Max Havelaar

roman de Multatuli
mercredi 23 juin 2010
par  Léonore
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L’internaute qui commence sa recherche sur Google avec ces deux mots devra attendre la 3ème page – au moins – pour apprendre, s’il l’ignorait, que Max Havelaar est avant tout un roman d’un écrivain néerlandais, Edouard Dekker dit Multatuli. Max Havelaar raconte l’itinéraire d’un fonctionnaire colonial, en fait homme généreux, dépourvu de préjugés, qui, confronté au racisme et à l’oppression subie par les paysans des Indes néerlandaises, une colonie des Pays-Bas, prendra le parti de ceux qui souffrent, quitte à en payer lui aussi un prix très lourd.

Cette œuvre, parue en 1860, eut un écho retentissant et suscita aussitôt de vives polémiques. Elle était la première à dénoncer un système économique inhumain qui accablait 30 millions de Javanais dans ce qui deviendrait l’Indonésie.

Au fil des pages, nous découvrons toutes sortes de milieux décrits avec ironie ou avec tendresse, selon les cas. La bourgeoisie commerçante d’Amsterdam, les fonctionnaires coloniaux corrompus ou simplement indifférents et désabusés, les chefs locaux qui sont les principaux acteurs et bénéficiaires des exactions commises à l’encontre du petit peuple, décrit comme courageux, ou résigné, mais toujours digne.

Grâce à son expérience personnelle (le roman est largement autobiographique) l’auteur nous renseigne sur les coutumes locales, et utilise les vocables de la langue du pays, ce qui donne une saveur supplémentaire à cette œuvre foisonnante, pleine de vie et extraordinairement novatrice pour son époque. Dans sa préface à l’édition d’Actes sud (1991) Philippe Noble remarque :

« Moderne ? Oui, Max Havelaar l’est éminemment ; il l’est par la liberté débridée de son ton, de sa forme, de son style. Par l’extraordinaire arrangement romanesque des quatre premiers chapitres ; par la virtuosité malicieuse avec laquelle l’auteur change de narrateur comme de chevaux de poste ; par son indifférence aux règles de conduite du récit et d’unité de style qui avaient cours en son temps. »

Qui était derrière ce pseudonyme un peu grandiloquent, Multatuli (en latin « J’ai beaucoup souffert ») ? Ephéméride anarchiste lui consacre cette notice :

« Le 2 mars 1820, naissance d’Edouard DOUWES DEKKER, dit MULTATULI, à Amsterdam.
Ecrivain anarchiste néerlandais.
D’abord fonctionnaire en Indonésie (Colonie Hollandaise), il démissionne, écoeuré par le traitement réservé aux indigènes. Il se consacre à la littérature et publie avec succès en 1859 "Max Havelaar", oeuvre anticolonialiste et antiesclavagiste.

Multatuli, pourfendeur du conformisme bourgeois, mettra en pratique son idéal libertaire et scandalisera ses contemporains, vivant en harmonie avec ses deux compagnes et ses deux enfants. Ses écrits anti-étatiques et antiparlementaires, et ses combats contre la religion, la famille, les préjugés de toutes sortes, racistes, sexistes ou sexuels auront une grande influence dans le milieu socialiste et libertaire.

Il mourra en Allemagne le 19 février 1887.

En 1942, Henry Poulaille préfacera une version française de "Max Havelaar" : "Iconoclaste, Multatuli n’avait aucun respect des usages sacrés, (...) il avait la haine de l’hypocrisie et le mépris de toute abdication de l’individu. Loi, religion, morale, propriété, étaient autant de masques à arracher."
A noter : "Max Havelaar" est aujourd’hui un label, celui du commerce équitable.
 »

Bien évidemment, la plupart des contemporains d’Edouard Dekker eurent une perception très différente du personnage. Peut-être plus encore que sa dénonciation du colonialisme et du racisme à l’œuvre à Java, son mode de vie, son anti-conformisme, sa critique de la bourgeoisie des Pays-Bas suscitèrent indignation et scandale.

Louis Bresson, un français originaire de Tonneins (Lot-et-Garonne), pasteur de l’église wallonne de Rotterdam, lui consacre une longue étude d’un ton très sarcastique. Ainsi :

« Mme Douwes Dekker, née HamminckSchepel, la seconde femme de Multatuli, a entrepris de publier, en l’éclairant de notes, la correspondance du célèbre auteur hollandais. Si cette publication, conçue dans une intention pieuse, répondra bien au but qu’on s’est proposé, si elle servira la mémoire de Multatuli, c’est une question ; il est plutôt permis de croire qu’elle justifiera les préventions, les colères et les haines qui se sont attachées jusqu’à son dernier jour à l’écrivain malheureux, inquiet et agité des Idées et de l’École des Princes. Mais nous y gagnerons un portrait de Multatuli qui, pour n’être pas flatté, n’en sera que plus précieux et dont personne ne saurait contester la ressemblance. » [1].

En effet, parmi les autres œuvres de Multatuli, on trouve sept volumes d’Idées, « d’un style très variable, de temps en temps lourd et prétentieux, souvent grandiose et sublime » selon « La littérature néerlandaise jusqu’en 1900  »
 [2] ainsi qu’une comédie, L’Ecole des princes (Vorstenschool), qui fut jouée sur tous les théâtres de la Hollande, avec une réception enthousiaste ou indignée, et qui reste encore aujourd’hui au répertoire.

Musée Multatuli à Amsterdam

A Amsterdam, l’Institut International d’Histoire Sociale d’Amsterdam [3] conserve divers documents concernant l’ écrivain.

Toujours à Amsterdam, un petit musée est entièrement consacré à Multatuli. [4]

A noter qu’un séjour à Amsterdam inspira à Camus La chute (1956).

Léonore


[1Texte complet sur http://flandres-hollande.hautetfort... mis en ligne le 16.07.2009

[4Musée Multatuli, Korsjespoortsteeg 20, 1015 AR, Amsterdam, Pays-Bas • tel : +31-20-638-1938
• Site web : www.multatuli-museum.nl/.


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