Un message à propos de Notre-Dame de Paris

par K.S.

Nous avons reçu ce petit texte d’une internaute, qui signe "Sidonie". Merci à elle. Doit-on transmettre ses suggestions à qui de droit ? Nous ne le savons pas.

Pour cette flèche de Notre-Dame de Paris, faut-il un projet moderne, voire futuriste ? Au contraire, faut-il reconstruire à l’identique celle conçue par Viollet-le-Duc, datant du 19ème siècle, alors que pendant bien longtemps, la cathédrale n’en avait plus… Lorsqu’on voit les tableaux la représentant, avant l’adjonction de la flèche telle que la connaissent aujourd’hui les Parisiens et les touristes, quelle belle harmonie ! Quelle impression de force tranquille…

Non, je supplie les autorités de remplacer la toiture – au vu du climat de l’Ile de France, c’est inévitable – mais pour le reste laissez-là en paix, cette vieille dame. D’autant que, comme pour le couteau dont on a remplacé plusieurs fois et la lame et le manche, mais qui reste notre bon vieux couteau, bien des éléments de Notre Dame remontent à des époques plus ou moins anciennes. Inutile donc d’en rajouter encore. Il y a eu incendie ? C’était la volonté divine, dont les desseins impénétrables devraient être mieux respectés.

Bien sûr, indépendamment de l’intérêt architectural et artistique de la cathédrale, chacun y va de ses références historiques : le sacre des rois ou des tyrans, les enterrements religieux de chefs d’Etat de notre bonne république laïque, les mariages, les messes solennelles ou pas. Mais qu’est donc ce monument, sinon un des symboles de l’oppression, celle des rois et celle de l’Eglise ? C’est donc cela qu’il faut avoir vu, lorsqu’on vient en visite à Paris, avec en second choix le symbole de l’ère industrielle triomphante, la tour Eiffel…

Une petite suggestion : s’il faut absolument que Notre Dame soit restaurée en cinq ans, pour être fin prête pour les Jeux Olympiques, ne pourrait-on pas envisager, avant de remettre en place le mobilier, les tableaux, les autels et les reliques, d’y faire se dérouler les cérémonies d’ouverture et de clôture qui encadrent les épreuves ? Le cadre serait magnifique, digne de cette grand-messe sportive pour laquelle il est d’usage de dépenser des sommes dont une petite partie suffirait à soulager quelque peu les souffrances des plus pauvres, de plus en plus nombreux. Même pensée concernant les généreux donateurs venus au secours d’un monument emblématique, certes, alors que les « gens d’en bas » sont le plus souvent oubliés et invisibles et ne reçoivent d’aide que d’à peine mieux lotis qu’eux.

Plus sérieusement : beaucoup s’offusquent des réactions populaires, un peu à fleur de peau, devant les sommes considérables promises par les grandes fortunes pour Notre Dame de Paris. Ce serait, dit-on ici et là, opposer de façon négative l’art et le social. L’ennui, c’est que, d’une part apparaît en pleine lumière l’énorme disparité des revenus entre « ceux d’en haut » et « ceux d’en bas ». Fait indéniable que rappellent régulièrement les samedis successifs de manifestation des gilets jaunes. D’autre part, si l’on peut comprendre que l’on puisse être plus ou moins sensibilisé à une cause plutôt qu’à une autre, on pourrait attendre de ces grandes fortunes quelques gestes en faveur des plus pauvres, mettant ainsi à égalité la défense de l’art et celle de l’humain. Car c’est bien là que se pose la question devant l’ampleur des soutiens annoncés en faveur de la reconstruction de la cathédrale.

Sidonie