La laïcité en Algérie- Une idée pérenne

Un article de Tarik Mira
mercredi 8 décembre 2010
par  K.S.
popularité : 7%

Trouvé sur le Site de la Gauche Midi Pyrénées
(http://www.gauchemip.org/spip.php?a...) un article de Tarik Mira [1]
"La laïcité en Algérie- Une idée pérenne"
que nous pourrions sous-titrer « Laïcité et athéisme ».

Tarik Mira

L’auteur commence par un historique très intéressant pour mieux cerner la situation actuelle. En voici quelques points et extraits : «  La laïcité en Algérie est à la fois une idée ancienne et neuve. Plongeant ses racines dans une pratique sociale ancestrale, à la marge de l’État, cette idée, aujourd’hui synonyme de modernité, fut chahutée par le colonialisme. ».
En effet « C’est sans doute l’islam, dans cet entre-deux marqué par une immense mutation, qui restera malgré tout le marqueur identitaire le plus fort. L’émergence de l’anti-cléricalisme de la IIIème République française reste incompréhensible du fait de son origine exogène et de sa nouveauté en tant que concept théorique et pratique institutionnelle chez les autochtones. La loi de 1905 qui organise la séparation du culte et de l’État en France n’est pas appliquée en direction des indigènes. » L’auteur fait par ailleurs remarquer : « La faillite des idéaux républicains, qui s’exprime notamment par les discriminations juridique et politique entre colons et indigènes, n’a pas permis aux jeunes patriotes algériens formés à l’école de la IIIème République de revendiquer explicitement la laïcité. »

Sous le règne de Boumédienne (1965-1978), la question du statut de la femme est restée en suspens, alors que dans la pratique, dans les villes des femmes ôtent le voile, accèdent à l’enseignement, s’impliquent dans la vie sociale. Cependant : «  La réappropriation de l’identité nationale basée sur la diffusion multiple de la langue arabe classique et la réaffirmation de la place de l’islam comme élément constitutif primordial de la personnalité algérienne vont conduire à des gestes symboliques aux conséquences alors insoupçonnées telles que la substitution du week-end dit universel (samedi et dimanche) par le week-end dit islamique (jeudi et vendredi).  ». Mais le président suivant, Chadli Bendjedid, s’oriente vers le conservatisme et le parti unique vote un code de la famille d’inspiration islamiste.

Les décennies suivantes sont marquées par une importante fracture entre les générations et l’on voit, dans l’enseignement, les élèves faire régner leur ordre moral dans les classes et dénier aux professeurs toute liberté de ton ou de critique vis-à-vis de la norme islamique. Consentantes ou non, les femmes recommencent à porter le voile. L’auteur salue «  La perspicacité et le courage de Bourguiba en Tunisie, instituant un code du statut personnel le 13 août 1956 qui supprime la polygamie et favorise l’émancipation de la femme » ce qui n’adviendra pas en Algérie.

Selon Tarik Mira : « Un premier constat s’impose : arabisme séculier et islamisme forment les deux faces d’une même médaille et refusent conjointement la démocratie. » Alors que « L’Algérie - le Liban probablement aussi - est le pays le plus apte à conquérir la modernité parmi les États de la Ligue arabe.  »

L’auteur décrit la situation actuelle comme un chaos et un paradoxe «  où l’islam politique est vaincu mais s’imposant comme force-pivot, et où l’islam social s’enracinant davantage dans les mœurs, alors que le combat des femmes en faveur de l’égalité des droits commence doucement à porter ses fruits. » En effet, une présence laïque continue d’exister. En témoigne : « La baisse du taux de fécondité jusqu’à menacer le renouvellement des générations, grâce notamment à la contraception ».

Tarik Mira, qui se prononce de façon claire et nette pour une véritable laïcité, fait aussi remarquer – ce qui vaut tout autant pour d’autres pays, et d’autres régimes – que la laïcité n’oblige pas à l’athéisme mais reste indispensable à la liberté.

«  La laïcité est finalement une idée jeune dans le débat politique national. Combattue injustement par les tenants du pouvoir et sournoisement par les islamistes en tentant de l’assimiler à l’athéisme, le sort de cette philosophie est lié à la démocratisation des institutions et de la société algériennes.
Dans cette longue et exaltante bataille, les combattants des Lumières ont besoin de plus d’attention, sinon de solidarité, de leurs pairs à travers le monde. Consubstantiellement mêlés, la démocratie, les droits de l’homme et la laïcité sont indivisibles idéologiquement et géographiquement.
 »

Par ailleurs, on trouve sur http://tairi54.blogspot.com/search/... une déclaration du Parti pour la Laïcité et la Démocratiedatée du 5 juillet 2010 cette définition de la laïcité :

2. Qu’est-ce que la laïcité ?

La laïcité est la forme d’organisation politique la plus aboutie, consacrant le long processus d’autonomie de l’individu par rapport à la communauté ; processus enclenché, à partir des XVe- XVIe siècles en Occident, et porté intellectuellement pas les philosophes des Lumières. Elle est en ce sens un puissant vecteur de l’affirmation des libertés individuelles et collectives. Elle est un ordre juridique d’organisation de l’État, fondé sur une séparation radicale entre les institutions religieuses et l’État.

Pour autant, la laïcité n’est pas antireligieuse, puisqu’elle garantit la liberté de conscience, c’est-à-dire le droit de chacune et de chacun d’adopter la religion de son choix, d’en changer ou de n’en croire à aucune. Ceci est également valable pour toutes les opinions politiques, philosophiques, culturelles… De même qu’elle garantit leur libre expression dans la sphère privée. C’est ainsi qu’on peut être tout naturellement laïque et musulman, laïque et chrétien, laïque et juif, laïque et bouddhiste, laïque et athée…

La laïcité est en revanche anticléricale, dans la mesure où elle s’oppose à la prétention des religions, dont l’islam, à vouloir régenter tous les domaines de la vie des individus. Elle assure de ce fait la primauté de la citoyenneté sur l’appartenance religieuse ou communautaire. Voilà pourquoi, elle bannit les religions et les particularismes de la sphère publique, tout en garantissant leur libre expression dans la sphère privée.

SKS


[1Ex-secrétaire national aux relations internationales du R.C.D. récemment exclu.


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