"L’impasse islamique - La religion contre la vie"

par Hamid Zanaz
mercredi 2 décembre 2009
par  Léonore
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Hamid Zanaz : L’impasse islamique – la religion contre la vie [1]

Bien souvent, des auteurs demandant que le religieux reste strictement dans la sphère privée déclarent néanmoins : "je suis musulman(e), croyant(e), mais je suis laïque".
Je ne mettrai pas en doute leur sincérité. Peut-être ne veulent-ils pas se couper de l’ensemble des croyants, espérant ainsi mieux les convaincre. D’autre part, il ne faudrait pas oublier qu’à l’époque de l’hégémonie de l’Eglise catholique, peu de penseurs libres osaient se déclarer totalement athées…

Athée, anti-religieux, voilà comment se définit ouvertement Hamid Zanaz. Sachant ce qu’il en a coûté à Salman Rushdie d’avoir écrit Les versets sataniques (que les lanceurs de fatwa n’ont sans doute même pas lu), à Taslima Nasreen et à Ayan Hirsi Ali d’avoir contesté les préceptes coraniques, on ne peut que saluer un tel courage, qui n’est pas seulement intellectuel.

De bout en bout, ce livre est passionnant. L’auteur a eu beau faire des études de philosophie, il n’en parle pas moins clairement, sans jargon, sans emphase. Le style est vif, alerte, sans recourir à la plaisanterie anticléricale qui nuirait là au sérieux du propos.

Que dit donc Hamid Zanaz ? Ce que tout libre penseur, tout libertaire dit couramment, depuis des décennies, des religions judéo-chrétiennes, mais aussi des superstitions, et de toutes les traditions qui enferment et la pensée, et la liberté.

Ainsi :
« La foi prétend nous sauver, la philosophie nous ouvre le chemin pour nous sauver nous-mêmes. [2] »

« Cette prétendue relation entre la foi et la raison est devenue un couple officiel aujourd’hui. C’est la négation même de la pensée. Et j’irai presque jusqu’à dire que la foi est incompatible avec l’exercice honnête de la philosophie. L’athéisme est le métier du philosophe. [3] »

[*Seulement, il s’agit de l’islam. Et voilà tout un pan de la « gauche » anticolonialiste et anticapitaliste, qui s’émeut, se rétracte, attention, danger, islamophobie !*]

A propos de ce terme, Hamid Zanaz remarque que ce « mot-piège » est utilisé par les islamistes, qui espèrent conquérir davantage de concessions, par les tenants d’une laïcité « positive » pour qui l’islam ouvre une brèche inespérée permettant le retour ultérieur du christianisme et de ses privilèges, et enfin par « Les idiots utiles, tous ceux qui rêvent que l’islamisme est révolutionnaire, ceux qui le considèrent comme allié dans leur lutte légitime contre le capitalisme. Compter sur l’islamisme pour abattre le capitalisme, c’est vouloir guérir la peste par le choléra. [4] »

A ceux qui attribuent à la seule invasion européenne les innombrables problèmes sociaux et économiques des populations, Hamid Zanaz répond :
« Les musulmans n’ont pas attendu le colonialisme pour sombrer dans le chaos. Ils y étaient confortablement installés depuis le XVème siècle. [5] »

Il précise à propos des problèmes de société tels que la misère, l’humiliation, la frustration :
« Qu’il soit l’ensemble de ses conséquences ou l’ensemble de ses causes, la chose la plus certaine c’est que l’intégrisme islamique ne vient pas des lointains bidonvilles ou des banlieues de l’Occident. Il est tout aussi ridicule de lier la montée de l’intégrisme à l’échec du modèle de modernisation adopté approximativement par l’Etat-nation arabe. Au contraire, c’est la puissance financière assurée par l’islam pétrolier aux islamistes arabes qui est, en partie, responsable de l’échec de l’expérience moderniste dans plusieurs régions du monde islamique. [6] »

Pour l’auteur, l’islam est un facteur de régression, comme bien d’autres religions, à ceci près qu’il semble impossible de le faire évoluer vers une version plus ouverte, les textes étant considérés comme intangibles. Même les tentatives d’ijtihad, c’est-à-dire de réinterprétation, sont vouées à l’échec et dissimulent en fait un simple « relookage ». L’intégrisme, dans n’importe quelle religion : la foi poussée à son terme ultime.

