« Comme un seul homme » et « Des hommes »

lundi 28 septembre 2009
par  K.S.
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La guerre d’Algérie était désignée à ses débuts par le terme d’« évènements » puis par celui de « pacification ». Bien peu d’appelés eurent assez de clairvoyance, de courage et de volonté tout à la fois pour la refuser.
A ce sujet, on pourra visionner le film Comme un seul homme [1] et lire le remarquable Réfractaires à la guerre d’Algérie – 1959 – 1963 signé Erica Fraters [2].

Dans sa préface, Jean-Jacques de Félice (disparu le 27 juillet 2008) s’exprimait ainsi :

« Honneur à vous, les insoumis, les déserteurs, les objecteurs, les réfractaires qui avez eu le courage de « résister », de dire non, à la pacification, à la torture, aux répressions, aux camps d’internement, le courage de « désobéir aux ordres », à la loi même, aux violations des droits de l’homme, droits individuels et collectifs, droit à l’autodétermination et à l’indépendance du peuple algérien…  »

Et, dans une postface, la sociologue Djaouida Sehili remarquait :

« Parce qu’elle réfère à un passé encore présent pour beaucoup d’entre nous, la guerre d’Algérie garde, à bien des égards, encore ses mystères. Les voiles sur ces « évènements » ne se soulèvent finalement que lorsque les langues de nos parents se délient. Mais il faut du temps, beaucoup de temps pour qu’ils nous livrent, lorsqu’ils le font, l’histoire vibrante, ardente et éprouvante de celui qu’elle a transcendé et souvent meurtri. Et c’est cette émotion qu’ils parviennent à cristalliser dans des mots qui jaillissent parfois au détour d’un repas de famille… »

Voilà qui pourrait servir d’introduction au roman de Laurent Mauvignier, Des hommes, paru en septembre 2009 aux Editions de Minuit.

Des appelés en 1960 rentrent d’Algérie après deux ans de service. Notamment deux cousins, venus d’un milieu rural. L’un d’eux, après quelques années passées à Paris, et un échec professionnel et familial, revient dans la région de son enfance où est restée l’ensemble de la famille. Mais il s’isole, boit, se clochardise, Le cousin, qui raconte l’histoire, lui, semble mener une existence « normale ».
Cependant chacun, à sa manière, garde le silence sur ce qu’il a vu, vécu, ressenti.

C’est précisément au cours d’un repas familial et amical que rejaillit le passé, l’expérience traumatisante, incommunicable, source de cauchemars répétés et de conduites à risque.

Le roman entrecroise le présent – le repas, et ses suites – et les souvenirs récurrents qui hantent les anciens appelés : scènes de barbarie et atrocités commises par les deux parties ennemies, et aussi la peur, l’incompréhension, la honte d’en être les acteurs ou les spectateurs.

L’auteur réussit à échapper aux écueils habituels du récit de guerre : ni emphase, ni manichéisme, mais subtilité, pudeur, et une émotion contenue qui éveille profondément celle du lecteur qui ne peut sortir indemne de ce roman d’une très grande force.

Au-delà même du cas précis de l’Algérie, Des hommes montre à quel point toute guerre détruit, physiquement et moralement, tous ceux qui s’y trouvent mêlés. Ainsi, un des personnages du récit, un appelé sympathisant de la cause algérienne et adversaire de la guerre. A un moment « Il se demande si une cause peut être juste et les moyens injustes. Comment c’est possible de croire que la terreur mènera vers plus de bien. »

SKS


[1Film de François Chouquet, 2005, produit avec le soutien de Non-violence XXI

[2Paru en novembre 2005 chez Syllepse


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