Le 7 janvier 2015

par K.S.

Le 7 janvier 2015, des journalistes intègres, des dessinateurs d’un talent hors du commun, et leur garde du corps, sont tombés sous les balles de deux « fous de dieu », en fait des croyants dont l’intolérance allait jusqu’à ôter la vie. Un peu plus tard, d’autres personnes sont mortes, juste parce que réputées d’une autre confession, ou porteuse d’un uniforme.

En ce moment, le procès de cette tuerie a lieu. La parole est donnée aux survivants, aux proches des membres de l’équipe de Charlie, aux victimes collatérales, comme elle l’a déjà été, et le sera à nouveau aux accusés mais dont les principaux étant morts eux aussi.

Ce procès met en face de l’impensable. Sauf à s’imaginer vivant du temps de l’Inquisition, ou aujourd’hui dans les pays dominés par la religion, théocraties ou islam politique, où l’on peut mourir pour avoir tenu un blog jugé critique envers l’islam, s’être exprimé imprudemment dans un café et avoir été dénoncé, avoir bu un gobelet d’une eau tirée d’un puits appartenant à des musulmans, et combien d’autres exemples, journalistes tentant de maintenir le droit à l’information, à la liberté d’expression et de pensée. Certains même osent se déclarer athées, ce qui vaut la peine capitale s’ils ne peuvent fuir. Quelques noms connus, mais ils ne sont pas les seul(e)s : Raif Badawi, Asia Bibi, Mohamed Cheikh, Ashraf Fayadh, Nasrin Sotoudeh. Et sans oublier les auteurs sur lesquels pèse une fatwa, ainsi Salman Rushdie, Robert Redeker.

Ces persécutions, les européens les tiennent à distance, trouvant plus commode de n’y pas penser, ou considérant que toute la population de ces pays est en accord avec cette dictature du religieux. Certains, de la gauche altermondialiste, soutiennent que l’intégrisme islamiste est le fruit tardif de la colonisation et de la misère des « quartiers », et qu’il faut respecter les cultures différentes. Même si ces cultures érigent en principe la torture et la mort ?

D’un coup, avec les attentats qui se sont succédé, contre Charlie et l’Hyper-Casher, contre le Bataclan et les cafés parisiens, contre la fête du 14 juillet à Nice, arrive la négation sanglante de ce qui fait un peu la douceur de vivre : les dessins qui font rire, la détente à la terrasse d’un café, la musique, les divertissements. On avait un peu vite oublié d’autres vies enlevées, quelques années plus tôt, en divers lieux, et toujours au nom d’une croyance.

Quelles que soient les raisons qui pourront être données par les accusés présents – lesquels tentent semble-t-il, de faire profil bas en mettant en avant leurs autres « activités » - je ne vois pas comment, et au nom de quoi, on peut soutenir une culture de la mort. Violence d’État, contre-violence insurrectionnelle, violence des terrorismes divers, religieux et/ou politiques, sont également une atteinte à l’être vivant et à sa capacité de partager, d’aimer, de créer.
Ce qu’exprimait avec force Louis Lecoin : « Car on n’élabore pas une société humaine sur des monceaux de cadavres. »

Et en ces temps de pandémie, comment ne pas penser à Brassens :

« Car, enfin, la Camarde est assez vigilante
Elle n’a pas besoin qu’on lui tienne la faux
Plus de danse macabre autour des échafauds !
Mourrons pour des idées, d’accord, mais de mort lente
D’accord, mais de mort lente
 »

SKS