Deux romans de septembre...
"Ritournelle de la faim" de J.M.G. Le Clézio et "Les années" d’Annie Ernaux
Article mis en ligne le 4 novembre 2008

par Léonore
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J.M.G. Le Clézio : Ritournelle de la faim [1]

Eh bien, Monsieur J.M.G. Le Clézio, que s’est-il passé ?
Oui bien sûr, la manière de conter du dernier Prix Nobel de littérature n’a pas changé, son mélange de simplicité et de profondeur toujours présent. Mais, inattention peut-être, en tout cas jamais en lisant les oeuvres précédentes, je n’étais tombée (de haut) sur un passage comme celui-ci (chapitre « La faim ») :

« Ethel a réfléchi. D’une certaine façon, tous étaient châtiés, abandonnés, trahis, comme en retour de leur orgueil passé. Les volages, les « artistes », les affairistes, les margoulins, les prédateurs. Et aussi tous ceux qui avaient professé avec orgueil leur supériorité morale et intellectuelle, les royalistes, les fouriéristes, les racistes, les suprématistes, les mysticistes, les spiritistes, disciples de Sweenborg, de claude de Saint-Martin, de Martinez de Pasqually, de Gobineau, de Rivarol, les maurrassiens, camelots du roi, mordréliens, pacifistes [2], munichois, collaborationnistes, anglophobes, celtomanes, oligarchistes, synarchistes, anarchistes [3], impérialistes, cagoulards et ligueurs. Pendant toutes ces années, ils avaient tenu le haut du pavé, ils s’étaient pavanés à leurs tribunes, ils avaient gardé le crachoir, avec leurs discours anti-juifs, anti-nègres, anti-arabes, leurs rodomontades, leurs airs de justiciers et de matamores. »

Alors, les pacifistes et les anarchistes mis dans le même sac que les adeptes de « travail, famille, patrie » et les admirateurs d’Hitler, simplement pour la rime en "isme" ? Ou pire, par méconnaissance totale des mouvements sociaux, politiques et philosophiques de l’époque ?
L’auteur ignore-t-il que les anarchistes, ennemis de l’autorité, et donc du IIIème Reich, étaient partout recherchés, considérés comme dangereux pour l’ordre fasciste, de même par ailleurs que les communistes, étrangement absents de la liste citée plus haut.

En tout cas, voilà une énorme fausse note, qui disqualifie et le livre, et l’auteur.

Roman pour roman, en voici un qui ne m’a pas déçue :

Annie Ernaux : Les années [4]

Il y a quelque chose de la « consigne » d’écriture à la manière de l’OULIPO [5] dans la construction de ce très beau livre. Cette mise en perspective de l’histoire individuelle, familiale puis générale – la société de telle ou telle période – est une invite à mieux regarder, écouter, sentir le monde et ceux qui nous entourent, prendre conscience du temps dans son déroulement, « les années »…

Léonore

Notes :

[1Gallimard, septembre 2008

[2souligné par nous

[3souligné par nous

[4Gallimard, septembre 2008, Prix Marguerite Duras 2008

[5L’Ouvroir de Littérature Potentielle dont les membres (parmi les plus connus, Pérec, Queneau, Italo Calvino) ont pu se définir comme des "rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir".


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