« Mentalité contraceptive et mentalité abortive »

mercredi 2 juin 2010
par  K.S.
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Dialogue Dynamics [1] a publié le 21 avril 2010 cette interview de Monseigneur Jacques Suaudeau, prêtre et médecin, ancien chercheur en chirurgie expérimentale au National Institute of Health (USA), et actuel directeur scientifique de l’Académie Pontificale pour la Vie, qui « démontre les liens étroits entre mentalité contraceptive et mentalité abortive »… Toujours selon Dialogue Dynamics, ce texte alliant précision technique et précision doctrinale, toute personne de bonne volonté pourra « éclairer sa conscience à la lumière de la loi divine inscrite dans son cœur ».

Passant en revue les différentes techniques contraceptives, l’interviewé considère que quasiment toutes – sauf les méthodes dites naturelles - ont une fonction abortive. En effet :

« Si l’embryon humain, avant son implantation dans l’utérus, se présente ainsi, au niveau biologique, comme animé par une vie humaine individuelle, organisé comme un organisme doté des capacités d’autonomie, d’autodirection, d’autoréparation, et d’homéostase, cet embryon humain ne peut pas être jugé autre qu’un individu humain, un homme ». Ce que disait déjà Tertullien « C’est un homicide anticipé que d’empêcher de naître et peu importe qu’on arrache l’âme déjà née ou qu’on la détruise au moment où elle naît. C’est déjà un homme ce qui doit devenir un homme ; de même, tout fruit est déjà dans le germe » [2].

Ce qui l’amène à déclarer : «  Les contraceptifs proposés aujourd’hui sont devenus toujours plus abortifs, et cette constatation devrait faire réfléchir ceux qui, dans l’Eglise, se sont fait les défenseurs de l’usage des contraceptifs. »
Il s’inquiète de ce fait :
« La diffusion de la connaissance et de l’emploi des contraceptifs sont ainsi présentés non seulement comme acceptables sur le plan moral et social – en dépit de leurs conséquences démographiques négatives – mais encore comme relevant d’un véritable impératif éthique. On demande toujours plus de contraception, soit chez les jeunes, dans les pays riches, soit chez les femmes en âge fécond, dans les pays en développement. » L’évêque n’hésite pas à assimiler la contraception dans les pays pauvres à une politique de décroissance démographique imposée par l’OMS.

Selon lui, si « le nombre d’avortements n’a pas reculé en proportion des avancées de la contraception et de la chute de la natalité correspondante » ce n’est pas à la suite d’un usage mal compris de la pilule ou du recours à des méthodes plus traditionnelles. Non. «  La réalité est que, une fois la contraception acceptée et pratiquée, la personne qui use de cette contraception a tendance à se croire à l’abri de toute grossesse, et donc à vivre une vie de promiscuité sexuelle plus intense, menant fatalement un jour ou l’autre à une grossesse non désirée.  »
Ainsi : « Loin d’être un frein à l’avortement, la contraception pourrait même y conduire. On passe en tous cas très facilement de l’une à l’autre. »

Ceux qui, ayant sans doute mal lu l’encyclique « Humanae Vitae » parue en 1968, pensaient que la position du Vatican avait changé au sujet de la contraception devraient méditer sur ces quelques extraits : on y lit en effet que doit « être exclue toute action qui, soit en prévision de l’acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation ». Et ailleurs : «  Il n’est pas permis, même pour de très graves raisons, de faire le mal afin qu’il en résulte un bien » [3].
Notre docteur-théologien invite à se reporter à cette autre encyclique Evangelium Vitae, n°13, 1995, de Jean Paul II : « Pour favoriser une pratique plus étendue de l’avortement, on a investi et on continue d’investir des sommes considérables pour la mise au point de préparations pharmaceutiques qui rendent possible le meurtre du fœtus dans le sein maternel sans qu’il soit nécessaire de recourir au service du médecin. Sur ce point la recherche scientifique elle-même semble presque exclusivement préoccupée d’obtenir des produits toujours plus simples et plus efficaces contre la vie et, en même temps, de nature à soustraire l’avortement à toute forme de contrôle et de responsabilité sociale ».

Et de rappeler les termes du Document sur l’avortement provoqué de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, du 25 Novembre 1974 : « Dès que l’ovule est fécondé, se trouve inaugurée une vie qui n’est ni celle du père ni celle de la mère, mais d’un nouveau être humain qui se développe par lui-même. Il ne sera jamais rendu humain s’il ne l’est pas dès lors...  ».

