Femmes d’Hassi Messaoud

mardi 20 avril 2010
par  K.S.
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Terrible coïncidence…

Neuf ans après les faits relatés dans un livre paru tout récemment, témoignant du lynchage de femmes seules dans la ville d’Hassi Messaoud au sud de l’Algérie [1], les mêmes exactions violentes recommencent. [2]

En juillet 2001, des femmes seules – c’est-à-dire sans mari, frère ou père à leur côté – venues du Nord du pays travailler à Hassi Messaoud, ville pétrolière du Sud de l’Algérie, ont été les victimes, parfois jusqu’à la mort, de lynchages opérés par des bandes d’hommes masqués, préalablement échauffés par les prêches d’un imam intégriste incitant les hommes à châtier, aux cris d’« Allahou akbar » et « Al-jihad, al-jihad », ces "femmes perdues". Les agresseurs : des épiciers de quartier, des employés locaux, des voisins, en somme des hommes ordinaires.

Le livre « Laissées pour mortes » réunit les témoignages des deux seules femmes qui ont osé aller jusqu’au bout des poursuites judiciaires de leurs agresseurs, alors que tout a été fait pour qu’elles se taisent.

En 2001 comme aujourd’hui en 2010, les expéditions punitives se sont déroulées de la même façon : les femmes ont été suivies jusqu’à leur domicile, attaquées, torturées et parfois violées, puis dépouillées de leurs biens. Avec pour finir, des menaces de pire encore, si elles s’avisaient de parler. Une enquête du quotidien El Watan estime cette fois encore à des dizaines le nombre de victimes.

Dans cette base pétrolière, les femmes sont affectées à des emplois de services auprès de sociétés étrangères qui n’y emploieraient pas d’hommes, ceux-ci se retrouvant dès lors très nombreux au chômage. Cependant, il semble que cette frustration d’ordre économique ne soit pas la seule cause des violences organisées à l’encontre des travailleuses de la ville.

Hassi Messaoud

Dans un pays où le code de la famille ne reconnaît pas l’égalité entre hommes et femmes, une algérienne vivant sans présence masculine à ses côtés, hors de sa région d’origine de surcroît, est souvent mal perçue et considérée comme « perdue », assimilée à une prostituée et sans aucun droit. Certains vont jusqu’à dire qu’il faut la « châtier ».
Les autorités ferment les yeux, la police n’intervient pas. Lorsqu’elles osent malgré tout porter plainte au commissariat, on leur répond : « Que voulez-vous que l’on fasse ? Vous n’avez qu’à aller ailleurs ! Retournez chez vous, vous serez plus en sécurité. Ici, c’est dangereux pour des femmes comme vous ! » [3]

Les unes après les autres, les femmes de Hassi Messaoud abandonneront des poursuites épuisantes, coûteuses et sans véritable résultat, et finiront par aller se cacher dans d’autres régions avec une nouvelle identité. La plupart ne parviendront pas à se reconstruire et connaîtront toutes formes de misère psychologique et sociale.

Certaines ont été invitées à « pardonner » à leurs agresseurs, ceux-ci bénéficiant dès lors d’une réhabilitation totale et d’aides financières de l’Etat [4] Peu d’agresseurs ont été officiellement identifiés, il n’y a eu que quelques condamnations la plupart par contumace, les habitants d’Hassi Messaoud se montrant solidaires de leurs hommes et non des femmes victimes.

Seules, Rahmouna et Fatiha, qui témoignent dans « Laissées pour mortes » poursuivent le combat pour la reconnaissance de leur souffrance, malgré l’indifférence de l’opinion et des institutions. Lors d’une rencontre à Paris en février pour la sortie de leur livre, elles déclaraient : « Mais le plus dur, ce n’est pas l’impunité. Le plus dur, c’est l’Etat, qui n’a jamais tenu ses promesses de nous aider à nous reconstruire et qui nous avait promis du travail et un logement. »

SKS


[1Laissées pour mortes , Le lynchage des femmes de Hassi Messaoud par Rahmouna Salah, Fatiha Maamoura, Nadia Kaci, paru en février 2010, Ed. Max Milo

[2Shahinez Benabed titrant ainsi la nouvelle : Algérie : le cauchemar des femmes d’Hassi Messaoud recommence (http://www.lakoom-info.com/news/new...).

[3Article de Christophe Ayad, http://www.liberation.fr/monde/0101... ; voir aussi l’article de Ghania Khelifi sur
http://www.babelmed.net/Pais/M%C3%A....

[4Dans le cadre de la loi sur la concorde civile destinée principalement aux terroristes islamistes.


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