Le 8 mars : une journée par an dédiée aux femmes ?

mardi 10 mars 2009
par  K.S.
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Une journée des femmes ? L’idée était dans l’air dès 1910, lors d’une conférence internationale des femmes socialistes tenue à Copenhague, et s’inscrivait alors nettement dans une démarche révolutionnaire.
Peu à peu, parallèlement aux luttes, le projet s’est imposé :
En 1921, Lénine décrète le 8 mars journée internationale des femmes, mesure généralisée à partir de 1946 au bloc des pays de l’Est.
Et les Nations Unies officialisent la célébration en 1977, puis la France en 1982.

Reconnu par les institutions, que devient ce 8 mars ?

Les sociétés humaines semblent avoir un grand besoin de repères, de fêtes à date fixe, de commémorations, de célébrations…
Et donc dans les médias, le 8 mars cohabite avec la fête des mères, des pères, des grand-mères, des secrétaires, l’armistice de la 1ère guerre mondiale et la Libération, la journée des handicapés et le téléthon. On n’y juge peu utile de rappeler les luttes passées - pour de meilleures conditions de travail, pour l’égalité des droits, pour l’accès au vote, à l’instruction, pour la libre disposition de son corps avec la contraception et l’avortement – et pour les enjeux du présent – la parité, la libération des schémas traditionnels de la famille, et le maintien des quelques acquis précédents face aux attaques ouvertes ou sournoises des traditionalistes.

Inutile, le 8 mars ?

Bien évidemment non, pour un certain nombre de mouvements féministes, en témoigne cet extrait de la déclaration d’un groupe de Strasbourg [1], cette date restant une journée de visibilité, voire de combat :
«  Une journée des femmes en lutte habilement, et depuis des décennies,
récupérée par l’idéologie patriarcale... Il y a bientôt cent ans, en
1910, à la Conférence Internationale des Femmes Socialistes, était créée
« une journée annuelle des femmes en lutte. » Depuis, la journée s’est
institutionnalisée, transformée médiatiquement, et pour le plus grand
bonheur de certainEs, en « Journée de la Femme. » Nous ne célébrons pas la Femme. Nous ne la commémorons pas. Nous laissons cela aux marchands (d’aspirateurs, de fers à repasser), aux idéologues de la femme (et de son sixième sens, de sa sensibilité, de sa nature), à la presse « féminine », etc. « LA femme » nous ne la connaissons que par ce que nous en dit le pouvoir patriarcal. Nous n’en sommes pas.
 »

Car la lutte, les luttes, restent quotidiennes.

En Europe, outre les inégalités toujours présentes dans les conditions de travail et d’accès aux postes de responsabilité, la non-reconnaissance de la valeur du travail domestique qui leur reste encore largement dévolu [2]

, les violences faites aux femmes demeurent le scandale que l’on ne veut pas voir.
Mais dans les autres parties du monde, la situation est franchement dramatique.

Machisme et patriarcat s’appuient sur les traditions religieuses. Dans ce domaine, les monothéismes ne sont pas seuls à œuvrer contre les femmes, il suffit de voir les pratiques engendrées par l’Indouisme.
Dans de nombreux pays, les femmes sont recluses, voilées, excisées, battues pour un regard. L’accès à l’instruction, et même aux soins leur est refusé. Violées, ce sont elles qu’on punit de mort, pour avoir entaché l’honneur de la tribu. Elles triment du matin au soir, assurant bien souvent seules la survie de la famille, les grossesses succédant aux grossesses. Elles sont mariées contre leur gré, vendues, monnaie d’échange entre les lignées.
Sans oublier le viol comme droit et arme de guerre.
Alors, oui, le 8 mars a encore sa raison d’être, non comme une célébration, mais comme un appel à la solidarité des femmes entre elles, et de l’ensemble des humains vis-à-vis de la moitié de l’humanité.
Pour conclure, une belle analyse des changements dans les rôles réputés masculins et féminins :
« Nous sommes fréquemment confrontés, en tant qu’hommes militant dans un milieu de gauche, à une analyse féministe de la société ; que ce soit indirectement, à travers un atelier ou un débat d’instance, ou par le biais d’une action menée par un groupe de femmes du milieu, ou plus directement, lorsqu’une de nos consoeurs dénonce le sexisme à son égard et sa place stéréotypée dans le groupe, ou nous interpelle face à un de nos comportements machistes. Quelle que soit la forme par laquelle nous y sommes confrontés, le féminisme nous questionne profondément dans nos attitudes et comportements masculins - ce que nous avions jusque là considéré comme notre identité profonde - nous interroge quant à notre responsabilité dans l’oppression des autres (les femmes) nous qui sommes pourtant habitués à dénoncer l’oppression créée par les autres, les capitalistes, les racistes, les fascistes.
Malheureusement, notre première réaction - qui peut souvent perdurer quelques années - lorsque nous sommes confrontés à cette juste critique, est la levée de bouclier, la négation, la défensive. Nous nous sentons agressés, bouleversés, remis en question : on nous demande, sans formules de politesse et sans possibilité de refus, de changer. Mais qui a-t-il de mal à changer, lorsque ce changement est porteur d’égalité, que nous avons le pouvoir concret de révolutionner des rapports sociaux, en commençant par notre seule volonté ? C’est après tout ce que nous demandons à chaque jour à toute et chacun lorsque nous luttons contre le capitalisme, contre la privatisation de l’éducation, contre la guerre. Nous demandons aux autres ce que nous refusons de faire nous-même : accepter le dévoilement de notre position sociale, reconnaître nos privilèges, travailler à les abolir pour que cesse l’oppression et ce tant dans nos comportements quotidiens que dans la société au sens large.
 » [3]

S.K.S.


[1Texte intégral en document joint

[2Citons à ce propos cet extrait d’un article de Christine Delphy : « En effet, l’inégalité flagrante entre femmes et hommes sur le marché du travail s’adosse à l’exploitation du travail domestique des femmes, qui en assurent 90 %. Cette exploitation fait partie de l’ossature du système social, comme la division en classes sociales. Or la structure sociale n’est pas rectifiable par la loi – au contraire, c’en est le fondement, même s’il demeure caché.
Comment mettre en cause ce volet de l’exploitation économique des femmes qui semble ne relever que de négociations interindividuelles dans les couples, alors qu’il s’agit de la base de l’organisation patriarcale de nos sociétés ? Trouver cet angle d’attaque est un défi que le mouvement féministe n’a pas encore relevé, même si quelques pistes ont déjà été suggérées. » Retrouver l’élan du féminisme
http://www.monde-diplomatique.fr/20... Mai 2004

[3Yannick Demers dans « Les hommes et le féminisme : intégrer la pensée féministe » http://sisyphe.org/spip.php?article695 12.10.2003


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