La lutte pour l’IVG en Pologne

mercredi 7 avril 2010
par  K.S.
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L’Eglise, qui a pu pendant des décennies soustraire aux lois et protéger ses prêtres pédophiles, n’hésite pas, au sujet de l’avortement, à employer les termes les plus violents.
On n’a pas oublié le cas, au Brésil, de cette enfant de neuf ans, abusée et violée par son beau-père et enceinte de jumeaux, ce qui mettait sa propre vie en péril. L’interruption de grossesse fut condamnée, avec excommunication de la fillette, de sa mère et des médecins, par l’ensemble des dignitaires religieux et jusqu’au Vatican, considérant finalement le viol comme moins grave que l’avortement.

Plus récemment, une autre affaire, en Pologne cette fois, démontre que la puissance cléricale n’est pas éteinte, loin de là.

Alicja Tysiac
Ci-contre Alicja Tysiac

Depuis 1993, l’IVG n’est plus autorisée en Pologne qu’en cas de viol, de malformation du fœtus et de danger pour la santé de la mère. Devenue lourdement handicapée après deux premières grossesses, lors de la troisième Alicja Tysiac demanda l’autorisation d’une IVG légal et obtint un refus des médecins au terme de procédures humiliantes. En 2007, Alicja Tysiac attaqua alors les institutions polonaises pour non-respect de la loi jusqu’à se retrouver devant la plus haute juridiction européenne. La Cour Européenne des Droits de l’Homme, sans statuer sur la question de l’IVG, condamna l’État polonais pour l’absence de procédures de recours.

Dès lors, l’Eglise polonaise, son Episcopat, ses médias - et pas seulement des prêtres fondamentalistes - présentèrent Alicja comme l’ennemie de la nation, la décrivant comme une véritable incarnation du mal dans la presse des paroisses, la dénigrant et l’insultant au cours des messes, dans les sermons, les discours publics. L’hebdomadaire épiscopal Gosc Niedzielny ( L’Invité du dimanche) la traita de « meurtrière en puissance pour avoir voulu tuer son enfant », puis dans un article du 7 octobre 2007 où le nom d’Alicja était placé aux côtés de celui de criminels de guerre nazis comme Mengele, Hess et le gardien SS de Auschwitz, Karl Hoecker, alla jusqu’à comparer l’IVG à la Shoah, et les membres de la Cour Européenne des Droits de l’Homme aux dirigeants nazis.

La loi polonaise ne définit pas l’IVG comme un meurtre ni l’embryon comme une personne. Cela n’empêche pas l’Eglise de revendiquer le « droit » de stigmatiser les femmes qui avortent. Par ailleurs, en minimisant l’horreur de la comparaison d’Alicja Tysiac et des juges européens aux criminels nazis, elle cautionne le négationnisme de l’extrême droite catholique qui se sert de la question de l’IVG pour relativiser les atrocités du nazisme.

Manifestation pro-IVG à Varsovie Manifestation pro-IVG à Varsovie

En France, les anti-IVG de «  Laissez-les vivre » entre autres, assimilent couramment l’avortement à la Shoah. Ce même « argument » est utilisé systématiquement dans les textes et dans les discours émanant de l’épiscopat polonais et des médias tant ecclésiastiques que publics. En traitant les membres de la Cour européenne des Droits de l’Homme de nazis, un pas de plus est franchi.

Saisie de l’affaire, la Cour de Première Instance de Katowice, s’appuyant sur les juridictions polonaises et celles de la Cour Européenne des Droits de l’Homme définissant le « discours de haine – le racisme, l’antisémitisme, la xénophobie, tous les discours ayant comme objet la haine de l’Autre », et limitant de ce fait la liberté d’expression garantie par les lois polonaises et européennes, condamna le 23 septembre 2009 le magazine et l’archevêché de Silésie à publier des excuses et à verser des dommages et intérêts. L’Église polonaise décida de contester devant la Cour d’Appel la légitimité juridique et politique des instances européennes en Pologne et notamment le droit pour la justice polonaise de s’appuyer sur les arrêts de la Cour Européenne des Droits de l’Homme et sur la Convention Européenne des Droits Fondamentaux. Le jugement en appel était prévu pour le 19 février 2010.

Evidemment, la crainte du Vatican est de voir de plus en plus de citoyens européens s’adresser à la Cour de Strasbourg pour faire valoir les droits des femmes et faire avancer la laïcité dans des pays où l’Eglise conserve une grande influence. Au contraire, la victoire définitive d’Alicja Tysiac signerait une importante défaite des instances catholiques dans leur tentative d’imposer à toute la population européenne leurs valeurs et leurs opinions. En France, l’appel à soutenir Alicja Tysiac mettait en cause le fondamentalisme catholique. On remarquera dans ce cas précis, comme dans bien d’autres, qu’il est difficile de tracer une frontière précise entre les fondamentalistes et les modérés, à moins de considérer que toute la hiérarchie de l’Eglise est du côté de ces fondamentalistes.

Le comité de soutien d’Alicja Tysiac avait appelé les laïques de l’Europe entière à écrire des lettres de soutien qui seraient versées dans le dossier du procès ainsi que des courriers aux ambassades polonaises en Europe.

Le lundi 8 mars, le site du Comité international de liaison des athées et libres penseurs (http://www.cilalp.org/spip.php?arti...) donnait le résultat :

« La Cour a rejeté le recours en appel et confirmé le jugement de première instance favorable à Alicja Tysiac. Le magazine épiscopal Gosc Niedzielny et l’Archevêché de Katowice devront publier des excuses à Alicja Tysiac pour l’avoir comparée aux criminels nazis et pour avoir employé à son encontre des discours de haine. Ils devront également payer 30 000 zlotys (environ 8000 euros) de dédommagement ainsi que les frais de justice ».

Ainsi, la solidarité internationale a joué à plein et a été payante, et les juges n’ont pas cédé à la pression de l’Eglise. Voilà donc une bonne perspective pour les droits des femmes en Pologne, même si rien n’est définitivement acquis. En effet, trois pays d’Europe, Malte, l’Irlande et la Pologne interdisent ou limitent drastiquement le droit à l’avortement. Et partout où le religieux prétend régir la société, le droit des individus à disposer d’eux-mêmes est en grand danger.

SKS


Brèves

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"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

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"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

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