Les Roms : De longs siècles de persécutions - France et Roumanie

mercredi 1er septembre 2010
par  K.S.
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Il existe de nombreux liens entre Panaït Istrati et la situation des Roms d’Europe.

L’écrivain roumain, après un périple en Egypte et dans les pays du pourtour méditerranéen, vint en France, où il connut la misère et l’isolement, et où il commença son œuvre, écrite directement en français.
Les Roms, qui vont de la Roumanie et de la Bulgarie à la France connaissent, collectivement, la misère et l’isolement. On peut arguer sur ce dernier point de leur désir de conserver leur identité culturelle. Ce qui ne peut aucunement justifier le rejet, et les persécutions dont ils sont, depuis des siècles, les victimes.

La présence des Roms dans ce qui était l’Empire byzantin remonte au XIVe siècle. Si au XVe siècle le roi de Bohème leur accorda un laisser-passer pour faciliter leurs déplacements en Europe, dès leur arrivée en Roumanie, les Roms [1] ont été les esclaves des propriétaires terriens, et n’ont été émancipés qu’en 1851. Dans l’ensemble des Balkans, leur situation ne fut guère plus enviable. Aujourd’hui encore, ils sont marginalisés et font l’objet de violences.

Image Amnesty International. Un campement de Roms "Karton City" près du centre de Belgrade 26-27 novembre 2004. Ni eau courante, ni évacuation des eaux usées. Electricité intermittente.

La France, théoriquement pays des Droits humains, applique depuis fort longtemps une politique de rejet et de méfiance systématique, empêchant l’accès au travail, beaucoup de municipalités refusant d’offrir des aires d’accueil malgré les lois votées dans ce sens, et l’Etat se gardant de faire appliquer ces mêmes lois… La plupart des Roms vivant en France sont français. Les Roms étrangers viennent de pays qui leur ont toujours refusé l’intégration. Ils trouvent sur le territoire français d’un peu moins mauvaises conditions de vie. Cependant, dans un communiqué du 22 juillet 2010, le Collectif Romeurope [2] fait remarquer :
« Alors que le Gens du voyage sont des français qui ont la particularité de vivre en caravane et d’être itinérants toute ou partie de l’année, les quelques 15 000 Roms présents en France sont essentiellement venus de Roumanie et de Bulgarie, citoyens européens bénéficiant de la liberté de circulation en France. Mais le Gouvernement français a imposé, au moment de l’entrée en 2007 de la Roumanie et de la Bulgarie au sein de l’Union européenne, des mesures transitoires qui excluent en pratique les ressortissants de ces deux pays du marché de l’emploi et des prestations sociales. Ne pouvant travailler légalement ni avoir des ressources régulières, ils sont contraints de vivre dans de véritables bidonvilles ou abris précaires. »

Campement près de Valencienne

On notera que le conseil de l’Europe, dans une résolution du 30 juin 2010, pointe le fonctionnement de la France en relevant de nombreux problèmes et dysfonctionnements. [3]

Tout récemment [4], la Commission européenne contre le racisme et l’intolérance (l’ECRI) se dit « profondément préoccupée par le traitement dont font actuellement l’objet les Roms migrants en France ». Elle relève plusieurs points :
« Dans un rapport publié en juin 2010, l’ECRI a recommandé aux autorités françaises de combattre les attitudes racistes et l’hostilité de la population majoritaire vis-à-vis de cette communauté. Ces dernières semaines, des déclarations politiques de responsables de haut rang ainsi que des actions menées par le Gouvernement ont stigmatisé les Roms migrants. Ceux-ci sont présentés collectivement comme auteurs d’infractions pénales et sont en particulier caractérisés comme seuls responsables d’abus de la réglementation européenne en matière de liberté de circulation. L’ECRI ne peut qu’exprimer sa déception face à cette évolution particulièrement négative. » Plus loin : « … les ressortissants de l’Union européenne ont le droit de séjourner pendant un certain temps sur le territoire français et d’y retourner. » Autre remarque : « De manière générale, l’ECRI considère que l’antitsiganisme, qui constitue une forme particulière du racisme, devrait être combattu de manière efficace dans tous les pays européens. Afin de lutter contre la marginalisation des Roms et l’image négative qui y est inévitablement associée, la mise en place de programmes disposant de suffisamment de ressources et capables d’atteindre les véritables groupes cibles est indispensable. Des politiques gouvernementales aussi bien que des propositions de loi qui ont pour base la discrimination fondée sur l’origine ethnique sont inadmissibles et vont à l’encontre des obligations juridiques qui pèsent sur l’ensemble des Etats membres du Conseil de l’Europe. »

A ne pas oublier : entre 1940 et 1946, les Roms furent internés, notamment à Montreuil-Bellay [5] et un certain nombre déportés dans les camps nazis où ils furent massacrés. Cibles principales, aux côtés des juifs, de la politique d’extermination nazie, le nombre des victimes tourne autour de 500 000.

Aujourd’hui, pour tenter de détourner l’attention des scandales financiers qui pourraient éclabousser les actuels dirigeants, les Roms et les gens du voyage sont l’objet de décisions discriminatoires au nom d’une politique sécuritaire de plus en plus dure. Manœuvre bien connue, qui désigne des boucs émissaires. Certes, des voix s’élèvent contre des mesures qui en évoquent d’autres de sinistre mémoire. Espérons que la passivité et l’indifférence n’auront pas le dessus, comme tant de fois par le passé.

