14-18 selon Antenne2

mardi 25 novembre 2008
par  K.S.
popularité : 3%

Pour commémorer le 90ème anniversaire de l’armistice mettant fin à la première guerre
mondiale, on a pu voir sur Arte le 17.11.2008 une interview de Jacques Tardi (« C’était la Guerre des tranchée » et «  Putain de Guerre ») et le 18.11.2008 une fiction, «  La tranchée des espoirs » (Exténués par quatre ans de combats, des soldats allemands et français baissent la garde et sympathisent.).

Pour sa part, Antenne2 a diffusé le 11 novembre à 20 h 50 «  Le bruit et la fureur  », un documentaire de Jean-François Delassus, mêlant images d’archives et reconstitution. Si j’évoque cette réalisation, c’est en raison surtout de ce sur quoi elle s’appuie.

En effet, dans les dossiers de presse que l’on peut lire sur le site de la 2, on trouve ceci :

"Cette guerre a été d’une férocité et d’une horreur inimaginables, pendant plus de quatre ans une tuerie organisée, mécanisée, industrialisée, d’autant plus absurde qu’elle a été globalement acceptée par tous, des deux côtés. La vision nouvelle de la Grande Guerre que propose ce film tient dans ces quelques mots : une tuerie consentie”(Jean-François Delassus)

et aussi :

«  A rebours de la victimisation du soldat qui a longtemps prévalu, le propos de ce film est nouveau : la Grande Guerre a été entretenue par un consentement général. Ce sont des sociétés entières qui se sont jetées dans ce qu’elles pensaient être un combat de la civilisation contre la barbarie. Elles se sont ainsi engagées dans le premier massacre de masse moderne, sans avoir la moindre idée de ce qui les attendait. En suivant les analyses d’Annette Becker, l’un des chefs de file de ce nouveau courant historiographique, ce film donne une vision neuve de ce conflit dont l’ampleur, la violence, le caractère total ont à la fois préfiguré et engendré les tragédies du XXe siècle. »

«  La vision nouvelle de la Grande Guerre que propose ce film tient dans ces quelques mots : une tuerie consentie » voilà déjà une première erreur. Un «  renversement de perspective », allons donc ! Qui n’a pas eu, à l’école, sa leçon de patriotisme cocardier ? Depuis des décennies, on nous rebat les oreilles avec les poilus partant à la guerre la fleur au fusil. Cette propagande qui a permis d’envoyer plusieurs millions d’hommes à la boucherie a perduré, on le voit par ces affirmations.

Ensuite, sur le plan historique, c’est une erreur de parler de consentement sans plus de nuances. Les généralisations sont dangereuses.

François Roux [1] a étudié les carnets de poilus, souvent conservés et cachés par les familles parce que non conformes à la version officielle. Ces notes personnelles témoignent non seulement des mutineries, mais aussi des diverses et multiples tentatives de survie de ces soldats sacrifiés par des Etats-majors incompétents, qui faisaient bon marché des vies humaines et des souffrances.

Que fut réellement le prétendu « consentement patriotique » ?

[*«  Pour expliquer comment les fantassins avaient pu « tenir » 40 mois dans l’enfer des tranchées, l’historiographie construisit le mythe du « consentement patriotique » selon lequel les soldats auraient volontairement consenti à leur sacrifice par amour de la patrie. Bien que les carnets intimes des combattants s’inscrivent en faux contre cet improbable scénario, la thèse du « consentement patriotique » continue d’être défendue par les historiens qui tiennent le haut du pavé médiatique et régentent l’enseignement universitaire. Tant que cette falsification perdurera, les poilus seront vraiment morts pour rien. » [2]. *]

Pour mater les rebelles, l’armée – soutenue par une écrasante majorité de politiques – eut recours aux tribunaux militaires et aux mesures arbitraires. Ainsi, véritables mutins ou non, plus de 600 jeunes hommes furent fusillés pour l’exemple.

Diverses associations demandent leur réhabilitation. Le Royaume-Uni a déjà pris cette décision en juillet 2006, (l’Irlande en 2004, la Nouvelle-Zélande et le Canada en 2000…) [3]
Le discours du Président de la République prononcé à Douaumont le 11 novembre dernier semble entrouvrir la porte des négociations :

« Je penserai aussi à ceux qui n’ont pas tenu, à ceux qui n’ont pas résisté à la pression trop forte, à l’horreur trop grande et qui un jour, après tant de courage, tant d’héroïsme sont restés paralysés au moment de monter à l’assaut. Je penserai à ces hommes dont on avait trop exigé, qu’on avait trop exposés, que parfois des fautes de commandement avaient envoyés au massacre et qui un jour n’ont plus eu la force de se battre.

Cette guerre totale excluait toute indulgence, toute faiblesse. Mais 90 ans après la fin de la guerre, je veux dire au nom de la Nation que beaucoup de ceux qui furent exécutés alors ne s’étaient pas déshonorés, n’avaient pas été des lâches, mais que simplement ils étaient allés jusqu’à l’extrême limite de leurs forces. »

Le mot réhabilitation n’est pas prononcé…

Mais, pour reprendre les termes d’un précédent article [4]
« Quelle réhabilitation ? » Ajouter les noms des fusillés à la longue liste des « morts pour la France » rejoindrait le fallacieux mythe du « consentement patriotique ». Les fusillés pour l’exemple, comme les autres combattants, n’avaient pas demandé à être là, dans la boue des tranchées, sous le feu de la mitraille et des canons. Certains peut-être, en partant à la guerre, y voyaient une aventure. Beaucoup furent pris à leur famille, à leurs champs, et n’eurent aucun moyen de refuser. N’oublions pas que le statut de l’objection de conscience ne fut obtenu qu’en 1963 à la suite de la 2ème grève de la faim de Louis Lecoin, et que de toute façon, en cas de conflit, il est douteux qu’il soit appliqué.

Le problème reste entier : l’armée pourrait-elle un jour se risquer à un petit coup de repentance ? Et les politiques pourraient-ils parler un langage commun avec les autres humains ?

SKS


[1François Roux, « La Grande Guerre inconnue – les poilus contre l’armée française » Les Edition de Paris Max Chaleil, janvier 2006

[2Les résistances collectives des poilus par François roux, Gavroche, revue d’histoire sociale n° 153, janvier/mars 2008

[3voir l’article de Christophe Le Dréau, Les fusillés pour l’exemple anglais dans Gavroche, revue d’histoire populaire n° 151, juillet/septembre 2007

[4Léonore, La réhabilitation des fusillés pour l’exemple, oui, mais laquelle ? 12 mai 2008


Brèves

20 juin - 20 juin : Journée mondiale des réfugiés.

Plus de 5000 personnes sont encore mortes noyées en 2016 en Méditerranée. La France, terre (...)

8 mai - Au mois de mai

En mai 1931, sortie à Paris du premier numéro du mensuel "La Grande Réforme" sous-titré : Organe (...)

1er décembre 2016 - 1er décembre : Journée pour les Prisonniers pour la Paix

Le 1er décembre de chaque année, l’Internationale des Résistan(te)s à la Guerre et ses membres (...)

6 août 2016 - Le 6 et le 9 août 1945

Ne pas oublier : Le 6 août 1945, à Hiroshima (Japon), le feu nucléaire de la première bombe A, (...)

14 juillet 2016 - Bêtise et méchanceté humaine :

Corrida, jusqu’au bout de l’absurde et de la haine du vivant : La mère du taureau Lorenzo qui à (...)