Solidaires de Mila : Le droit au blasphème encore et toujours…

par K.S.

On pourrait se croire au Moyen-âge. Mila, jeune lycéenne, adepte de la liberté d’expression, ose s’exprimer et critiquer les religions, et notamment l’islam. Or, elle en a le droit. Ce qui n’est pas interdit est autorisé. Le droit officiel, celui de la justice, a d’ailleurs amené le parquet à classer sans suite la plainte déposée contre Mila pour incitation à la haine. Même dans des termes jugés vulgaires et grossiers, le droit au blasphème ne peut être confondu avec des appels à la haine visant des personnes. Mais Mila subit une autre forme de condamnation : sur les réseaux sociaux, elle a fait l’objet de harcèlement, dirigé très précisément sur sa personne, avec menaces de mort. Récemment, la jeune fille a dit qu’elle maintenait son point de vue sur l’islam tout en regrettant la manière dont elle s’était exprimée. On peut la comprendre face au déferlement d’injures et d’imprécations s’abattant sur elle, et saluer son courage de ne pas se désavouer sur le fond.

Mais ici, intervient la classique question du fond et de la forme. Car s’il faut choisir ses mots, « respecter », lorsqu’il s’agit d’idées, de philosophie, de religion, si toute personne se sent atteinte par la critique d’une forme de pensée qui est la sienne, alors le droit au blasphème est rétabli, et au-delà, supprimée la liberté d’expression et de pensée. Il suffit de voir ce qui se passe au Moyen-Orient, dans les pays où règne une dictature politico-religieuse. Sur simple dénonciation, le plus souvent calomnieuse, quiconque peut être arrêté, torturé, condamné au fouet, à la pendaison. Un mot « de trop » sur un blog, une conversation entendue par un tiers, suffisent à stopper l’existence d’un individu. Alors, les gens de gauche un peu frileux, qui ne veulent pas blesser les musulmans, même intégristes, devraient songer à ce qui se passe de l’autre côté de la Méditerranée, ou en Afghanistan, etc…

On dit la République une et indivisible. Je n’y crois plus depuis longtemps. Mais, une et indivisible, l’est par contre la liberté de pensée et d’expression. Je ne crois pas à une quelconque entité créatrice du monde, ni à un sauveur - suprême ou non-, ni à un arrière-monde. Et pourtant, je défends le droit des croyants d’avoir et d’exprimer d’autres convictions, d’affirmer qu’une entité nommée Dieu, qu’on ne voit ni n’entend, existe et régit nos existences, qu’une femme a conçu et enfanté tout en restant vierge. Je peux même écouter avec sympathie l’évocation de la Pacha Mama, dont le culte a au moins le mérite de ne pas placer les humains au-dessus de la nature. Je défends le droit des croyants à jeûner, à se flageller, à s’abîmer en prières, tant qu’ils n’imposent pas ces pratiques à autrui, tant qu’ils ne prétendent pas m’empêcher de m’exprimer.

Cela fait partie des droits humains. Et en ce domaine, si Mila fort heureusement n’est pas poursuivie par la justice pour blasphème, elle est victime de l’intolérance et de la bêtise humaine. Or, une justice prête à poursuivre les atteintes à la personne devrait logiquement s’intéresser aux auteurs des menaces proférées sur la jeune fille par les petits copains et copines adeptes des pratiques de l’inquisition. Et à propos : il est d’usage aujourd’hui de contrer l’image négative qui a prévalu au sujet du Moyen-âge. Voilà donc une époque de liberté, de joie de vivre, etc… Et oubliés les procès en sorcellerie, le pouvoir de l’Église catholique et des seigneurs. Reste qu’aujourd’hui, comme autrefois, faire l’objet d’une « vindicte populaire » reste bien dangereux.

Nous souhaitons à Mila beaucoup de courage, et la pleine réussite de sa vie, tant personnelle, scolaire que, plus tard, professionnelle.

Pour alimenter la question, deux références :

- Le périodique Charlie-Hebdo et en particulier le dernier numéro (1437 – 5/02/2020) avec un édito de Riss dont voici le début :

Le rire ou la peur

Que restera-t-il de l’« affaire Mila »  ? Cette histoire qui n’aurait jamais dû prendre de telles proportions témoigne d’un profond malaise dans la société française. Une simple lycéenne a fait bafouiller une ministre de la Justice, éructer un responsable de la communauté musulmane et aboyer les innombrables concierges des réseaux sociaux. Il y a aussi ceux qui n’ont rien dit  ; ils ont préféré se réfugier dans le silence, espérant qu’on ne remarquerait pas leur égoïsme. On apprend que cette jeune fille ne peut plus revenir dans son lycée, qu’elle vit cachée et que certains de ses camarades lui tiennent rancune de sa liberté de parole.

La situation de Mila ressemble à celle des repentis de la Mafia qui ont osé parler et doivent se cacher pour ne pas subir la vengeance de leur clan.

(https://charliehebdo.fr/2020/02/act...)

- Le communiqué de l’UFAL

Soutenons Mila !

par l’UFAL - Union des FAmilles Laïques (25 janvier 2020)

Depuis plusieurs jours, Mila, une lycéenne de l’Isère, fait l’objet de menaces de mort et d’une campagne haineuse sur les réseaux sociaux, après diffusion d’une vidéo dans laquelle elle profère son mépris de l’islam et de son dieu.

L’Union des FAmilles Laïques nationale qui regroupe et fédère les Unions Régionales de Familles Laïques, les Unions Départementales de Familles Laïques, et les Unions Locales de Familles Laïques, à l’instar de son union locale des Porte de l’Isère et du Comité 1905 Auvergne-Rhône-Alpes, soutient Mila.

Nous souhaitons rappeler :

• Qu’en France le délit de blasphème n’existe pas : il a été aboli par la loi du 9 juillet 1881.
• Que la liberté d’expression est une liberté fondamentale dont les limites légales sont clairement définies. Il est interdit de s’en prendre aux personnes (injure, diffamation, provocation à la haine, à la violence ou à la discrimination), nullement aux divinités, qui n’ont aucune existence juridique. La critique d’une religion, d’un dieu ou d’un prophète, même violente, ne saurait en aucun cas tomber sous le coup de la loi républicaine.
• Que la liberté de conscience, c’est aussi la liberté de ne pas croire, ou de combattre les objets de croyance, conformément au principe constitutionnel de laïcité.

Nous dénonçons :

• L’intolérable campagne de harcèlement orchestrée contre une adolescente de 16 ans.
• Les menaces de mort dont elle fait l’objet, qui reprennent l’odieuse logique des assassinats du 7 janvier 2015 à Charlie Hebdo.
• Le caractère homophobe, donc hautement discriminatoire, des insultes qui lui sont adressées.
• Les propos d’Abdallah Zekri, délégué général du Conseil français du culte musulman (CFCM), qui estime que la jeune fille est responsable de la haine et du harcèlement dont elle est victime.

Nous appelons les associations laïques et les représentants de l’État à soutenir sans réserve Mila, victime du fanatisme le plus abject.

(https://www.ufal.org/laicite/laicit...).