Tahar Ben Jelloun
Dans « Les yeux baissés »

par K.S.

« Ma grand-mère ne sait pas lire, mais elle connaît par cœur des sourates entières du Coran. Elle les récite lentement, apprises de son père et répétées des milliers de fois. Tant de prières n’ont pas réussi à amener l’eau courante et l’électricité à ce désert de pierres, pas de médecin non plus, ni de camion sanitaire. A dix, à vingt kilomètres à la ronde, la même lassitude du ciel, les mêmes maisons en " tara ", basses, écrasées par le soleil et couvertes de solitude, des scorpions vidés par la sécheresse, des scarabées sur le dos, un serpent mangé par des fourmis, des cailloux, des morceaux de bouteilles en plastique récupérées par les enfants pour composer une caravane dans le désert, une boule de foin venue de l’Est, une carcasse de poulet entre deux chiens faméliques, et le jour qui s’allonge et s’étend comme un drap lourd et infini. » [1]