Un penseur libre dans l’ancienne Perse : Omar Khayam

K.S.
dimanche 15 avril 2007
par  K.S.
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« Si les Rubayat, par les vœux qu’ils forment, par les doutes qu’ils expriment, par les sentences désinvoltes ou désabusées qu’ils profèrent, livrent peu à peu les clés d’un art de vivre, ils manifestent surtout l’implacable lucidité de leur auteur. Ils rappellent que Khayam n’est pas un théoricien du laisser-aller, que s’il est libertin, c’est à la façon des philosophes et, en tout état de cause, plus proche des sceptiques que des hédonistes. Devant la fable du monde, il campe, incrédule, rebelle, irréductible. Un verre à la main, il se divertit de l’agitation et des mirages alentour. Il compose litanie sur litanie autour du mot « rien ». Il rit aux étoiles. N’est pas vraiment triste. Le silence des espaces infinis ne l’effraie pas. » (*)

Omar Khayam est né à Nichapur, dans le Khorâsân (l’ancienne Perse, l’actuel Iran), d’un père probablement fabriquant de tentes, entre 1040 et 1050, en tout cas, comme le fait remarquer André Velter, après l’invasion de la région par le turc seldjoukide Toghril Beg en 1038. C’est dans un monde dévasté, parmi les décombres et les vergers brûlés, que l’enfant apprend « la loi de l’éphémère, la vanité des choses, la grandeur de l’instant. L’âge d’or était perdu, s’il avait jamais existé. La beauté ne se révélait qu’illusion ou blessure. En ce chaos, on ignore d’où lui vint la passion des sciences exactes.  » (*)

[*A une époque où le savoir n’est pas encore spécialisé et morcelé, Omar Khayam est considéré, à moins de trente ans, comme un savant incomparable. Géomètre, astronome, mathématicien, philosophe, médecin, il a puisé aux sources grecques par l’intermédiaire d’Avicenne. Ses travaux reconnus, sa notoriété assurée, il n’en refuse pas moins une carrière protégée au service des puissants.*]

« Victime, dans son existence même, de deux invasions radicales, l’une religieuse, l’autre militaire » (*) Khayam est amené à s’opposer à la nouvelle loi coranique. « S’annonçait le règne des dévots fanatiques, la mise au carcan de toute pensée expérimentale ainsi que de tout comportement d’homme libre. » (*)

Les censeurs d’Oman Khayam ne le laissèrent guère en paix de son vivant. Après sa mort en 1132, certains continuèrent de le présenter comme un abominable impie, d’autres tentèrent de le « récupérer » en le rattachant au soufisme, le vin devenant un symbole ésotérique.
Restent ses textes, qui résistent aux variantes des traductions.

(* ) : extraits de la préface d’André Velter, Rubayat, Poésie-Gallimard, 2002.


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