Un peu plus loin, concernant une adolescente qui, faute de cette contraception du lendemain prendrait le risque d’un l’avortement chirurgical, légal ou clandestin, au coût peut-être de sa santé si ce n’est de sa vie, il répond :
« La règle dans le champ de la morale demande que l’on s’abstienne, parce que ce qui est en jeu n’est pas un simple problème économique, ou les difficultés liées à la survenue d’une grossesse chez une adolescente : ce qui est en jeu est la valeur d’une vie humaine, qui dépasse toute autre valeur. »

Au moins, le viol pourrait-il être considéré comme l’indication spécifique de la "contraception d’urgence" ? « Il est clair que la contraception post-coïtale, lorsqu’elle peut être mise en œuvre dans les 48 heures suivant un viol, et quand elle réussit ainsi à prévenir une possible grossesse, offre un avantage matériel, objectif, considérable à la patiente, au médecin en charge, et à la société dans son ensemble : cette "contraception", en effet, élimine le problème du développement d’une grossesse dans de telles conditions, avec ce qu’il implique comme obligation soit d’accéder à une demande d’avortement de la part de la victime, soit de trouver après l’accouchement une solution à l’accueil de l’enfant si la victime a accepté de le conserver.
Cependant, même dans ce cas douloureux et "limite" du viol, la possibilité de choix n’existe pas vraiment sur le plan moral, parce que la vie humaine a une valeur fondamentale, qui surpasse toute autre valeur et que l’enfant qui va se développer comme conséquence du viol est innocent. Utiliser la contraception d’urgence, en un tel cas, c’est vouloir éliminer cet enfant possible, au début de sa vie, ajoutant un mal au mal déjà perpétré par le viol.
 »

Voilà qui confirme l’attitude de l’Eglise considérant que "le viol est moins grave que l’avortement" [4] dans l’affaire de Récife au Brésil : une fillette de 9 ans, violée par son beau-père, enceinte de jumeaux et, de ce fait, en danger de mort, avait du avorter. Sa mère, et les médecins ayant pratiqué l’IVG avaient été excommuniés.

Position officielle puisque le 10 mai 2008, le pape Benoît XVI, recevant en audience les participants au congrès international organisé par l’Université pontificale du Latran à l’occasion du quarantième anniversaire de l’encyclique de Paul VI ‘Humanae Vitae’ définissait ainsi ce texte :
« Elaboré à la lumière d’une décision difficile, il constitue un geste significatif de courage en réaffirmant la continuité de la doctrine et de la tradition de l’Eglise  ».

On lira avec intérêt le point de vue exprimé le 24 mars dernier par Gérard Dupont (Alliance avec les chrétiens en politique) [5] qui considère que par cette encyclique, Paul VI, à propos de la contraception « se retrouve en opposition complète avec les conclusions de la commission qu’il avait chargée de préparer le sujet.
Le seul recours restant permis est celui d’espacement des naissances basé sur le rythme naturel.
Le respect de la loi naturelle si chère à notre pape Benoît XVI reste ambigu. S’il n’est jamais permis même pour de graves raisons de rendre un acte conjugal infécond, pourquoi permettre le choix volontaire de jours inféconds ? Ce n’est même pas ambigu, mais tout simplement hypocrite.
 »

Bien évidemment, ces encycliques papales refusent tout aussi bravement l’usage du préservatif aux porteurs du VIH, plutôt la procréation que la protection du ou de la partenaire. Avec l’issue que l’on sait, notamment en Afrique [6], où les traitements font cruellement défaut.

SKS


[1Dialogue Dynamics, ramification de l’Institut pour une Dynamique de Dialogue Interculturel, association sans but lucratif établie à Bruxelles, qui se penche sur les « concepts-clefs » de la mondialisation tels que « bonne gouvernance, développement durable, égalité des sexes (gender), droit de choisir, qualité de la vie pour tous, partenariat avec les acteurs non-étatiques.[…] forgés, non par les peuples eux-mêmes, mais par une intelligentsia postmoderne occidentale (http://www.dialoguedynamics.com/IMG...)

[2(Homo est et qui est futurus ; etiam fructus omnis iam in semine est), Apologeticum,vol.1, IX,8. Tertullien, né vers150-160, décédé vers 230-240

[3Humanae Vitae, Lettre encyclique de sa sainteté le pape Paul VI sur le mariage et la régulation des naissances. Document accessible sur le site Internet du Vatican

[6Plus de 22 millions de personnes infectées.


Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

24 mai 2013 - Religion modérée...

"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

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