« La raison du plus fort…. »

mercredi 3 février 2010
par  K.S.
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Aux amis laïques qui défendent avec passion l’école publique, j’ai souvent envie de leur rappeler quel était – est encore – le contenu de son enseignement de l’histoire : les guerres, les traités, les changements de frontières, des rois, un empereur, des présidents, quelques sauveurs-de-la-France, des généraux, etc… et le respect, l’admiration pour les soldats qui ont « fait leur devoir ».

La plupart du temps, sauf si ces amis laïques ont la fibre libertaire, ils me répondent que oui, bien sûr, mais tout de même… Evidemment, à première vue, comparé au conditionnement sournois à l’oeuvre dans les écoles confessionnelles, l’enseignement public semble préférable. Mais ne continue-t-il pas à véhiculer, de façon plus « moderne », plus édulcorée, la croyance que tout se règle mieux par la force, ou par la tromperie ? Imaginez-vous un enseignant qui pousserait la désobéissance jusqu’à faire analyser à ses élèves l’affaire Clearstream, ou la question de l’amiante, celle des essais nucléaires français, qui inviterait à un palmarès des conflits armés selon le nombre de victimes ? Oui, assurément, un certain nombre d’entre eux vont dans ce sens, à leurs risques et périls, car gare aux réactions de l’Académie si quelque parent d’élève s’émeut de cette nouvelle façon de raconter l’histoire…

C’est pourquoi j’ai été ravie de lire, sous la plume alerte de Levy Sacré un article intitulé « Cartable sur table » paru dans le dernier Union pacifiste (numéro 475, décembre 2009-janvier 2010).

En voici quelques extraits :

« Violence à l’école ?
N’est-elle pas le reflet, le relief, le relais, la réplique, l’art appliqué de la République ? L’image de la société ?
Lapalissade sans doute.
[…]

De Lapalice à la police il n’y a qu’un pas vite franchi. La police est la seule réponse opposée à la question posée. Seule « solution » au problème. Comme souvent, on s’en va chercher trop loin des solutions, des résolutions, à des questions dont la réponse est parfois dans l’énoncé.
L’école, les cités, les bancs, les lieux, les banlieues, autant de milieux susceptible d’abriter, d’habiter, d’arbitrer, d’inviter, d’invoquer, d’évoquer, d’appliquer, d’impliquer, dupliquer, fabriquer la violence.

A défaut d’y fabriquer des individus. Des êtres pensants. Quand le penchant n’est plus de penser, mais de percer, de foncer (défoncé) d’enfoncer son prochain, sa propre haine, forgeant sa propre chaîne aux dépens des penseurs censés représenter l’autorité, ou plutôt classés comme la représentant ; quand le penchant n’est plus de penser, on compense. La violence qui s’exprime, la violence qui s’extirpe, la violence qui s’évade, qui s’évacue… c’est une vacuité. Vague acuité. C’est un vide envahi, enveloppé, développé, un vide (mauvais devis, mauvais défi), un vide là où l’on était présumé remplir. La mâture a horreur du vide, elle y met du vent. De la tempête, tant pis. »

L’auteur évoque Jules Vallès :

« Enfant. Bachelier. Insurgé. Trois termes. Trois thèmes. Trois thermes. Trois tomes en somme ; trois formes de l’homme. Pas forcément trois étapes, pas forcément trois paliers, mais trois pas liés, trois poulies, trois pouls libres, trois poumons.  »

Plus loin :

« Le pouvoir en casquette, en uniforme, en autorité. C’est là que le " Père" opère. Au pair. L’interdit. L’austère dit. L’autorité dite. Sans même parler. Et l’enfant apprend que la force fait loi. Et vice versa.
Et cette loi, et cette force, et cette autorité, il va les rencontrer dès lors sur son chemin. Puis à l’école. Qu’est-ce qu’on lui met dans la tête ? Qu’est-ce qu’on lui met dans son cartable ? Quels modèles ? Quels repères ? Quelles réponses aux questions qu’il ne s’est pas encore posées.
Depuis des générations, on lui enseigne, on lui montre, on lui démontre que " la raison du plus fort est toujours la meilleure ", que les braves soldats doivent défendre leur patrie, c’est-à-dire se battre, que l’Etat, etc…
 »

«  Semez ce que vous voulez dans vos jardins, si le terrain y est mal préparé, la " mauvaise herbe " l’envahit. Versez dans les cartables et dans les petits cerveaux, vos symboles, vos sigles, vos clichés, vos idées toutes faites, il ne sortira des cartables, et des petits cerveaux que des bouquets de ronces qui eussent été des roses pour peu que le terreau, ou le terrain, sans terreur, mais en douceur, en patience, en passion, eût été jardiné.
Puissions-nous garder, dans nos cartables d’adultes, cette part d’enfance qui nous permettrait, tout en continuant d’être " bachelier " (
escolier diraient Villon ou Couté) d’avoir les " moyens " d’être aussi insurgé, à bon escient, c’est-à-dire désobéissant, insoumis… lorsqu’il faut l’être. »

Loin des clichés et des propos convenus, une bouffée d’air pur qui fait du bien.

SKS


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