Pandémie et dépenses militaires mondiales

par K.S.

On trouvera sur le site de l’UPF (Union pacifiste de France, http://www.unionpacifiste.org/IMG/p...) cet intéressant article signé par Maurice Balmet et intitulé

Pandémie et dépenses militaires mondiales

Près de 2000 milliards de dollars ont été investis en dépenses militaires mondiales par les États au premier rang desquels les États-Unis. Les dépenses militaires mondiales ont atteint en 2019 leur plus haut niveau depuis la fin de la Guerre froide, selon le rapport du SIPRI (Institut international de recherche sur la paix de Stockholm), publié le 27 avril 2020.

Sur l’ensemble de l’année 2019, les dépenses militaires se sont élevées dans le monde à 1917 milliards de dollars (1782 milliards d’euros), soit une progression de 3,6% sur un an. Naturellement, le budget numéro un reste celui des États-Unis qui a augmenté de 5,3% en 2019 ce qui représente38% des dépenses mondiales (732 milliards de dollars). Derrière suit la Chine avec 261 milliards de dollars, soit une progression de 5,1% sur un an. Le top 5 des pays est dans l’ordre suivant : États-Unis, Chine, Inde, Russie et Arabie Saoudite. L’Inde devient le 3eÉtat qui dépense le plus au monde pour ses forces armées et activités militaires (augmentation de 6,8% pour atteindre 71,1 milliards de dollars). Cela s’explique par les tensions et les rivalités de l’Inde avec le Pakistan et la Chine.

La France arrive en 6eposition, juste avant l’Allemagne. Même si les dépenses militaires françaises sont restées relativement stables en 2019, avec toutefois un budget militaire qui s’élève à 35,8milliards d’euros (hors pensions). Nous pouvons aussi citer quelques chiffres significatifs : un missile M51 représente 120 millions d’euros, ce qui équivaut au salaire brut annuel de 7500 infirmières ou 24000 respirateurs médicaux, tout en sachant qu’un seul sous-marin militaire français est porteur de 16 M51, dont chacun porte6 bombes atomiques.

Ces chiffres donnent le tournis et, en cette période de pandémie, pourraient nous donner un aperçu de ce que l’on ferait en matière sociale, sanitaire, environnementale et humaine, avec même seulement un tout petit pourcentage de ces budgets gigantesques.

Tandis que le monde se dirige vers une potentielle récession avec la pandémie du Covid 19, espérons que les gouvernements devront reconsidérer les dépenses militaires, face à des secteurs comme ceux de la santé et de l’éducation. Allons-nous assister à une baisse des dépenses militaires pendant 1 à 3 ans, mais sans se faire beaucoup d’illusion pour voire une nouvelle hausse dans les années à venir ?

Hélas, quelques signes précurseurs ne laissent pas trop espérer une baisse des dépenses militaires. En France, en pleine crise sanitaire, le 31 mars dernier, les Forces aériennes stratégiques (FAS) auraient réalisé une simulation de frappe nucléaire. Dans la revue « Air et Cosmos » d’avril 2020, nous apprenons que les lobbyings des industriels militaires continuent auprès des députés de la Commission de la défense, pour mettre en garde « contre toute tentation de réduire les investissements dans les armées, non seulement au nom des intérêts de défense de la France, mais aussi pour contribuer efficacement et rapidement au maintien et au développement de l’emploi. » Il est donc préconisé d’assumer que ses dépenses bénéficient aux grands groupes, qui constituent le fleuron de notre industrie et qu’il faudra donc investir plus pour les équipements militaires dans les prochaines années.

Il serait sûrement plus intelligent d’investir vers quelques possibilités de reconversion de l’industrie d’armement (une industrie souvent techniquement performante, qui pourrait être reconvertie vers d’autres secteurs civils) et d’aller vers une production industrielle diversifiée pas seulement basée sur le tout militaire. Nous avons le désagréable sentiment que, comme les lobbys des industries polluantes qui veulent tirer profit de la « crise du coronavirus » pour obtenir des subventions publiques tout en demandant l’assouplissement des régulations environnementales, les industries d’armement veulent aussi leur part de gâteau, sans se soucier des désastres sociaux et humains que va entraîner cette crise sanitaire.

Il ne faut pas non plus oublier qu’en 2019, la France est redevenue troisième du monde ! Troisième exportateur mondial d’armement ! Certes, nous sommes loin derrière les États-Unis et la Russie, mais avec 7,9% du marché, nous avons effectué un bond colossal. Ces quatre dernières années, nous avons vendu 72% de plus qu’au cours de la période 2010-2014.Cependant, ce commerce des armes reste fragile ; il ne garantit jamais une pérennité des ventes, surtout que la concurrence y est rude. Il suffit de se rappeler les difficultés que la France a eues, pendant des années, à caser sa production de Rafales. Il apparait donc indispensable de réfléchir autrement après cette crise sanitaire et ne pas continuer comme si rien ne s’était passé.

Comme démontré ci-dessus, il ne faut pas oublier que, depuis quelques années, la course folle des armements a repris de plus belle, comme au "temps joyeux" de la Guerre Froide et que ce désastreux constat devrait interpeller la classe politique, les décideurs, les syndicalistes et, naturellement, les citoyens.

Maurice Balmet