Etre anarchiste oblige
Article mis en ligne le 20 octobre 2010
dernière modification le 19 octobre 2010

par K.S.
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Etre anarchiste oblige

Harmoniser sa pensée et ses actes

Un ami récemment disparu, dont je partageais l’anticléricalisme, mais non l’anti-écologisme, Marc Prévôtel, me faisait part de son souci de voir partir de bons copains sans qu’ils ou elles aient laissé un témoignage sur leur vie. Bien sûr, il arrive que des proches se chargent de réunir leurs souvenirs, les traces de leurs actions, de leurs écrits. Il y a aussi le remarquable travail accompli sur des sites tels que le Dictionnaire international des militants anarchistes [1].
Mais, Marc avait raison, rien ne vaut le récit fait par l’intéressé(e).

« Etre anarchiste oblige » [2] d’André Bernard - bien vivant - correspond à ce souci de témoigner d’un engagement, mais va bien au-delà.

Anarchiste, insoumis lors de la guerre d’Algérie, André Bernard se révèle également opposé à la violence. Il décrit avec vivacité son itinéraire.

Les années 50, dès l’âge de 15 ans, il fréquente le groupe anarchiste Sébastien Faure de Bordeaux (animé notamment par les frères Lapeyre et Jean Barrué). Il est taraudé de questions mais déjà conscient que « S’il y avait un crime à ne pas commettre, c’était bien celui d’obéir. » Le premier camping libertaire dans le Var, à partir duquel s’organise le soutien aux insoumis et déserteurs de la guerre d’Algérie, mais où le jeune André, par timidité et discrétion, ne demande pas d’informations.

Octobre 1956, il part donc seul à Genève, où le groupe anarchiste s’ouvre aux jeunes insoumis. Outre le travail, pour gagner sa vie, c’est un moment de répit, de réflexion, de lecture. De rencontre, aussi, de pacifistes de sensibilités diverses. Durant cette période, André écrit au Ministre des Armées sa première lettre pour dire son refus de l’armée, de la guerre, de l’obéissance. Il rédige aussi, pour une petite revue, Ravachol un article intitulé – déjà – « Anarchisme et non-violence » [3].

1960, arrivée à Bruxelles, avec entre autres, le désir de rencontrer Hem Day, mais où en fait il sympathise avec Jean Van Lierde, un des premiers objecteurs (catholiques) de ce pays. Quelques mois plus tard, apprenant qu’un mouvement non-violent (l’Action civique non-violente) s’organisait en France, il décide d’y participer, ne reniant en rien son anarchisme et son athéisme, alors que la plupart de ces opposants non violents à la guerre d’Algérie sont catholiques ou protestants, et acceptent André et sa compagne Anita sans restriction.

André fera donc partie des réfractaires à la guerre d’Algérie. Un livre : Réfractaires à la guerre d’Algérie 1959-1963 et un film Comme un seul homme, ont été consacrés à cette action collective [4].

Inutile d’en dire plus : au lecteur de découvrir l’ensemble, ainsi que les différents écrits, tirés pour la plupart du Monde libertaire et de la revue Réfractions, qui éclairent cette exigence d’harmoniser sa pensée et ses actes.

On lira également avec intérêt un autre livre d’André Bernard, Ma Chandelle est vive, je n’ai pas de dieu (papiers collés et petits textes) [5].

SKS

Notes :

[2André Bernard, Etre anarchiste oblige !, Atelier de création libertaire, 234 pages.

[3Créée en 1965, la revue Anarchisme et Non-Violence compta 33 numéros sur une durée de presque dix ans, avec des abonnements et un tirage en progression régulière et un nombre de pages conséquent : généralement de 36 à 48 pages. Anarchisme et non-violence 2 a pris la suite sur la toile : http://anarchismenonviolence2.org.

[4Erica Fraters, Réfractaires à la guerre d’Algérie 1959-1963, Éditions Syllepse, 2005, 223 p. Film de François Chouquet, Comme un seul homme, 2005, 55 minutes. Note de lecture sur http://penselibre.org/spip.php?arti....

[5André Bernard, Ma Chandelle est vive, je n’ai pas de dieu, Atelier de création libertaire, 2008


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