Joumana Haddad

mercredi 6 octobre 2010
par  K.S.
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Joumana Haddad, libanaise de 40 ans, a créé – et financé - voici peu [1] Jasad (mot qui signifie corps en arabe), premier magazine érotique du monde arabo-musulman. Ce magazine propose des enquêtes approfondies sur la polygamie, la virginité et le mariage forcé, traite du fétichisme, de la masturbation, de l’homosexualité, de la « première fois », du plaisir, publie des nouvelles érotiques et des témoignages personnels signés du véritable nom de leurs auteurs. Il est vendu dans les librairies libanaises sous plastique opaque avec la mention : "Pour adultes".

Or, dans le monde arabo-musulman, parler ouvertement de sexualité et d’érotisme dérange beaucoup de monde, une initiative qui vaut à Joumana Haddad d’innombrables menaces de mort, de viol et de lapidation.

Cette écrivain et poétesse que les milieux conservateurs et intégristes qualifient de « débauchée, immorale, criminelle et vi¬cieuse », est née dans une famille de confession chrétienne. Première femme collaboratrice pour les pages culturelles du principal quotidien libanais An-Nahar, et par ailleurs administratrice du prix littéraire arabe « Booker », elle a déjà publié au Liban plusieurs recueils de poésie empreints de sensualité.
Journaliste et traductrice polyglotte, elle a interviewé de grands écrivains comme Umberto Eco, Wole Soyinka, Paul Auster, José Saramago, Mario Vargas Llosa. Elle est également l’auteur de livres tels que « Le Retour de Lilith » [2] et tout récemment « J’ai tué Schéhérazade. Confessions d’une femme arabe en colère » [3].

" Il s’agit, pour moi du moins, de prendre conscience du caractère nocif de toute religion (nocif pour le bon sens, le mode de vie, la capacité à choisir, voire la santé), dès qu’elle quitte la sphère des nourritures spirituelles, qui est sa place propre (pour ceux qui les recherchent), pour pénétrer la sphère de la vie publique et privée, où elle ne peut que détruire tout espoir de liberté, d’équilibre et de jugement objectif." [4]

"Dieu, répliquez-vous ? Je veux tenter de faire face à ce dragon. En tant qu’écrivain. En tant que femme. En tant qu’être humain. Avec les outils de l’écrivain ; ceux de la femme ; ceux de l’être humain." [5]

On trouvera sur http://penselibre.org/spip.php?arti... une note de lecture sur cet ouvrage.

SKS


[1En 2009. 3000 exemplaires du premier numéro furent vendus en 11 jours ; le deuxième connut un même succès avec une vente de 4000 ; on notera 400 abonnés dont 3/4 d’Arabie Saoudite, pays d’où partirent les réactions les plus violentes ; et un site Internet en anglais et en arabe : http://www.jasadmag.com.

[2Joumana Haddad, « Le Retour de Lilith », traduit par Antoine Jockey, éd. L’Inventaire, 2007.

[3Joumana Haddad, « J’ai tué Schéhérazade. Confessions d’une femme arabe en colère », traduit de l’anglais par Anne-Laure Tissut, préface d’Etel Adnan, Actes sud, 2010.

[4Extrait, p.105

[5Extrait,p.111


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