Fernando Pessoa
(Alberto Caeiro « Le Gardeur de troupeaux »)

XXXIV

Le mystère des choses, où donc est-il ?

Où donc est-il, qu’il n’apparaisse point
pour nous montrer à tout le moins qu’il est mystère ?

Qu’en sait le fleuve et qu’en sait l’arbre ?

Et moi, qui ne suis pas plus qu’eux, qu’en sais-je ?

Toutes les fois que je regarde les choses et que je pense à ce que les hommes pensent d’elles,
Je ris comme un ruisseau qui bruit avec fraîcheur sur une pierre.

Car l’unique signification occulte des choses,
c’est qu’elles n’aient aucune signification occulte.

Il est plus étrange que toutes les étrangetés
et que les songes de tous les poètes
et que les pensées de tous les philosophes,
que les choses soient réellement ce qu’elles paraissent être
et qu’il n’y aie rien à comprendre.

Oui, voici ce que mes sens ont appris tout seuls : -
Les choses n’ont pas de signification, elles sont une existence.
Les choses sont l’unique sens occulte des choses.


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