En guerre, vraiment ?

par K.S.

Visages graves, ton solennel, propos martial, les représentants de l’État le martèlent, repris par l’ensemble des politiques et des médias : « nous sommes en guerre... contre le Covid19 », décision prise sur avis des plus hautes autorités de santé et relayée par les personnels hospitaliers : « restez chez vous ! »

Fermeture des frontières, confinement strict, fermeture de presque tous les lieux publics, écoles, lycées, universités, théâtres, cinémas, cafés, restaurants, magasins sauf les commerces d’alimentation, des bureaux de tabac, des stations d’essence et des pharmacies. Interdiction de se déplacer en groupe ou même à deux, de se réunir en famille ou entre amis (ne parlons pas des mouvements politiques, des associations, etc.). Chaque sortie individuelle doit se justifier d’un laisser passer. Des « gestes-barrière » sont rappelés : le moins possible de contact physique entre personnes, y compris au sein de la famille.

Bien sûr, il ne faut ni trop inquiéter, ni trop rassurer, il s’agit là de l’art de gouverner. Des mesures seront prises pour compenser l’impact inévitable sur l’économie, on fait appel à la solidarité. Cependant, pour l’heure, je n’ai rien entendu de précis concernant les personnes sans abri, que l’on sait de santé souvent fragile, mal équipées, mal ou sous alimentées…

Quels enseignements tirer de cette entrée « en guerre », au fur et à mesure des annonces :

- La fermeture des écoles surtout, et à un moindre degré, des collèges, révèle que ces établissements ne sont pas prioritairement, d’un point de vue strictement pratique, un lieu d’enseignement mais un moyen de garde tout comme les crèches. Plus d’école, surtout de façon non prévisible, cela désorganise l’ensemble de l’activité professionnelle. D’autant plus qu’on ne peut confier les petits aux retraités, qui doivent se garder à l’abri.

- Les bureaux de tabac restent ouverts… sinon c’est l’émeute ?

- Les mesures strictes de confinement, la limitation drastique des déplacements, l’interdiction des réunions de quelque sorte qu’elles soient, font irrésistiblement penser aux situations vécues lors des conflits mondiaux, mais aussi dans les pays de franche dictature. On peut ainsi découvrir, si la naïveté avait prévalu chez la plupart des gens, l’arsenal de contraintes que peut exercer l’État. Cette fois, c’est, semble-t-il, pour la bonne cause : ralentir la progression de l’épidémie, laisser le temps aux équipes soignantes de faire face et épargner ainsi des vies.

- Mais là se révèle une des conséquences les plus graves de la politique ultralibérale des gouvernements successifs : la saturation des services hospitaliers face à l’épidémie en raison de la réduction de l’offre de soins, des moyens et du personnel, suite à l’injonction faite au système de santé de fonctionner comme une entreprise faisant des bénéfices ou au moins en équilibre financier, au lieu d’un service public destiné à toute la population.

Il reste que, si guerre il y a, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’en certaines régions du monde, en Syrie par exemple. Ainsi, même confrontée au risque mortel dû au Covid19, la population française n’est pas contrainte de tenter de survivre sous les bombes, dans des caves, privée d’eau potable, de nourriture, de repos et de sommeil.

Car c’est cela, la guerre. Avant même que cette pandémie traverse la planète, quelques « illuminés » continuent de lutter contre ce fléau. Qu’elle soit dite « étatique », « civile » ou « révolutionnaire », la guerre reste la plus épouvantable tragédie qui puisse affecter les humains, et même, ne l’oublions pas, d’autres espèces vivantes et l’ensemble de l’environnement.

Il n’y a pas de guerre juste rappelait Louis Lecoin « S’il m’était prouvé qu’en faisant la guerre, mon idéal avait des chances de prendre corps, je dirais quand même non à la guerre. Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. »

Contre un virus, ce n’est pas la guerre, c’est une lutte, une volonté, une solidarité, avec des moyens techniques, des personnels de santé en nombre suffisant, de la recherche scientifique. N’est-ce pas réaliste comme programme ?

Léonore