Hamid Zanaz fait une critique féroce du lien intrinsèque entre vie sociale et islam, dans lequel l’individu ne peut être reconnu :

« Le « je » est totalement noyé dans le « nous ». [7] »

Plus loin :

« Le dispositif normatif islamique dissout l’individu et rien ne se met en place pour sortir des structures holistiques vers les structures modernes : de la primauté du tout social (ou tribal) à la primauté de l’individu, du principe hiérarchique à celui d’égalité, de la connaissance absolue à la connaissance relative. La religion est l’ancêtre de la pub, toutes les deux créent l’insatisfaction et la frustration. Elles aspirent à détruire les identités personnelles pour former des troupeaux. Le but de ces deux idéologies n’est autre que la dissolution du Moi, la désindividualisation, or « rien pour Moi au-dessus de Moi [8]. [9] »

Il n’est donc pas surprenant que « Le problème des musulmans réside dans leur incapacité morale à reconnaître à chacun la liberté de conscience. [10] »
En effet : « Une fatwa peut rendre automatiquement licite ou illicite n’importe quelle action humaine. On a peur de la liberté du croyant. Sa raison est exclue. Ni doute ni questionnement, la providence se charge de lui dicter un catalogue de bonnes manières… [11] »

Outre la raison, la femme est, elle aussi, une ennemie d’Allah !

«  Le croyant musulman a peur de sa nature. Sa sœur musulmane ne doit pas se déplacer à vélo car le mouvement de ses cuisses serait évocateur ; elle doit cacher ses cheveux pour ne pas réveiller ses démons car la femme est porteuse de la fitna. [12] Sa beauté est une fitna, séduction et sédition. C’est un appât qui mène à la perte, à la damnation. En fin de compte, la beauté est un piège de Satan et une révolte contre Dieu. […] Pour se protéger du démon féminin et devenir anges ensuite, les hommes doivent passer par une dématérialisation du corps des femmes, détruire l’objet de leur désir. Casser le thermomètre pour faire baisser la température ! Gommez par burka, melaya, tchador, thadori, haïk, masque de cuir, nikab, mendil, sefsari, jilbab, khimar, des corps que je ne saurais regarder. [13] »

(Comment ne pas penser à Molière dans Le Tartuffe : « Cachez ce sein que je ne saurais voir. »)

« Les hommes, dans ce désert amoureux, ne sont pas encore passés du stade de la prédation à celui de la séduction. [14] » C’est donc, suivant une curieuse logique, les hommes qu’il faut protéger des femmes. De fait : « La pression a poussé des millions de femmes à se considérer peu respectables sans voile. [15]
 »
La religion contre la vie… Cela est vrai, on le comprend, pour la moitié féminine de l’humanité lorsque la société est régie par ses diktats, c’est tout aussi vrai pour les hommes. Les unes et les autres se voient privés d’une dimension affective, intellectuelle, spirituelle même :

« Tout ce qui tourne autour de la spiritualité du musulman contemporain se résume dans un pauvre catalogue de commandements en forme de choix. Des dualités, comme islam/paganisme, enfer/paradis, gagnants/perdants, sauvés/damnés, unitarisme/polythéisme, tradition/innovation, sont récurrentes dans le discours dominant. Une vision binaire du monde. Ces quelques couples d’opposés ne sont-ils pas trop courts pour cerner la vie intérieure d’un être dans toute sa complexité ? [16]
 »

Hamid Zanaz s’inscrit en faux contre le relativisme culturel :

« Ceux qui répètent que toutes les valeurs sont bonnes et que toutes les cultures se valent contribuent à leur insu à la promotion de la barbarie. Il y a des valeurs acceptables quels que soient le lieu, le temps, les circonstances. Il y a, à l’inverse, des coutumes qui sont des crimes quels que soient le lieu, le temps, les circonstances. Couper les mains et les pieds, voiler et cloîtrer les femmes, répudier, lapider, l’exhibition sadique, sont-elles des valeurs ? Une barbarie ou une culture ? L’inhumanité ne se discute pas, elle se refuse. [17] »

[*« Rien ne marchera sans la déconstruction des rapports non pas entre le religieux et le politique, mais entre le religieux et l’individu. [18] »*]

Cette proposition peut concerner toutes les religions, toutes les idéologies totalitaires, mais pas seulement. Il me semble qu’elle pourrait utilement s’appliquer - et là j’ai pleinement conscience du caractère désagréable de ce propos - aux croyances plus ou moins conscientes que conservent les partisans des révolutions menant à l’avenir radieux, sans jamais leur appliquer la méthode du doute et de l’examen critique. Ce serait pour moi une façon, entre autres, de donner vie à la formule « Ni dieu ni maître »...

Léonore Litschgi


[1Les Editions libertaires, septembre 2009

[2p.91

[3p.92

[4p.142/143

[5p.155

[6p. 62/63

[7p.127

[8Citation de Max Stirner

[9p.128

[10p.132

[11p. 116

[12fitna = grande discorde

[13p. 123

[14p. 106

[15p. 11

[16p. 130/131

[17p.68/69

[18p. 132


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