La java des bombes atomiques

Chanson de Boris Vian
lundi 6 juillet 2009
par  K.S.
popularité : 4%

Cette chanson de 1955 fut publiée le 13 juin de la même année en première page du Canard Enchaîné.

[|

La java des bombes atomiques

|]

[| I |]

Mon oncle un fameux ’bricoleur /
Faisait en amateur /
Des bombes atomiques /
Sans avoir jamais rien appris /
C’était un vrai génie /
Question travaux pratiques /
Il s’enfermait tout’ la journée /
Au fond d’son atelier /
Pour fair’ ses expériences /
Et le soir il rentrait chez nous /
Et nous mettait en transe /
En nous racontant tout.

Pour fabriquer une bombe " A " /
Mes enfants croyez-moi /
C’est vraiment de la tarte /
La question du détonateur /
S’résout en un quart d’heur’ /
C’est de cell’s qu’on écarte /
En c’qui concerne la bombe " H " /
C’est pas beaucoup plus vache /
Mais un’ chos’ me tourmente /
C’est qu’cell’ de ma fabrication /
N’ont qu’un rayon d’action /
De trois mètres cinquante /
Y a quéqu’ chos’ qui cloch’ là-d’dans /
J’y retoum’ immédiat’ment.

[| II |]

Il a bossé pendant des jours /
Tâchant avec amour /
D’améliorer l’modèle /
Quand il déjeunait avec nous /
Il dévorait d’un coup /
Sa soup’ au vermicelle /
On voyait à son air féroce /
Qu’il tombait sur un os /
Mais on n’osait rien dire /
Et puis un soir pendant l’repas /
V’la tonton qui soupire /
Et qui s’écrie comm’ça :

A mesur’ que je deviens vieux /
Je m’en aperçois mieux /
J’ai le cerveau qui flanche /
Soyons sérieux disons le mot /
C’est mêm’plus un cerveau /
C’est comm’ de la sauce blanche /
Voilà des mois et des années /
Que j’essaye d’augmenter /
La portée de ma bombe /
Et je n’mesuis pas rendu compte /
Que la seul’chos’ qui compte /
C’est l’endroit où c’qu’elle tombe /
J’y retourn’ immédiatement.

[| III |]

Sachant proche le résultat /
Tous les grands chefs d’Etat /
Lui ont rendu visite /
Il les reçut et s’excusa /
De ce que sa cagna /
Etait aussi petite /
Mais sitôt qu’ils sont tous entrés /
Il les a enfermés /
En disant soyez sages /
Et quand la bombe a explosé /
Il n’en est plus rien resté :

Tonton devant ce résultat /
Ne se dégonfla pas /
Et joua les andouilles /
Au tribunal on l’a traîné /
Et devant les jurés /
Le voilà qui bafouille /
Messieurs c’est un hasard affreux /
Mais je jur’ devant Dieu /
En mon âme et conscience /
Qu’en détruisant tous ces tordus /
Je suis bien convaincu /
D’avoir servi la France

On était dans l’embarras /
Alors on le condamna /
Et puis on l’amnistia /
Et l’pays reconnaissant /
L’élut immédiatement /
Chef du gouvernement.


Brèves

27 novembre 2008 - Les amis de Georges

Dans le numéro 106 (novembre-décembre 2008) de la revue "Les amis de Georges" , on trouve (...)