Pédophilie : le secret de la confession

par K.S.

Lorsque des musulmans intégristes déclarent que les lois d’Allah sont supérieures à celles de la République, il est courant de s’en offusquer – à juste titre. Mais ce n’est pas étonnant : les religieux n’acceptent pas de ne pas régir la société civile, comme ils l’ont fait pendant des siècles en Europe, et comme ils le font aujourd’hui encore dans bien d’autres régions du monde. Du côté des catholiques, on pourrait penser que quelques décennies d’application, prudente et laborieuse, de la laïcité, aient rendu à la raison les croyants de cette obédience, et assagi leur clergé.

Mais la récente déclaration du président de la Conférence des évêques, Éric de Moulins-Beaufort, vient rappeler que si l’islam se montre et s’affiche, le christianisme, version vaticane, reste pour sa part en embuscade mais ne lâche rien de ses prétentions. En effet, ce haut gradé de l’Église a déclaré, sur France Info, que "le secret de la confession s’impose à nous et en cela, il est plus fort que les lois de la République" et que la confession "ouvre un espace de parole libre qui se fait devant Dieu."

Ainsi justifie-t-il que des actes de pédophilie, énoncés en confession, n’aient pas entrainé la moindre réaction, sauf de déplacer l’agresseur d’une paroisse à une autre, d’un collège à un autre.

Et puis, il y a « Dieu », et il y a « le diable ». Tant les pédophiles eux-mêmes que la hiérarchie catholique ont tendance à invoquer des « pulsions incontrôlables » ou des « tentations » démoniaques, faisant porter en quelque sorte la responsabilité principale sur « le Malin », alors que les prêtres quant à eux sont seulement coupables d’avoir péché. Ce qui, pour l’Église, légitime de couvrir systématiquement les pratiques pédophiles en son sein et lors de ses activités cultuelles et autres.

Il a fallu que des personnes courageuses, victimes dans leur enfance, osent enfin parler pour que l’Église, en traînant les pieds, reconnaisse les faits, et la responsabilité des auteurs des agressions, incluant des viols, et le silence des évêques et cardinaux. Lorsque les faits ne sont pas prescrits, il serait logique qu’il y ait procès. Dans tous les cas, l’Église devrait apporter réparation, y compris financière, mais aussi affronter les racines du mal.

Car, outre le secret de la confession, la notion de péché renvoyant le pédophile à sa seule relation avec « Dieu » et « le diable », il existe une pensée particulière qui prévaut dans la prêtrise. D’une part, cette formulation tirée des Évangiles : « Celui qui vient à moi doit me préférer à son père, à sa mère, à ses frères, à ses sœurs, sa femme, ses enfants et même à sa propre personne, sinon il ne peut être mon disciple ». Ce qui rend imperméable à toute notion de société et isole le prêtre. D’autre part, la perception des femmes, présentées comme des diablesses, mise à part la vierge Marie, amenant à se tourner vers des êtres "purs", de jeunes garçons en l’occurrence, « aimés en Jésus-Christ » selon la formule adéquate.

Et, toujours d’actualité pour son analyse de la pédophilie dans l’Église catholique, le livre de Narcisse Praz : « Gare au gorille – la pédophilie ecclésiastique catholique galopante expliquée aux enfants » Les Éditions libertaires, avril 2010.

SKS