Chasse : la mort, toujours recommencée

par K.S.

Un nouveau drame vient de se produire : sous les yeux de son compagnon, une randonneuse âgée de 25 ans vient de mourir d’une « balle perdue » tirée par une chasseuse de 17 ans, titulaire de son permis depuis un an. La victime se trouvait sur un chemin balisé. Mais, un peu plus loin avait lieu une battue aux sangliers.

Enfin, cet accident terrible semble un peu réveiller l’opinion. Mais il survient après une trop longue liste d’autres morts, survenues soit dans un jardin à quelques mètres d’une habitation, soit sur une route en voiture, soit sur un sentier de randonnée à pieds ou en VTT.

Eh oui, « la chasse se pratique avec des armes à feu puissantes, dans des espaces ouverts à tous : aucune autre activité de plein air que la chasse ne pose un tel problème de sécurité publique. C’est le seul loisir qui mette en danger des non-pratiquants : chaque année, 10 à 20 % des personnes blessées ou tuées à la chasse sont non-chasseurs  ! », notait dès 2016, l’Association de protection des animaux sauvages (Aspas) – citée par Natacha Devanda dans Charlie du 21 février dernier.

Si l’on s’intéresse à la législation, on découvrira que les droits des chasseurs, confortés par les récents cadeaux faits aux pratiquants par l’actuel gouvernement, outrepassent de très loin ceux des non-chasseurs. Il peut être utile à cet égard de se référer au livre de Marc Giraud, « Comment se promener dans les bois sans se faire tirer dessus » [1]. Pour ma part, j’y ai découvert que, très souvent, ce qui me paraissait relever d’un élémentaire principe de sécurité était contredit par les textes de loi. Ainsi aucun alcootest ne viendra mesurer le taux d’imprégnation alcoolique d’un chasseur, et de plus « lors de l’inscription à l’examen du permis de chasser, le candidat doit présenter un "certificat médical attestant que son état de santé physique et psychique est compatible avec la détention d’une arme" daté de moins de deux mois. Aucun autre contrôle médical ne sera plus exigé par la suite  ». On ne peut légalement s’opposer à une action de chasse, et le sacro-saint principe de propriété s’efface lorsqu’un porteur de fusil veut achever une malheureuse bête devant votre habitation, voire dans votre salon. Bien d’autres exemples témoignent de la protection dont bénéficient les chasseurs, qui à moins d’un million de pratiquants exercent un lobby quasiment tout puissant auprès des autorités alors que l’opinion demande, a minima, des jours sans chasse comme dans d’autres pays européens, et conteste le principe même de de la Mort-loisir. Ce qui met à mal le principe d’égalité, ou d’équité. On me répondra que ce n’est pas le seul domaine où cela se produit, j’en conviens. Mais au moins, ne pourrait-on pouvoir ne pas se faire tuer ou blesser, lorsqu’on se balade dans les bois, dans la campagne, prenant un bol d’air, marchant sur un chemin, tout simplement ? Sans compter les menaces proférées à l’encontre des opposants (voir « Les chasseurs sont sympas... ? » sur http://penselibre.org/spip.php?arti...).

Et puis, aujourd’hui, la chasse dans son principe même doit être plus que limitée, car elle met en danger, en plus de la vie des humains, les équilibres naturels – au moins ce qu’il en reste – et la biodiversité, même si les chasseurs prétendent devoir réguler les déséquilibres qu’ils ont eux- mêmes provoqués ( par exemple la prolifération de "cochongliers"). D’un point de vue éthique, la "mort-loisir" est totalement contestable. Un premier pas serait donc de limiter sérieusement les pratiques cynégétiques, pour en arriver à leur disparition.

En effet, Gérard Charollois l’exprime clairement : « La chasse, par définition, est justement contraire au respect du vivant, de la nature, de la relation de paix. Existe-t-il une forme plus flagrante de la domination et du mépris de l’homme pour le vivant ? En tuant des animaux par jeu, on nie le caractère sensible des victimes, nos frères dans l’évolution, on outrage la beauté, on se moque de la préservation des espèces, de la "biodiversité", de la volonté d’autrui. Où certains ne voient que du plaisir, de la "convivialité", se cache une souffrance primordiale.
Par ailleurs, le lobby impose sa loi ou son fantasme à une "classe politique" toute acquise au clientélisme, prête au conformisme et à l’abdication. A la question éthique et écologique, s’ajoute donc une question politique. La chasse nous rappelle que la Terre est malade de l’homme. Cela mérite bien qu’on y réfléchisse.
 » [2]

Léonore

* * *

Par ailleurs : Penser libre relaie la Pétition "Non à l’ouverture de la chasse dans la Réserve naturelle des Hauts plateaux du Vercors"
Auteur(s) : Collectif des opposants à l’ouverture de la chasse dans la réserve naturelle des Hauts plateaux du Vercors. Destinataire(s) : M. Jean-Pierre Barbier (président du Département de l’Isère) et M. Laurent Prevost, préfet de l’Isère).

Texte de la pétition :
Le Conseil départemental de l’Isère a autorisé la chasse (mai 2021) sur sa propriété de 4000 ha située au cœur de la plus grande Réserve naturelle de France, les Hauts plateaux du Vercors sur les communes de Gresse et Chichilianne.
Depuis 1992, ce formidable espace naturel n’était plus chassé et l’exploitation de la forêt abandonnée au profit de l’évolution naturelle de l’écosystème et du plaisir des randonneurs et des scientifiques. Ce site est labellisé Espace Naturel Sensible et Zone Natura 2000.
Le Conseil départemental de l’Isère a mis le Parc naturel régional du Vercors, gestionnaire de la réserve naturelle et le comité scientifique de la réserve devant le fait accompli sans concertation et sans raisons scientifiques.
L’ouverture de la chasse a été confiée par le Conseil départemental à « l’Amicale des agents du département chasseurs de l’Isère » pour organiser une chasse privée pour une minorité de citoyens et d’élus. Cette association pourrait demander la modification du règlement actuel de la réserve naturelle nationale afin de pouvoir circuler en dehors des pistes et parkings autorisés et utiliser des chiens, ce que nous refusons sur ces parcelles aujourd’hui préservées.

Nous demandons :

- L’arrêt définitif de la chasse sur la propriété du Conseil départemental de l’Isère dans la Réserve naturelle des hauts plateaux du Vercors.
- Que l’ensemble des citoyens puissent randonner dans cet espace naturel sans croiser un engin motorisé ou craindre un coup de fusil.

https://www.mesopinions.com/petitio....