Panaït Istrati, dans ses divers récits, montre les conditions sociales d’une rare cruauté qui sont faites en Roumanie aux tziganes, réduits à l’esclavage et martyrisés tant par les seigneurs que par les moines.

Ainsi ces passages de Domnitza de Snagov :

Un abbé français qui a été précepteur dans des familles de boïars roumains témoigne de ce qu’il a vu :

« On parle couramment le français. Les jeunes sont tous des voltairiens. Les vieux rivalisent en donation aux églises. Cependant, entre un hommage à Voltaire et une aumône au Christ, on étend par terre son cuisinier tzigane et on lui applique sur le dos, pour la moindre faute, cinquante, cent ou deux cents coups de fouet ! J’ai vu battre des esclaves simplement parce que le boïar, en colère, ne savait sur qui "décharger son venin".

Mais la question de l’esclavage est beaucoup plus grave. Je ne crois pas vous faire une révélation en vous disant que presque tous les boïars, jeunes et vieux, se "servent" des jeunes filles tziganes et des épouses même mariées devant l’Eglise, sans se rendre compte du crime qu’ils commettent, sans se soucier de la souffrance morale des pauvres époux et fiancés, qui, pour être des esclaves, n’en sont pas moins des hommes. Bien mieux : aux hôtes qu’ils reçoivent à la campagne, ces bons chrétiens envoient chaque soir les mêmes femmes et jeunes filles tziganes avec la mission de frotter les pieds du boïar qui est en train de s’endormir. Beau frottement !

Les mêmes pratiques sont en honneur dans tous les monastères, foyers de vices publics, vrais harems ! » [6]

C’est du reste dans un monastère que les haïdoucs découvrent le traitement infligé à celui qui a tenté de s’enfuir :

«  - C’est un Tzigane esclave qui s’était enfui ; rattrapé, on lui a mis les fers, comme c’est l’usage dans le pays.

Ces fers et cet usage – dont nous avions entendu parler – étaient ni plus ni moins qu’une barbarie : le Tzigane qui se tenait devant nous, un colosse, n’avait plus rien d’humain. Des cornes en fer, énormes, lui montaient des deux côtés de la tête. Elles étaient rivées à un cercle également en fer, qui lui serrait le crâne au niveau du front, et ce cercle, pour qu’il ne fût pas enlevé, était à son tour fixé, au moyen de deux lames verticales, à un autre cercle qui lui entourait le cou.

L’homme traînait en outre une longue chaîne à sa cheville droite ; l’autre extrémité était fixée au mur, près de sa niche.

Et le malheureux devait vivre dans cet état-là, faire son service et dormir la nuit martyrisé par ses cornes et leur appareil. » [7]

Les haïdoucs vont libérer ce Tzigane qui rejoindra le groupe entourant Floarea, alias Domnitza, dans le domaine de Snagov. La suite de l’histoire est remplie de péripéties mêlées de réflexions philosophiques et sociales, que le lecteur dégustera à son propre rythme.

[( Quelques articles intéressants sur ce sujet :

- « Roms, uniques objets de mon ressentiment… » par Eolas sur http://www.maitre-eolas.fr/post/201...

- « Comment je suis devenu porte-parole des Roms de ma ville »
Par Cartron Nicolas sur http://www.rue89.com/2009/12/26/com...

- « Roms – un magistrat nantais se paye le gouvernement  » sur http://www.rue89.com/2010/08/24/rom...

- « Les roms : une nation sans territoire ? » par Xavier Rothéa sur http://lmsi.net/Les-Roms-une-nation... (1ère partie) et http://lmsi.net/Les-roms-une-nation... (2ème partie) ; article initialement paru sur le n° 8 (printemps-été 2002) de la revue Réfractions.

- « Les Roms, une ethnie a-territoriale » interview de Claire Auzias par Bernard Hennequin, sur le n° 21 (automne 2008) de la même revue Réfractions.

Au sujet de Panaït Istrati :

-  « Parmi les penseurs libres : Panaït Istrati » : http://penselibre.org/spip.php?article92
-  « Panaït Istrati, courte bibliographie » : http://penselibre.org/spip.php?article93)]

SKS


[1Tsigane est un terme refusé par les Roms car il correspond au mot allemand Zigeuner, d’où le Z tatoué sur les prisonniers roms.

[2voir sur http://www.ldh-france.org/Roms-N-in... l’intégralité du texte.

[3Notamment :

Création d’un nombre insuffisant d’aires d’accueil ;
• Mauvaises conditions de vie et des dysfonctionnements des aires d’accueil ;
• Accès insuffisant au logement des gens du voyage sédentarisés ;
• Procédures d’expulsion qui peuvent être mise en œuvre la nuit ou en hiver et comporter des violences injustifiées ;
• Discriminations liées à la loi du 3 janvier 1969 notamment concernant le droit de vote ;
• Manque de moyens mis en œuvre pour lutter contre l’exclusion sociale ;
• Difficultés d’accès au logement des Roms migrants en situation régulière.

[4Déclaration en date du 24.08.2010

[5voir sur http://penselibre.org/spip.php?arti... Montreuil-Bellay de la « maison-dieu » au camp d’internement des tziganes…

[6p. 523/524, tome I de l’édition de 1968 de Gallimard

[7p. 475/476, tome I de l’édition de 1968 de Gallimard


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