Violette Marcos & Juanito Marcos :
« Les Camps de Rivesaltes, une histoire de l’enfermement »
Article mis en ligne le 17 novembre 2010

par Léonore
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Violette Marcos & Juanito Marcos : Les Camps de Rivesaltes, une histoire de l’enfermement, [1]

C’est en me promenant de tables en tables lors de la Foire aux livres anarchistes de Marseille, le 13 novembre dernier, que j’ai trouvé ce livre indispensable.

Rivesaltes, pour certains, est synonyme de dégustation de Muscat. Mais Rivesaltes est aussi un symbole, comme l’indique le titre de l’ouvrage, des diverses formes d’enfermement en usage en France, que celle-ci se nomme État ou République.

Successivement, et parfois en même temps, s’y trouvèrent confinées diverses populations.

Proche de la frontière et des Pyrénées, ce lieu est battu par la tramontane l’hiver et brûlé par le soleil en été.

A l’origine camp militaire en 1935, le camp de Rivesaltes assure l’instruction des troupes coloniales avant leur départ.

En 1939, une partie du camp devient un centre d’internement où sont enfermés, après la victoire des troupes franquistes, les Espagnols qui pensaient trouver un autre accueil dans un pays réputé démocratique. Les baraques sont ouvertes aux quatre vents, le manque de nourriture, d’eau, de sanitaires entraîne maladies et mortalité dans les familles.

Le régime de Vichy accentue le caractère concentrationnaire du lieu où sont enfermés, dans des conditions toujours plus inhumaines, les Tsiganes, les Juifs et les « étrangers indésirables » dont un certain nombre sera envoyé, via Drancy, dans les Camps de la mort.

Baraques de l'îlot F.

La fin de la seconde guerre mondiale voit le camp militaire garder, dans des conditions à peine moins dures, des soldats allemands prisonniers.

Quelques années plus tard, le camp militaire accueille avant leur départ pour l’Algérie les soldats du contingent, tandis que le camp de rétention enferme les partisans de l’indépendance. Puis ce sont les Harkis survivants, parqués là, sans perspective d’avenir.

Autre utilisation du camp, plus récente, la rétention d’étrangers en situation irrégulière.
En 2008, d’autres bâtiments, avec une capacité d’accueil doublée et un système de sécurité renforcé, ouvrent leurs portes un peu plus loin, à proximité de l’aéroport…

Dans tous les cas, il s’agit d’une même démarche de mise à l’écart, d’exclusion et de refus de l’autre.

Aujourd’hui, « Au milieu de la plaine, depuis plus de 70 ans, le camp Joffre
de Rivesaltes dresse ses bâtiments aujourd’hui délabrés, jonchés
de gravats et de barbelés rouillés. Les îlots de baraques abritent
les traces de ces hommes et femmes qui vécurent là et parfois y
laissèrent leur vie. Le vent, la pluie, le temps, ont figé ces lieux
hantés par l’histoire.
 » [2].

Cet ouvrage illustré propose, en courts chapitres, des analyses et des témoignages d’anciens internés, d’acteurs associatifs qui leur sont venus en aide, et des archives de l’époque.

On pourra lire pour plus de détails l’intéressant article de Sébastien Navarro, intitulé « CAMP DE RIVESALTES : 70 ANS D’ENFERMEMENT » et publié sur le site de CQFD : http://www.cequilfautdetruire.org/s....

Léonore

Notes :

[1Violette Marcos & Juanito Marcos : Les Camps de Rivesaltes, une histoire de l’enfermement, Nouvelles Éditions Loubatières, 2009.

[2Violette Marcos & Juanito Marcos : « Les Camps de Rivesaltes, une histoire de l’enfermement », Introduction, p.7


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