de l’avortement, pudiquement désigné par l’IVG (interruption volontaire de grossesse) arrive en 1975.

Le souci, sur le strict plan des faits, est que les pratiques pédophiles dans l’Église catholique n’ont pas commencé après Mai 68 ! Nombre de témoignages de victimes de la pédophilie ecclésiastique concernent des faits remontant bien avant les années soixante. Ces victimes restent des croyants et se disent toujours attachés au catholicisme. Leur critique sans concession de la position des prélats protégeant leurs prêtres pédophiles de la justice civile, ne vise pas à une atteinte radicale de l’Église, mais à une réforme qui apporterait une cohérence entre les discours et les actes.

Il y a bien eu récemment, au sein de l’Église catholique, quelques questionnements sur les causes systémiques permettant abus de conscience et de pouvoir, sur la priorité donnée à la protection de l’institution au détriment de la lutte contre la pédocriminalité, et Benoît XVI lui-même aurait œuvré dans ce sens, ce qui ne l’empêche pas d’affirmer :
« Il est très important d’opposer aux mensonges et aux demi-vérités du diable toute la vérité : oui, dans l’Église, il y a le péché et le mal. Mais aujourd’hui aussi, il y a l’Église sainte qui est indestructible. »

S’il en est ainsi, le refus de réformer en profondeur le fonctionnement de l’institution ecclésiastique est incompréhensible, et témoigne de bien peu d’empathie et de compassion pour les victimes, des enfants rappelons-le…

SKS