Au Pakistan, le blasphème = peine de mort

par K.S.

Une pétition a été lancée en faveur de Junaid Hafeez.

« Le 21 décembre, Junaid Hafeez, un universitaire Pakistanais, a été condamné à être pendu jusqu’à ce que mort s’ensuive pour blasphème. De retour au Pakistan après avoir étudié grâce à une bourse Fulbright au Mississippi, Junaid rapporte de son voyage sa passion pour la littérature et la justice sociale. Junaid a été accusé de blasphème après avoir invité à lire et enseigné les travaux de militants des droits des femmes. Après avoir travaillé avec ses étudiants autour du texte d’une autrice, il a été accusé d’avoir proféré des remarques blasphématoires. Ce travail a en effet déclenché les protestations d’étudiants religieux conservateurs ce qui a conduit les autorités à affirmer que Junaid avait souillé le prophète Mohammed sur les réseaux sociaux.

Il a été arrêté en 2013 et mis à l’isolement depuis. Son avocat, Rashid Rehman a été assassiné en 2014 pour avoir pris l’affaire.

Le code pénal du Pakistan prévoit la mort pour "quiconque, par des mots, parlés ou écrits, ou par une représentation visible ou par toute imputation, insinuation, directement ou indirectement, souille le nom sacré du Saint Prophète Mohammed (la paix soit sur lui.)."
Depuis l’introduction de la peine de mort pour blasphème à la fin des années 80, environs 1 500 personnes ont été inculpées.

Grâce au zèle d’extrémistes qui prennent sur eux d’appliquer la loi, une accusation de blasphème au Pakistan équivaut à une condamnation à mort. Les avocats, juges et politiciens qui critiquent la loi s’expose à des menaces de mort, voire, à leur assassinat. Le gouverneur de Punjab, Salman Taseer, a ainsi été assassiné en 2011 par son garde du corps après s’être exprimé contre la loi.

Asia Bibi, une femme qui a passé 10 ans dans le couloir de la mort avant d’être acquittée en 2018 a incité la communauté internationale à faire pression pour qu’elle soit libérée. La protestation sociale a finalement mis la pression sur la cour suprême du Pakistan qui a fini par acquitter Asia Bibi malgré les risques que cela représentait pour elle. Asia Bibi à quant à elle été forcée de s’exiler. Alors que l’acquittement d’Asia Bibi était un premier pas dans la bonne direction, la condamnation de Junaid montre que le Pakistan a encore du chemin à parcourir en matière de justice. »

Penser libre ne peut que soutenir l’appel à signer la pétition en faveur de Junaid :

https://www.change.org/p/justice-fo...

Toute condamnation, lourde ou légère, pour blasphème – c’est-à-dire pour ce que les religieux voient comme tel – ne peut qu’entraver la liberté de pensée et d’expression, ainsi que l’ensemble des droits humains.

Il est de bon ton d’aspirer à un « vivre ensemble », honorable espoir, mais cela ne sera possible qu’avec une réelle séparation du religieux et de la Cité, avec ses implications notamment en termes de droits des individus et de liberté de conscience. En aucun cas, une apparente paix entre communautés religieuses ne garantirait un réel « vivre ensemble », car chacun se retrouve alors enfermé dans son groupe social et ses origines.