Francisco Ferrer

dimanche 18 janvier 2009
par  K.S.
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Autographe d'Albert Camus

« Francisco Ferrer pensait que nul n’est méchant volontairement et que tout le mal qui est dans le monde vient de l’ignorance. C’est pourquoi les ignorants l’ont assassiné et l’ignorance criminelle se perpétue encore aujourd’hui à travers de nouvelles et inlassables inquisitions. En face d’elles pourtant, quelques victimes, dont Ferrer, seront toujours vivantes. »
Albert Camus [1]

[(Le numéro 5 des Cahiers d’Aristide Lapeyre (avril 1988) avait pour thème principal «  Lucifer, organe de Pensée libre et de culture individuelle » [2] contient entre autres une biographie de Francisco Ferrer [3] par cet infatigable militant de la pensée libre que fut Aristide.
Voici donc ci-dessous le texte intégral de cet article.)]

Francisco Ferrer (1857 – 1909)

Dessin : Aline Aurouet

« Dans la soirée du 13 octobre 1909, le vieux Paris de la grande Révolution, la Rome éternelle qui deux fois s’est reconquise sur les empereurs et les papes, l’Angleterre libérale, l’Allemagne philosophe, la Belgique indépendante, et les peuples de l’Europe centrale, et l’Amérique républicaine, tout le monde civilisé en un mot était frappé d’une indicible stupeur. Francisco FERRER, le fondateur de l’École Moderne à Barcelone, l’éditeur rationaliste, le directeur de la revue L’École rénovée, le Président de la Ligue internationale pour l’éducation rationnelle de l’enfance, venait d’être fusillé par la très catholique monarchie espagnole.

Francisco Ferrer y Guardia naquit le 10 janvier 1857, à Abella, joli village situé à 15 kilomètres au nord de Barcelone. Éduqué religieusement dans une famille catholique et royaliste, c’est vers l’âge de treize ou quatorze ans, chez un employeur anticlérical qui l’avait pris en amitié, qu’il commença à ouvrir les yeux.

En 1884 il était initié à la Franc-maçonnerie, à la loge Verdad (Vérité) de Barcelone. Lors de la naissance de sa première fille, Trinidad, il avait consenti à la laisser baptiser et à lui donner un nom très catholique. Mais ce fut la dernière concession, car ses autres enfants ne furent pas baptisés et se nommèrent Paz (Paix), Luz (Lumière), Sol (Soleil) et son fils Riego, en souvenir du général Riego pour lequel Ferrer professait une vive admiration.

Obligé de s’expatrier, il vient à Paris, en 1886, où il devient secrétaire de Ruiz Zorilla, un des chefs du parti républicain espagnol. Le 16 mars 1890, il est affilié à la maçonnerie française, où il obtiendra plus tard les plus hauts grades. Professeur d’espagnol à l’Association philotechnique en 1894 et au lycée Condorcet en 1895.

Il hérite en 1901 d’une demoiselle Meunier, que ses projets d’écoles laïques à Barcelone avaient conquise.

L’École Moderne fut fondée en août 1901 ; elle ouvrit avec trente élèves, douze fillettes et dix-huit garçons. A la fin de la première année, le nombre total d’écoliers était passé à soixante-dix.

Cinq ans plus tard, cinquante écoles laïques appliquaient les méthodes rationalistes d’enseignement, répandues par la maison d’édition que Ferrer avait créée à côté de son école et qui proposait une trentaine de volumes. Une fête qui eut lieu le vendredi saint 12 avril 1906, rassembla à Barcelone mille sept cents élèves des écoles rationalistes.

"La fureur de l’Église ne connut plus de bornes". Toute la presse cléricale donna de la gueule. La campagne aboutit à l’arrestation de Ferrer et à la fermeture des écoles, en juin 1906.

Après treize mois d’emprisonnement Ferrer fut acquitté triomphalement. Mais les écoles étaient fermées.

Loin de se décourager, Ferrer ne perd pas une minute ; il fonde une ligue : la Ligue internationale pour l’éducation rationnelle de l’enfance, sous la présidence d’honneur d’Anatole France et avec les concours de C.A. Laisant, Charles Albert, Lucien Descaves, Sébastien Faure, Grandjouan, M. et Mme Maeterlink, Malato, Naquet, Sembat, Yvetot, etc. La ligue publie des revues en Belgique, en France, en Italie, en Amérique, en Espagne, etc.

Ferrer prépare l’ouverture d’une École normale, où seront formés les éducateurs.

"C’en est trop ! il faut que cet homme disparaisse."

Le 16 juillet 1909, pour protester contre la guerre du Maroc, la grève générale fut déclarée à Barcelone. Ferrer fut accusé d’avoir fomenté l’insurrection ; on l’arrêta le 31 août.

Condamné à mort en un procès inique, harcelé jusqu’au poteau par les prêtres qu’il repoussa, voici comment il mourut :

« Ferrer avait les mains liées derrière le dos. On lui banda les yeux et il resta seul, tout droit, la tête dressée très haut, comme s’il eut voulu voir, malgré le bandeau, les fusils braqués devant lui. Il avait avancé légèrement le pied droit et semblait ainsi se pencher un peu en avant comme s’il bravait la mort. Avant que les fusils s’abaissent il cria d’une voix forte : Mes enfants, visez bien ! Ce n’est pas votre faute. Je suis innocent. Vive l’École Moderne ! »

A.LAPEYRE [4]


[1Texte reproduit dans le livre que Sol Ferrer a consacré à son père : La vie et l’oeuvre de Francisco Ferrer Libraitrie Fischbacher, Paris, 1962

[2publié à Bordeaux de 1929 à 1934 et animé par Aristide Lapeyre.

[3«  Francisco Ferrer, 1857 – 1909  » « Lucifer » n°5, novembre 1929

[4Lucifer n°5, novembre 1929.


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