La mémoire courte

par K.S.

Il devient à la mode, semble-t-il, de considérer, dans plusieurs médias, dont certains connotés à gauche, les antinucléaires comme ringards et en baisse de popularité.

Ainsi Marianne, dans un numéro estival (7 août 2020) élégamment titré "Ces écolos qui virent barjots", et qui traite délibérément les antinucléaires de "bas du front" (texte à retrouver en document pdf en bas de page).

Quant au Monde, auquel Marianne emboîte le pas, un article du 17 juillet 2020, intitulé « "Le nucléaire est devenu un péril parmi tant d’autres" : la lutte contre l’atome ne fait plus recette » y affirme que la priorité donnée à la bataille contre le réchauffement climatique a fait passer la question du nucléaire au second plan dans les mobilisations citoyennes.

On pourra lire les réponses percutantes et bien argumentées de Stéphane Lhomme sur le site de l’Observatoire du nucléaire, à Marianne http://www.observatoire-du-nucleair... et au Monde http://www.observatoire-du-nucleair....

En voici quelques extraits :

« M. Nadau se ridiculise aussi en présentant le projet Iter (fusion nucléaire) comme susceptible de participer à la préservation du climat : il ignore évidement que, même si par extraordinaire il fonctionnait un jour (comme pour l’EPR, les retards, surcouts et déconvenues industrielles s’accumulent), le réacteur Iter n’est absolument pas prévu pour produire de l’électricité (il en consomme par contre énormément) : son objectif est seulement de maintenir un plasma de fusion pendant 400 secondes, sans que personne ne sache comment récupérer la moindre part de l’énergie mise en jeu. Mais, ayant bâclé son article en dix minutes, l’auteur n’en sait rien. Il aurait mieux fait d’écouter les physiciens eux-mêmes, qui disent : "la fusion nucléaire est une énergie d’avenir… mais elle le restera toujours !"  »

« La vraie raison de la baisse - réelle - des mobilisations antinucléaires est tout de même abordée dans l’article du Monde, mais évoquée de façon incidente voire conjoncturelle, alors qu’elle est… centrale : c’est tout simplement l’incroyable effondrement de l’industrie atomique, en France et ailleurs sur Terre. »

« L’engagement antinucléaire, parfaitement compatible et cohérent avec les luttes pour le climat, la biodiversité, la justice sociale, etc., va néanmoins rester indispensable pendant des décennies pour tenter d’éviter les désastres promis par la fin de l’industrie atomique : outre de nouvelles catastrophes telles Tchernobyl et Fukushima, encore plus menaçantes du fait des centaines de réacteurs délabrés encore en service, il reste tant à faire à propos du démantèlement des installations atomiques et de l’impossible "gestion" des déchets radioactifs.

Qu’elles le veuillent ou non, les jeunes générations vont très vite être bien obligées, en sus des mobilisations déjà évoquées, de reprendre le flambeau antinucléaire. C’est bien là la seule victoire des adorateurs de l’atome… »

Cela dit, on peut tout de même s’interroger sur la cécité collective de la grande majorité des humains à l’égard du nucléaire, tant civil que militaire. Certes, ICAN France [1], dans sa Newsletter du 17 juillet dernier, se félicite de pouvoir annoncer que « le Botswana vient de devenir le 40e État à ratifier le traité des Nations unies sur l’interdiction des armes nucléaires. Le compte à rebours pour son entrée en vigueur a commencé ! »

Bombardements d’Hiroshima et Nagasaki, essais c’est-à-dire explosions, expérimentation sur le vivant, « accidents » de Tchernobyl et de Fukushima, question en suspens des déchets, et mensonge à grande échelle du « village nucléaire », tout ceci est remarquablement documenté dans un ouvrage dont Penser libre proposera bientôt une recension : « Le Monde comme projet Manhattan – Des laboratoires du nucléaire à la guerre généralisée au vivant » par Jean-Marc Royer [2]. Où il est démontré que le nucléaire représente sans aucun doute le plus grand danger pour l’ensemble du vivant.

A moins d’avoir la mémoire courte, en refusant de voir la durée et la gravité des effets du nucléaire civil et militaire (l’un pouvant devenir l’autre), on ne peut dissocier le refus de cette folie de la bataille contre le réchauffement climatique. On rappellera aussi que pour Albert Camus, les armes atomiques représentaient « le dernier degré de sauvagerie ».

SKS