Montreuil-Bellay de la « maison-dieu » au camp d’internement des tziganes…

mercredi 18 août 2010
par  K.S.
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Le numéro 163 (juillet-septembre 2010) de Gavroche, revue d’histoire populaire, propose, entre autres articles, « La place du pauvre – l’accueil des déshérités - l’aumônerie de Montreuil-Bellay (XIVe-XVIe siècle)
 [1].

Ancienne aumônerie de Montreui-Bellay

On y apprend que cette « maison-dieu » accueillait les pauvres, malades ou non, comme tous les autres hôpitaux, charités ou aumôneries de cette époque. Le dortoir des pauvres ouvrait directement sur la chapelle, permettant à ceux qui ne pouvaient se lever parce que trop affaiblis, de bénéficier des effets salvateurs des offices. Qui venait demander à être reçu, dans ce lieu ? Des personnes trop âgées pour gagner encore de quoi manger, des malades, des métayers jetés d’un domaine après de mauvaises récoltes, etc. Et beaucoup d’enfants abandonnés, qui trouvaient là refuge. « La pauvreté est donc partie intégrante de ces enfants : elle les constitue. Nés pauvres, exposés pauvres, recueillis comme pauvres, placés comme pauvres, ils sont condamnés à rester enfermés dans cette pauvreté qui leur donne leur identité. Lorsqu’ils ont échappé à la mort quasi programmée de la première année, ils grossissent la catégorie des pauvres sans nom à exploiter pour s’enrichir sur terre, ou à utiliser comme monnaie d’échange pour se dédouaner à bon compte de ses péchés. » Geneviève Sigot, l’auteure de cet article très bien documenté, nous fait remonter de plusieurs siècles dans le temps, mais cette situation des pauvres voués à l’asile et à l’échange : pain et lit contre soumission, fait sans cesse évoquer l’époque actuelle et ses exclus toujours plus nombreux.

Montreuil-Bellay : un autre type d’établissement y tint enfermés durant la seconde guerre mondiale, divers opposants puis des tziganes.

Camp d'internement de Montreuil-Bellay

De juin 1940 à mars 1941, l’occupant transforma une cité destinée aux ouvriers d’une poudrerie en stalag clos de barbelés où furent internés des militaires interceptés sur les routes, et des civils d’une quinzaine de nationalités différentes. Puis de novembre 1941 à janvier 1945, la France fit du site de Montreuil-Bellay un camp pour "individus sans domicile fixe, nomades et forains, ayant le type romani". Ils étaient Manouches, Gitans, Roms, Sintés, et plus généralement Tsiganes [2] Mesure à caractère raciste comme l’indique clairement l’expression "type romani". Déjà une loi du 6 avril 1940 signée par Albert Lebrun, dernier président de la 3e République, stipulait que ces nomades devaient être rassemblés dans des communes désignées sous surveillance de la police. Le régime de Vichy y mit toute son application. Ces Tsiganes, enfermés là par familles entières, vieillards et enfants compris, ne quittèrent Montreuil que le 16 janvier 1945 pour être expédiés dans d’autres camps où certains restèrent jusqu’en juin 1946.

Le camp de Montreuil-Bellay compte, en août 1942, jusqu’à 1 086 nomades. Les conditions d’hygiène y sont déplorables. Des baraques glacées l’hiver, suffocantes l’été, sans eau courante. Pour dormir, des châlits sans matelas ni couverture. Les internés doivent subvenir eux-mêmes à leur nourriture et connaissent donc la faim. Beaucoup de décès, parmi les plus faibles surtout, enfants et vieillards.

On pourra en apprendre plus sur cette histoire douloureuse, encore trop peu connue du grand public en allant sur http://www.cheminsdememoire.gouv.fr... qui donne davantage de précisions sur les différents camps d’internement où furent enfermés les tziganes, et sur les déportations qui eurent lieu.

A noter que les vestiges de ce camp ont été classés depuis peu monument historique [3]

C’est un instituteur, Jacques Ségot, qui a, le premier, révélé dans son livre "Les Barbelés oubliés de l’Histoire", documents historiques à l’appui, l’existence de ce lieu d’internement géré par l’administration française, et dont l’histoire avait été occultée depuis. [4]

En ces temps de réunion au sommet [5] stigmatisant les « gens du voyage » et les Roms, avec projet d’expulsion (or la plupart sont français, sinon ils font partie de l’Union européenne) ces moments d’histoire résonnent de façon inquiétante.

SKS


[1Autres titres du sommaire :
- L’image de l’apache dans la caricature de la Belle Époque et de la Grande Guerre
par Bruno De Perthuis

- Aux origines du racisme "scientifique" au XIXe siècle
par David Vinson

- Le regard sur le monde de Vaillant
par Remedium
- Une organisation ouvrière singulière : la F.O.R.A. argentine
par Pierre-Henri Zaidman

[2terme refusé par les intéressés.

[3L’arrêté d’inscription, signé le 8 juillet 2010, rappelle que ce "lieu de mémoire" abritait "le plus grand camp d’internement de Tziganes en France". Il représente le "seul camp dont il subsiste encore des traces de bâti".

[4Jacques Sigot : "J’ai découvert les ruines du camp par hasard, en faisant des recherches minéralogiques dans une prairie. Jamais un Montreuillais ne m’avait parlé de cette histoire et les Tziganes l’avaient aussi enfouie en eux, sans l’écrire car ce n’est pas leur culture".

[5Réunion sur « les gens du voyage et les Roms », convoquée par Nicolas Sarkozy du 28 juillet dernier.


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