Une laïcité à géométrie variable

mardi 5 avril 2011
par  K.S.
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Au moment où la droite et l’extrême droite cherchent à s’approprier la question de la laïcité, trois articles publiés sur le site de l’UFAL [1] apportent des éléments intéressants au débat.

Celui du 29 mars 2011, un communiqué à l’intitulé humoristique « La laïcité pour les nuls » concerne tout particulièrement la déclaration récente du ministre de l’Intérieur Claude Guéant : «  Les agents des services publics évidemment ne doivent pas porter de signes religieux, manifester une quelconque préférence religieuse, mais les usagers du service public ne [le] doivent pas non plus  ».

Or, si le principe de laïcité interdit aux agents d’un service public toute manifestation religieuse, chaque usager doit bénéficier d’une égalité absolue de traitement, quelles que soient ses convictions ou ses origines (réelles ou supposées) et par ailleurs la liberté de religion [2] s’exerce « en privé ou en public » [3]. Il existe cependant des restrictions : à l’école publique, les signes religieux ostensibles sont interdits aux élèves et aucun motif religieux ne permet de dérober son visage lorsqu’on doit justifier de son identité, ni de récuser un médecin hospitalier à cause de son sexe. On lira à ce propos « Menaces religieuses sur l’hôpital » (voir http://penselibre.org/spip.php?arti...).

Le communiqué se termine sur ces mots : « la laïcité, c’est la liberté ! »

dessin paru sur le mensuel Union pacifiste de février 2006

Sur le même thème, un article du 30 mars 2011 (http://www.ufal.info/feminisme-et-l...) signé de Marie Perret [4] rappelle que « dans une République démocratique, l’espace de la société civile doit être régi par le principe de tolérance : les individus ont le droit d’exprimer leurs appartenances ou leurs croyances à condition qu’ils respectent le droit commun. La sphère de la puissance publique doit, en revanche, rester sous l’égide du principe de laïcité. C’est la raison pour laquelle les agents de l’État et, en premier chef, son représentant, sont tenus au devoir de neutralité en matière religieuse. »

La loi du 15 mars 2004 interdit aux élèves le port de signes religieux ostensibles : leur esprit critique n’est pas formé. Et quelle que soit l’opinion qu’on peut avoir de la dimension manipulatrice des religions et des idéologies, les « usagers », eux, ne sont pas des élèves.
dessin paru sur le mensuel Union pacifiste de septembre 2006

Enfin, daté du 1 avril 2011, un article de fond de Catherine Kintzler (http://www.ufal.info/feminisme-et-l...) survole nettement le débat : « Comment la laïcité a été offerte en cadeau au Front national  ».

Le texte vaut la peine d’être lu dans son entier. Mais en voici quelques extraits, en avant-goût.

« Qui aurait dit que la laïcité, réputée ringarde il n’y a pas si longtemps, deviendrait un objet « fashion » convoité par les politiques ? Convoité ? Il vaudrait mieux dire instrumentalisé. Comme bien d’autres objets de pensée et de droit, la voici à son tour fardée pour un débat biaisé, une récupération cosmétique où on entend tout et n’importe quoi.
Mais l’opération vient de plus loin, préparée par des années d’égarement politique – tant à droite qu’à gauche – enraciné dans une affligeante ignorance qui oscille en réaffirmant toujours la même double erreur : diluer la laïcité dans des accommodements déraisonnables (exemple : « et si on finançait les lieux de culte ? ») ou la durcir vers l’ultra-laïcisme (exemple : « et si on interdisait l’affichage religieux aux usagers des services publics ? »)
. »

« Deux dérives symétriques et complices dans leur diamétrale opposition »

Et donc « Rien d’étonnant à ce que le Front national n’ait qu’à se baisser pour ramasser ce cadeau inespéré bichonné par de longues années d’aveuglement des politiques de gauche comme de droite. »

Catherine Kintzler ajoute :

« A force d’amollir la laïcité, d’en nier l’essence au point d’introduire le discours religieux comme légitime dans le domaine de l’autorité publique, à force de consacrer le fractionnement du corps social en reconnaissance politique d’appartenances particulières, à force de dissoudre l’idée républicaine, on finit par réveiller ou par produire un mouvement réactif et rigide réclamant le « nettoyage » de toute présence du religieux dans l’ensemble de la vie civile et sa restriction à la seule vie intime – autant dire qu’on réclame l’abolition de la liberté d’opinion. »

Elle souligne l’usage ambivalent du mot « public », qui passe de ce qui participe de l’autorité publique à tout ce qui apparaît en public. Le « nettoyage » anti-religieux se réduisant fort opportunément au « nettoyage » anti-musulman.

Les cultes étant du domaine privé, « la liberté des cultes n’est comparable, ni au droit à l’instruction, ni au droit à la santé, ni à aucune prestation sociale, ni au droit au logement ou au travail » et elle implique aussi sa négative : « ne pas avoir de culte est une liberté, c’est un droit (et donc le financement public ne financerait qu’un droit partiel au détriment d’un autre).  »

A la question : Faut-il financer les lieux de cultes avec l’argent public ? l’auteure répond :

« La proposition de financement public fait comme si l’exercice d’un culte était une norme sociale et la transforme en norme politique. Or même s’il n’y avait qu’un seul incroyant, il aurait le droit d’objecter que la mesure est injuste et de récupérer son argent. »

Ce qui suscite pour ma part cette réflexion : le problème, c’est que pour beaucoup de croyants, l’exercice d’un culte est « normal », ils ont tendance à considérer les incroyants soit comme des personnes sans morale et de ce fait n’ayant pas à être prises en considération, soit comme des croyants qui s’ignorent. Les incroyants, eux, peuvent bien s’étonner que l’on croie, mais ils sont historiquement la minorité et ne peuvent ignorer les croyants qui les entourent.

SKS


[1Union des familles laïques

[2Article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789

[3article 9 de la Convention européenne des droits de l’homme

[4Responsable du secteur École de l’UFAL


Brèves

24 juillet 2013 - Jacques Prévert :

"Les religions ne sont que les trusts des superstitions."
(Spectacle /1952)

26 juin 2013 - Ne pas oublier Amina :

Pétition :
http://www.avaaz.org/fr/petition/FR...
et articles http://penselibre.org/spip.php?arti.

24 mai 2013 - Religion modérée...

"Une religion est modérée lorsqu’elle n’a pas de bras armé ; ou quand elle cesse d’y recourir. Ou (...)

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